Le carnaval de Rio, plus politique que jamais

L'acteur brésilien Marcelo Adnet déguisé en Jair Bolsonaro durant le carnaval de Rio, le 24 février 2020.
L'acteur brésilien Marcelo Adnet déguisé en Jair Bolsonaro durant le carnaval de Rio, le 24 février 2020. © Ricardo Moraes, Reuters
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Les dernières écoles de samba à défiler au carnaval de Rio ont livré dans la nuit de lundi à mardi un spectacle féérique, dont l'irrévérence traditionnelle a été poussée jusqu'à une critique implacable du président Jair Bolsonaro.

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Cette année, au-delà du strass et des paillettes, les écoles de samba de Rio de Janeiro n'ont pas lésiné sur les messages politiques lors du traditionnel carnaval, avec notamment des critiques plus ou moins voilées envers le président d'extrême droite, Jair Bolsonaro.

Violences policières, discriminations raciales ou sexuelles, corruption, catastrophes environnementales : tout y est passé pour cette édition du carnaval qui se tenait alors que Jair Bolsonaro est au pouvoir depuis plus d'un an.

Dans la nuit de lundi à mardi, les quelque 3 000 danseurs et les chars monumentaux de l'école de Sao Clemente ont ouvert le feu avec une parade qui a dénoncé le flot de fausses informations ayant émaillé l'élection du président fin 2018 et les affaires de corruption dans son ancien parti ainsi que les soupçons pesant sur l'un de ses fils. Juché sur un char, l'humoriste Marcelo Adnet, déguisé en Jair Bolsonaro, imitait le geste de la main caractéristique du chef de l'État mimant une arme, devant des pancartes où figuraient les tics de langage présidentiels.

Dénonciation des opérations policières

Privées de subventions par le maire évangélique de Rio, Marcelo Crivella, qui ne goûte guère l'exubérance sensuelle de la plus grande fête du monde, les écoles de samba, pratiquement toutes créées dans des favelas, ont dû faire assaut de créativité cette année, recyclant parfois des chars du carnaval 2019.

Les 13 écoles en lice lors des deux nuits de défilé se disputaient le titre très convoité de championne qui sera annoncé mercredi. La championne en titre, Mangueira, a encore marqué les esprits dans la nuit de dimanche à lundi avec un défilé mettant en scène un Jésus noir venant apporter la paix dans une favela où il danse avec ses disciples jusqu'à l'intervention brutale de policiers armés de matraques.

Plusieurs écoles ont ainsi dénoncé les opérations policières qui ont fait plus de 1 800 tués l'an dernier, soit environ cinq personnes par jour, sous un gouvernement ayant promis de réduire la violence endémique au Brésil.

 

"Pour un Brésil meilleur"

Avec son Jésus à la peau noire, Mangueira avait déjà créé la polémique avant même le défilé, une pétition en ligne d'ultraconservateurs, très en cour aujourd'hui à Brasilia, ayant demandé l'interdiction de son défilé pour "blasphème". Une autre école, Grande Rio, avait pris pour thème la tolérance religieuse, avec des chars exaltant les croyances afro-brésiliennes.

Lutte pour la diversité et les droits des opprimés, Noirs, femmes ou communauté LGBT, les dernières écoles de samba ont enfoncé le clou dans la nuit de lundi à mardi, dans un pays qui a porté à sa tête un président ouvertement misogyne et homophobe et accusé de racisme.

Une fois dans l'année, "le carnaval, c'est l'allégresse pour tous, les gens souffrent tant et travaillent tant", dit Marcelo Tchetchelo de Castro, danseur de Sao Clemente. "En même temps, c'est le moment pour nous de passer les messages pour une prise de conscience de tous, pour un Brésil meilleur".

Le carnaval a puisé dans les racines indigènes du Brésil. L'école la plus titrée, Portela, avec 22 trophées, a rendu hommage aux indigènes tupinamba la nuit précédente. "Notre village ne s'incline pas devant le capitaine", disait la chanson de l'école, une référence transparente à l'ancien capitaine de l'armée Jair Bolsonaro, accusé d'être peu sensible aux droits des populations indigènes.

D'autres écoles ont évoqué la déforestation en Amazonie, qui a doublé en 2019, première année du gouvernement Bolsonaro.

Avec AFP

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