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Libye : les pourparlers politiques patinent à Genève, le bras de fer militaire se poursuit

Vue de l'aéroport Mitiga de Tripoli (illustration).
Vue de l'aéroport Mitiga de Tripoli (illustration). © Mahmud Turkia, AFP

L'incertitude règne toujours sur l'issue des pourparlers entre belligérants libyens qui se tiennent à Genève, sous l’égide de l'ONU, et la trêve en vigueur depuis le 12 janvier reste précaire. Plusieurs roquettes ont visé jeudi le seul aéroport fonctionnel de Tripoli. Les deux blocs rivaux peinent à engager le dialogue.

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Alors que l'ONU tente de sauver les pourparlers interlibyens à Genève, qui visent notamment à mettre fin aux divisions dans un pays plongé dans le chaos depuis la chute du colonel Kadhafi, en 2011, la situation reste tendue entre les deux blocs qui se disputent le pouvoir en Libye.

Malgré les efforts de l’émissaire des Nations unies Ghassan Salamé, le gouvernement d'entente nationale (GNA) dirigé par Fayez al-Sarraj et reconnu par la communauté internationale, et le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), appuyé par le Parlement élu basé à Tobrouk, peinent à se faire confiance.

Nouveaux tirs de roquettes sur l'aéroport de la capitale

Sur le terrain, malgré une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU réclamant "un cessez-le-feu durable", et une trêve conclue le 12 janvier, qui est régulièrement violée, le bras de fer se poursuit. Jeudi 27 février, le GNA a accusé "des milices d'Haftar" d’avoir ciblé dans la matinée l'aéroport international de Mitiga, le seul fonctionnel de la capitale libyenne, soupçonné par l'ANL d'avoir été transformé en base militaire par la Turquie.

Les tirs de roquettes, qui n’ont pas été revendiqués, ont provoqué une brève suspension des vols par les autorités aéroportuaires. La mission de l'ONU en Libye (Manul) a condamné des attaques répétées ces deux derniers jours contre l'aéroport de Mitiga.

La semaine dernière, le GNA avait accusé les forces du maréchal d’avoir bombardé le port maritime de Tripoli et celui d'Al-Chaab, un port secondaire. Le gouvernement de Fayez al-Sarraj avait alors qualifié les "violations commises avant et pendant la trêve" de "crimes de guerre documentés", nécessitant "des mandats d'arrêt" internationaux.

Alors que les deux parties s’accusent d’avoir internationalisé le conflit, plus de 1 000 personnes ont été tuées depuis le début de l’offensive lancée en avril par le maréchal Haftar pour prendre Tripoli. De son côté, l'ONU n’a de cesse de dénoncer les violations de l'embargo sur les armes, et l'ingérence de plusieurs acteurs internationaux.

Ingérences

Comme en Syrie, la Turquie et la Russie soutiennent des camps rivaux en Libye. D’un côté Ankara appuie activement et publiquement le gouvernement de Tripoli, avec lequel les Turcs ont signé en novembre 2019 des accords de coopération militaire, sécuritaire et maritime, et de l’autre, Moscou est accusée de soutenir secrètement le maréchal Khalifa Haftar.

La Turquie, qui a déployé ces dernières semaines des forces pour soutenir le GNA, a confirmé, mardi, la mort de deux soldats turcs en Libye, sans préciser dans quelles circonstances ces soldats avaient perdu la vie.

Quelques jours plus tôt, le 21 février, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait confirmé pour la première fois que des membres de l'Armée nationale syrienne (ANS) pro-Ankara appuyaient le GNA sur le terrain. Et ce, tout en pointant du doigt l’appui russe au camp rival. "Il y a des éléments de l'Armée nationale syrienne (ANS) sur place. Ils (le camp Haftar et ses soutiens) veulent qu'ils partent. Or, la compagnie de sécurité russe Wagner dispose de 2 500 hommes (en Libye), pourquoi on n'en parle pas ?", a déclaré Recep Tayyip Erdogan à la presse à Istanbul.

Moscou est notamment soupçonné d'avoir soutenu le transfert en Libye, au profit du maréchal Haftar, de milliers de mercenaires du groupe privé Wagner, qui, selon Washington, serait lié au Kremlin. La Russie a nié tout rôle dans la présence de ces mercenaires.

Accusé de chercher à torpiller le processus politique du GNA, le maréchal Haftar joue de son côté la carte nationaliste en menaçant les "envahisseurs turco-ottomans". "Si les négociations à Genève ne débouchent pas sur la paix et la sécurité dans notre pays, que les mercenaires ne repartent pas d'où ils viennent, alors les forces armées (l’ANL) rempliront leur devoir constitutionnel (...) de défense face aux envahisseurs turco-ottomans", avait-il lancé vendredi, laissant craindre une nouvelle escalade des violences.

Confusion à Genève

D’autant plus qu’en début de semaine, l’annonce par les deux camps de la suspension de leur participation aux négociations qui étaient censées démarrer le 26 février, a plongé le processus de dialogue, entamé en 2017 et interrompu à plusieurs reprises, dans l’incertitude.

Alors que l’ONU indiquait que les discussions politiques avaient tout de même démarré mercredi, de son côté, Abdulhadi Lahweej, ministre des Affaires étrangères du gouvernement parallèle, a affirmé devant les médias que la participation de son camp était "pour le moment suspendue".

Dans la soirée, lors d'une réunion à huis clos du Conseil de sécurité de l'ONU, Ghassan Salamé, qui s'exprimait depuis Genève, a assuré que les pourparlers politiques "avaient débuté" avec ceux qui étaient présents, selon des diplomates. À savoir les représentants du GNA basé à Tripoli et les représentants choisis par l'ONU.

Avec AFP


 

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