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Afghanistan : "Les Taliban sont les grands gagnants" de l’accord avec les États-Unis

Des membres de la délégation des Taliban venue assister aux pourparlers du dialogue intra-afghan à Doha, au Qatar, le 7 juillet 2019.
Des membres de la délégation des Taliban venue assister aux pourparlers du dialogue intra-afghan à Doha, au Qatar, le 7 juillet 2019. © Karim Jaafar, AFP

L’administration américaine et les Taliban, la mouvance fondamentaliste chassée du pouvoir en 2001, doivent signer samedi à Doha, au Qatar, un accord visant à préparer une sortie des États-Unis d’un conflit interminable et à lancer des discussions de paix inter-afghanes. Décryptage avec Karim Pakzad, chercheur à l’Iris.

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L’Afghanistan s’apprête à vivre un événement historique samedi 29 février, avec la signature d'un accord historique entre les États-Unis et les Taliban, le mouvement fondamentaliste chassé du pouvoir en 2001, qui doit se dérouler à Doha, au Qatar. Impensable il y a encore quelques années, cet accord vise à un retrait progressif des troupes américaines en Afghanistan en échange notamment de garanties sécuritaires et de l'ouverture de discussions de paix inter-afghanes.

S’il va permettre aux États-Unis de sortir de la plus longue guerre de leur histoire (dix-neuf ans), lancée en octobre 2001 en réponse aux attentats du 11-Septembre, les Taliban, de leur côté, vont revenir au premier plan en Afghanistan.

Pour décrypter cet événement majeur pour l’Afghanistan, dont l’avenir reste très incertain, France 24 a interrogé Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris), spécialiste de l’Afghanistan et du Pakistan.


Comment analysez-vous la conclusion de cet accord, encore inimaginable il y a quelques années ?

Karim Pakzad : C’est historique : les Américains étaient en guerre contre les Taliban depuis 2001. Un conflit dur et meurtrier, considéré outre-Atlantique comme le plus long de l’histoire de ce pays. Washington a dépensé à peu près mille milliards de dollars et perdu près de 2 400 soldats en Afghanistan, sans pour autant gagner la guerre. En mettant fin aux opérations militaires entre les deux parties, cet accord, qui est finalement le fruit de deux échecs - celui de Washington et celui des Taliban- est bénéfique pour les deux parties. À quelques mois de la présidentielle américaine, pour Donald Trump c’est indéniablement un succès, qu’il pourra exploiter durant la campagne, puisque le retour des troupes américaines à la maison était l’une de ses promesses électorales. Il avait même été jusqu’à menacer de quitter l’Afghanistan sans condition. Pour les Taliban, qui n’ont pas perdu grand-chose, il s’agit également d’un succès. Car même s’ils n’ont pas réussi à renverser le pouvoir à Kaboul, ni à chasser les soldats américains par les armes, ils ont démontré leur capacité à résister contre la première puissance militaire du monde et contre la présence massive de troupes de l’Otan dans le pays, qui se chiffrait, entre 2013 et 2014, à 150 000 soldats. Mais ils peuvent surtout revendiquer une certaine victoire, puisqu’ils ont obtenu tout ce qu’ils souhaitaient, notamment le retrait progressif et total des Américains. Ce sont eux, de mon point de vue, les grands gagnants de l’accord.

Finalement, le perdant de cet accord n’est-il pas le pouvoir afghan, qui était exclu des négociations et dans le viseur des Taliban ?

De toute évidence, oui. Le pouvoir du président Ashraf Ghani est le grand perdant dans l’affaire, alors que les attaques se poursuivent contre l’armée et la police afghane. L’accord de paix légitime les Taliban et les remet sur le devant de la scène politique. Pendant les négociations, ce sont eux qui ont fixé l’agenda du processus de paix et refusé catégoriquement que le gouvernement de Kaboul y participe. En même temps, les Taliban négociaient d’un autre côté avec d’autres Afghans, des membres de l’opposition, des anciens présidents, et même des représentants de la société civile. C’était un désaveu total pour le pouvoir afghan, que les Taliban considèrent comme un gouvernement illégitime et à la solde des Américains. Mais ce n’est pas tout, ils ont également accepté, dans le cadre de l’accord avec l’administration Trump, de participer à des négociations inter-afghanes qui visent à définir l'avenir du pays et qui sont prévues après la signature de cet accord. Or ils ont fixé une condition pour entamer cette deuxième phase : ne pas négocier directement avec le gouvernement de Kaboul, mais plutôt avec une équipe représentative de la société afghane.

Comment cet accord est-il perçu en Afghanistan ?

Après la signature de cet accord, une deuxième phase commencera, une phase qui concerne des pourparlers de paix inter-afghanes, qui seront bien plus compliquées alors que les Taliban arriveront en position de force à la table des négociations. D’une manière ou d’une autre, ils feront partie du pouvoir politique du pays, d’ailleurs leur objectif a toujours été de reprendre les commandes en Afghanistan. Or la nouvelle génération, qui à l’image de la société est fatiguée de la guerre et souhaite la paix, est très inquiète, et redoute le retour au premier plan des Taliban. Nombreux sont ceux en Afghanistan qui se souviennent de leur bilan lorsqu’ils étaient au pouvoir à Kaboul et de leur rapport avec les libertés. À l’époque, les femmes n’étaient pas autorisées à sortir de chez elles, ni à travailler ou à étudier, la musique était interdite. Aujourd’hui les Taliban affirment avoir changé, et ne plus être les mêmes qu’il y a vingt ans. Ils disent désormais que les femmes afghanes auront le droit de travailler et d’étudier, mais dans le cadre de l’islam. C’est une formule vague et ambigüe qui dépend de leur définition de l’islam. Sera-t-elle la même qu’il y a vingt ans, lorsqu’il y avait des lapidations ? C’est cela qui inquiète les femmes, les jeunes, les intellectuels, les artistes et la société civile afghane. 
 

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