Accéder au contenu principal

Ecuries satellites contre indépendants, deux visions de la F1 qui s'opposent

Publicité

Montmeló (Espagne) (AFP)

C'est une des images marquantes des essais hivernaux: l'entrée en piste d'une Racing Point très largement inspirée de la Mercedes titrée en 2019 renvoie dos à dos deux visions de la Formule 1 et de son futur.

Certes, les écuries ne dévoilent pas intégralement leur jeu avant le premier Grand Prix de la saison. La "Mercedes rose" (la couleur de la livrée de Racing Point) ne s'en est pas moins révélée prometteuse.

"Nous sommes satisfaits de là où nous sommes", n'a d'ailleurs pas caché le directeur technique Andrew Green vendredi, quand le Mexicain Sergio Pérez a signé le 7e temps des six jours, à 9/10e du meilleur chrono de Finlandais Valtteri Bottas (Mercedes).

Cette année, Racing Point ne s'est pas contentée d'acheter le bloc propulseur et la boîte de vitesse développés par Mercedes. L'écurie basée à Silverstone, en Angleterre, a copié --sur photos, dit-elle--, les options aérodynamiques choisies par son motoriste la saison dernière, ce que le règlement n'interdit pas.

"Ce que nous avons fait est complétement légal", affirme Green, ce qu'assure également Mercedes.

"C'est quelque chose que nous voulions faire depuis longtemps sans avoir le budget pour cela", précise-t-il, et qui s'est concrétisé à partir du moment où Racing Point a commencé à utiliser la soufflerie du constructeur allemand en mai dernier.

"Qu'on parle de nous et qu'on se plaigne m'encourage", ajoute, un brin provocateur, le directeur technique de Racing Point. "Personne n'en parlerait si nous étions en queue de peloton."

- "Un peu préoccupant" -

Cette voie n'est pas nouvelle. Des synergies --encadrées par le règlement du Championnat du monde-- existent entre Haas et Ferrari depuis la création de l'écurie américaine en 2016, ainsi qu'entre Red Bull et AlphaTauri (ex-Toro Rosso).

Cette dernière a même servi de laboratoire en 2018 avant que sa grande soeur adopte à son tour un moteur Honda l'année suivante.

Le modèle, qui rappelle celui du MotoGP (où la plupart des écuries officielles travaillent avec une ou plusieurs équipes satellites), ne réjouit pas les "indépendants" du paddock.

"Cette évolution de notre sport est un peu préoccupante", pointe ainsi Marcin Budkowski, le directeur exécutif de la partie châssis de Renault. "Ce sera à la Fédération internationale de l'automobile (qui édicte les règles de la F1, ndlr) de décider si cela est entièrement en conformité."

Ce modèle de développement pose d'abord la question de l'équité sportive, s'il s'agit d'une mutualisation de la recherche et développement, et des coûts qu'elle engendre, qui ne dit pas son nom.

Mais, comme le fait remarquer le directeur sportif de Racing Point, plus d'équipes auraient pu choisir la même voie. Si elles ne l'ont pas fait, c'est aussi une question de philosophie.

Comme Green, le patron d'AlphaTauri y voit le futur de la discipline. "Ces synergies font sens, plaide Franz Tost. Pourquoi faire nos propres boîtes de vitesses ou nos suspensions alors que ce ne sont plus tellement des facteurs différenciateurs en termes de performance ?", interroge l'Autrichien.

"Si vous regardez l'industrie automobile, insiste-t-il, les grandes entreprises collaborent car les coûts de recherche et développement sont très élevés et ne font qu'augmenter. Pour les réduire, nous devrions tous aller dans ce sens."

- "Fiers de concevoir notre voiture nous-mêmes" -

Claire Williams, au contraire, continue de défendre l'héritage de l'écurie éponyme qu'elle dirige, celui des "garagistes", ces privés qui ont monté leurs propres équipes pour se mesurer aux grands de l'automobile à partir des années 1960.

Ces nouveaux modèles sont "quelque chose que nous surveillons", reconnaît la Britannique, d'autant que son équipe est à la peine financièrement et sportivement. "Mais nous sommes fiers de concevoir et de produire notre voiture nous-mêmes et nous ne voulons pas perdre ça. Ceci dit, je respecte la façon dont les autres équipes gèrent leurs business."

A l'heure où la F1 se prépare à prendre, en 2021, le virage du contrôle des coûts, avec la standardisation ou la mutualisation de certaines pièces, ces deux modèles peuvent-ils continuer de cohabiter ?

"Pour nous, un constructeur, c'est quelqu'un qui construit l'ensemble de la voiture et ça devrait être reconnu, propose Cyril Abiteboul, le team principal de Renault. Après, est-ce qu'on doit fermer la porte à des gens qui ne sont pas des constructeurs ? Pas forcément, mais je pense qu'il devrait y avoir une reconnaissance particulière de ceux qui font l'effort de tout construire de A à Z."

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.