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"DAU": déboires et bobines après l'expérience "à la soviétique"

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Berlin (AFP)

Que reste-t-il de "DAU", plongée anxiogène dans un univers d'inspiration soviétique et totalitaire, sensation à Paris début 2019? Des dettes et des films, répond mercredi le réalisateur Ilya Khrzhanovsky, venu à la Berlinale présenter "DAU. Natasha", en compétition.

"DAU" qui proposait aux curieux, pour l'achat d'un pass de plusieurs heures ou illimité, une immersion dans la Russie soviétique, est à l'arrêt et n'a pas tourné à Londres comme prévu.

"Le projet ne voyage pas: il a été par deux fois annulé à Berlin, nous avons perdu beaucoup d'argent avec cela, nous remboursons nos dettes et n'avons pas les moyens d'aller à Londres", explique à l'AFP le réalisateur russe, avant la projection mercredi soir du film au parfum de souffre.

"La plupart des scènes de tout le projet sont +hardcore+, pas seulement dans ce film", a prévenu la Berlinale.

A Paris, l'expérience, interdite aux moins de 18 ans et ouverte 24 heures sur 24, a rapidement créé la polémique, entre ceux criant au coup de génie et ceux qualifiant l'ensemble d'escroquerie.

Il s'agissait d'amener le visiteur en "voyage" en Union soviétique, à travers films, reconstitution de décors, concerts, conférences et performances au Théâtre du Châtelet et au Théâtre de la Ville.

"DAU" attira près de 40.000 visiteurs mais fut vivement critiqué en raison de nombreux couacs, rendant l'ensemble extrêmement chaotique.

- Double chaos -

"Quand le chaos conceptuel se heurte au chaos réel, c'est difficile", concède le réalisateur qui a passé plusieurs années sur ce projet, entre théâtre, cinéma et expérience anthropologique.

L'idée de départ était de réaliser un biopic sur le prix Nobel de physique russe Lev Landau (1908-1968). Rapidement, le projet a pris une autre dimension et s'est transformé en expérience: recréer une cité scientifique soviétique, en Ukraine, et faire vivre à plus de 400 volontaires une expérience totalitaire, sous l'oeil des caméras.

Ceux qui ont participé à l'expérience en Ukraine "étaient là parce qu'ils avaient décidé d'être là. Ce n'était pas un travail ou par volonté de devenir célèbre", affirme le réalisateur.

Des deux ans d'immersion et des 700 heures de rushes, il a tiré, avec la coréalisatrice Jekaterina Oertel, plus d'une quinzaine de films (le nombre exact n'est pas connu), dont celui centré sur Natasha qui a participé à l'expérience pendant plusieurs mois en 2010.

C'est d'ailleurs là qu'elle a rencontré son mari, se souvient, amusé, le duo. "Depuis, elle est retournée comme tous les autres à son ancienne vie (elle travaille sur un marché, ndlr), sauf ceux qui depuis veulent être acteurs. Ca, c'est une autre histoire !".

"En toute indépendance" -

Présente mercredi à Berlin, Natasha Berezhnaya, de son nom complet, a répondu sans entrain lors de la conférence de presse du film.

"Nous étions libres, nous avions conscience de ce que nous faisions, nous avons tourné ces scènes en toute indépendance", a-t-elle affirmé, histoire de faire taire les rumeurs de harcèlement entourant le projet où l'improvisation était reine.

Seules limites posées par Khrzhanovsky: prévenir les participants si une scène pouvait déboucher sur des actes de violence ou sexuels.

"C'est un voyage à la soviétique suivant une femme battue et humiliée mais qui reste forte, comme des millions de femmes russes jusqu'à ce jour", décrit Jekaterina Oertel à l'AFP.

"Natasha est Natasha à une autre époque, c'est au public de décider si c'est réel ou fictionnel. Le dispositif est fictionnel, mais son voyage émotionnel est aussi réel qu'il peut l'être", poursuit-elle.

Un autre film du projet, "DAU. Degeneration", est présenté à la Berlinale hors compétition. L'occasion pour Khrzhanovsky de confronter ses films aux Berlinois et à la presse, auxquels le festival est ouvert, "d'avoir leurs réactions et ... de s'expliquer", dit-il.

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