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Réchauffement climatique : l'Allemande Naomi Seibt, "l'anti-Greta Thunberg"

La climatosceptique allemande Naomi Seibt, en jui n 2019.
La climatosceptique allemande Naomi Seibt, en jui n 2019. © Capture écran vidéo YouTube

À 19 ans, Naomi Seibt est en train de devenir la voix des climatosceptiques. Portrait de cette jeune Allemande en lutte contre "l’alarmisme climatique". Proche de l’extrême droite, elle a été propulsée par le Heartland Institute, un think tank américain soutenu par des proches de Donald Trump. 

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Les climatosceptiques ont trouvé leur égérie. Elle s’appelle Naomi Seibt, elle est Allemande et elle dénonce dans des vidéos postées sur sa page YouTube "l’alarmisme climatique". En décembre 2019, le Heartland Institute, think tank américain engagé contre le consensus scientifique sur le changement climatique, a fait de la jeune femme sa tête d’affiche lors de son forum sur le "réalisme climatique", organisé en marge de la COP25, à Madrid. Un mois plus tard, il l’embauchait comme porte-voix.

"Greta Thunberg a pris le monde d’assaut avec ses prévisions climatiques apocalyptiques. Naomi Seibt, une étoile montante, défend un discours scientifique réaliste sur le changement climatique. Qui est la plus raisonnable selon vous ?", interroge le Heartland Institute dans la légende d’une vidéo intitulée "Naomi Seibt vs Greta Thunberg : À qui faire confiance ?"

"Je ne veux pas que tu paniques"

Naomi Seibt est propulsée sur la scène médiatique comme "l’anti-Greta". Difficile de ne pas faire la comparaison : blondes, jeunes, éloquentes, la  Suédoise de 16 ans et l’Allemande de 19 ans sont toutes deux activistes, mais de causes opposées. Quand Greta Thunberg alerte sans relâche sur l’urgence climatique, l’autre met en garde contre "l’alarmisme climatique".

Sans nier le réchauffement climatique qu’elle juge néanmoins "surestimé", Naomi Seibt remet en cause l’impact de l’activité humaine sur ce phénomène. Selon elle, la conscience climatique est une "immonde idéologie anti-humaine". Elle espère rassurer les jeunes qui se mobilisent lors des "Fridays for Future", initiés par Greta Thunberg. "J’aimerais que les jeunes gens ne soient pas incités à craindre l’avenir ou à croire que les anciennes générations  détruisent la planète, que les espèces animales s’éteignent ou que la nature meurt".

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Face au succès de Greta Thunberg, Naomi Seibt s’inspire de ses éléments de langage et de sa communication. Elle reprend à son compte des phrases désormais célèbres de la jeune Suédoise, transformant par exemple le "Je veux que vous paniquiez", lancé en janvier 2019 au forum de Davos, en "Je ne veux pas que tu paniques. Je veux que tu penses". Pourtant, Naomi Seibt ne semble pas toujours à l’aise avec la comparaison. "La raison pour laquelle je n’aime pas le terme anti-Greta est qu’il suggère que je suis moi-même une marionnette endoctrinée", déclare-t-elle.

Liberté d’expression, crise migratoire et extrême droite allemande

Se défendant de toute manipulation, Naomi Seibt défend son libre-arbitre. Elle place son combat sous le vertueux étendard de la liberté d’expression et contre la pensée unique, alléguant son droit à "exprimer le scepticisme sur des bases scientifiques".

Naomi Seibt dit avoir commencé à "être sceptique" en 2015. "Mais cela avait moins à voir avec la science du climat qu’avec la crise migratoire en Allemagne". Elle revendique son esprit critique face aux sujets qui feraient consensus chez les "médias mainstream" – en vrac, la crise migratoire, le féminisme, la théorie du genre, le socialisme, le post-modernisme ou… le changement climatique. Des questions qui sont "toutes liées en un sens et qui ouvrent la voie au totalitarisme".

Les médias allemands la disent sympathisante d’Alternative für Deutschland (AfD), parti d’extrême droite et troisième force politique au Bundestag. Elle assure ne pas en faire partie. Toutefois, sa première vidéo postée sur YouTube est un poème sur le courage, écrit dans le cadre d’un concours lancé en avril 2019 par l’AfD. Elle a par ailleurs été applaudie à une réunion de l’AFD à Münster, début février.

En novembre 2019, elle avait également participé à une conférence d’EIKE (Institut européen pour le climat et l’énergie), un think tank allemand dont le vice-président, Michael Limburg, figurait sur les listes de AfD lors des législatives de 2017. Et c’est  lors de cette conférence que Naomi s’est fait remarquer par le Heartland institute, les deux organismes ayant animé plusieurs conférences ensemble.

L’intérêt des climatosceptiques américains

Reste à savoir pourquoi un think tank américain s’intéresse à une jeune activiste allemande. Le Heartland Institute est soutenu par des républicains influents, dont William Harper, qui a siégé au Conseil national de la Sécurité de la Maison Blanche entre 2018 et 2019. Ce scientifique, fondateur de la "CO2 Coalition" - organisation défendant le "rôle vital du CO2 dans notre environnement" -  s’était notamment fait remarquer pour avoir comparé la "diabolisation du CO2" à la "diabolisation des pauvres juifs sous Hitler".

Selon le Washington Post, ses grands défenseurs du CO2 redoutent que "la volonté forte de l’Allemagne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre ne soit contagieuse". Dans une note consultée par le journal,  Naomi Seibt est présentée par un directeur du Heartland comme "la star" du forum sur le réalisme climatique de Madrid, qui, "avec plus de 100 000 visiteurs uniques sur sa vidéo", serait bien placée pour combattre la politique climatique allemande.

Soupçonnée d’être manipulée par des enjeux qui la dépassent, Naomi Seibt a répliqué aux "médias mainstream". "Comment osez-vous ?", lance-t-elle dans une vidéo, reprenant les mots prononcés avec émotion par Greta Thunberg devant les Nations unies en septembre 2019. Si l’intervention de Greta Thunberg, élue personnalité de l’année 2019 par le magazine Time, a fait près de 1,8 million de vues sur YouTube, celle de Naomi n'en est qu'à 38 000. La comparaison entre les deux militantes s’arrête donc là.

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