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Sous le feu des questions, le couple Fillon justifie les activités de Penelope

François Fillon et son épouse Penelope, le 27 février 2020, au tribunal de Paris
François Fillon et son épouse Penelope, le 27 février 2020, au tribunal de Paris © Stéphane de Sakutin / AFP

Que faisait Penelope Fillon ? Pourquoi ces salaires ? Où sont les preuves ? Jugée à Paris pour des soupçons d'emplois fictifs, la discrète épouse de l'ancien Premier ministre a essuyé jeudi un feu roulant de questions au cours d'une audience sous tension.

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Le procès de François Fillon est entré dans le vif du sujet, jeudi 27 février, de l'effectivité du travail de son épouse Penelope, que l'ancien Premier ministre a qualifié d'"essentiel" et que l'intéressée a tenté de décrire au tribunal.

Pendant une heure quinze à la barre, Penelope Fillon a expliqué en quoi consistait son emploi de chargée d'étude puis de collaboratrice parlementaire entre 1986 à 2013, s'en remettant à son mari pour une grande partie de ses réponses.

Les thèmes des rapports pour lesquels elle était rémunérée dans les années 1980 ? "C'est mon mari" qui en décidait, dit-elle, droite à la barre du tribunal correctionnel. L'argent ? "Mon mari". Un passage temporaire à mi-temps ? "Mon mari" aussi.

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Celle qui a épousé François Fillon en 1980 a expliqué avoir rempli des tâches "ponctuelles et précises" telles que la gestion du courrier et de "petites revues de presse sur la partie purement locale de la circonscription pour qu'il soit au courant des événements dans chaque village, chaque commune."

Pour ses premiers pas dans la Sarthe, cette Galloise diplômée de lettres est rémunérée par son mari pour des études ponctuelles aux intitulés parfois nébuleux : "L'aménagement du bocage sabolien", "Études générales", "Organisation de secrétariat"...

Ces rapports n'ont pas été retrouvés. Les contrats de travail correspondants, si. "Pourquoi ?", demande la présidente, Nathalie Gavarino. "Les rapports, je les ai donnés à mon mari", assure Penelope Fillon.

Cette dernière a dit qu'elle n'avait pas de badge d'accès au Palais Bourbon car elle "travaillai[t] dans la circonscription". Elle a eu plus de mal à expliquer une baisse de salaire de 30 % en 1988 ou la gestion de ses congés payés, qu'elle ne prenait pas. "Je ne m'occupais pas du détail administratif du contrat, c'était mon mari", a-t-elle rapporté d'une petite voix mâtinée d'accent britannique.

"Coïncidence" entre la fin des emplois de Penelope Fillon et la naissance de la HATVP

Sous le regard de son époux, Penelope Fillon a encaissé la salve de questions du tribunal et du parquet national financier (PNF), qui cherchent à savoir si elle a réellement exercé auprès de lui le travail d'assistante parlementaire ou si les Fillon ont détourné plus de 400 000 euros d'argent public entre 1998 et 2002 puis 2012 et 2013.

La présidente relève que Penelope Fillon était par ailleurs, pendant tout ce temps, "très impliquée dans la gestion familiale".

Les deux procureurs font le parallèle entre les naissances des enfants Fillon et les premiers contrats de leur mère, qui n'a jamais posé de congé maternité. "On a l'impression qu'à mesure que les besoins financiers de votre famille augmentent, on trouve de nouvelles ressources par l'intermédiaire de ces contrats", ironise le procureur Aurélien Létocart.

Le représentant de l'accusation pointe également "une coïncidence" : la fin des emplois de Penelope Fillon en 2013, au moment où voyait le jour la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

François Fillon, député de Paris, avait décidé "de se présenter à la présidentielle", et une assistante maintenant le lien avec la Sarthe n'avait plus lieu d'être, affirme la prévenue.

Le ministère public a dit voir de l'embarras dans les réponses de la discrète épouse de l'ancien Premier ministre, projetée dans la lumière par cette affaire.

"Nous avons mal pour vous de ce côté de la barre", a dit l'un des procureurs, faisant toutefois remarquer à la prévenue qu'elle avait touché "neuf fois le Smic pour organiser le secrétariat" de son mari.

"Quelle que soit la décision que vous prendrez, les dégâts sont irréparables"

Prenant ensuite la parole, François Fillon a expliqué que le travail de sa "collaboratrice" d'épouse consistait à "superviser l'agenda", gérer la "masse considérable" du courrier et surtout "être présente sur le terrain" dans la Sarthe tandis que son mari passait la semaine à Paris. "Elle m'a conseillé. Il n'y a pas un discours dans ma carrière politique qui n'ait pas été relu par Penelope", a-t-il affirmé, combatif.

Quant au montant des rémunérations, elles se décidaient "en fonction des disponibilités de l'enveloppe parlementaire", dans le respect du "règlement de l'Assemblée", s'est-il défendu.

Plus tôt dans la journée, dans son propos liminaire devant le tribunal, François Fillon avait insisté sur les "dégâts irréparables" commis par cette affaire, qui avait éclaté en janvier 2017, dans la dernière ligne droite de la course à l'Élysée où il partait favori.

"J'ai déjà été condamné sans appel il y a trois ans par un tribunal médiatique (...) avec un objectif clair : m'empêcher de concourir dans des conditions normales à l'élection présidentielle", a dit l'ancien chef du gouvernement, aujourd'hui âgé de 65 ans et retiré de la vie politique. "Quelle que soit la décision que vous prendrez, les dégâts sont irréparables" a-t-il poursuivi, évoquant notamment "le courant de pensée" qu'il représente.

"Reste mon honneur, celui de mon épouse et celui de Marc Joulaud. C'est cet honneur que nous allons défendre, a-t-il ajouté", insistant sur le "travail essentiel" accompli par son épouse à son service et celui de son suppléant à l'Assemblée nationale.

François Fillon est notamment poursuivi pour détournement de fonds publics, un chef d'accusation pour lequel il risque 10 ans d'emprisonnement et de lourdes amendes. Son épouse est jugée pour complicité et recel de détournement de fonds publics et recel d'abus de biens sociaux. Marc Joulaud est poursuivi pour détournement de fonds publics.

Avec AFP et Reuters

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