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Au royaume capitaliste de la Silicon Valley, la gauche est reine

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San Francisco (AFP)

La Silicon Valley, royaume de Google, Apple et Facebook, n'a pas peur des idées socialistes de Bernie Sanders, au contraire: le candidat de 78 ans semble avoir la cote auprès des employés de la tech, même s'il effraie un peu leurs patrons.

Alors que la Californie et 13 autres Etats vont voter mardi (pour le "Super Tuesday"), le sénateur indépendant arrive en tête des donations venues des secteurs "Internet" ou "Communications et électronique", d'après le Center for Responsive Politics.

Viennent ensuite Elizabeth Warren (70 ans), au programme tout aussi progressiste, et Pete Buttigieg, plus jeune (38 ans) et bien plus centriste.

"Les investisseurs ne jurent que par Buttigieg et (Michael) Bloomberg, tandis que les salariés de la tech et les entrepreneurs prefèrent Bernie ou Elizabeth Warren", explique Nick Pinkston, fondateur de Volition, une start-up informatique.

Les deux candidats marqués à gauche "parlent de casser les monopoles des géants de la tech, surtout Warren. Or les investisseurs ont besoin de ces monopoles: ils veulent que Google ou Facebook rachètent les boîtes dans lesquelles ils ont investi, pour que ça leur rapporte de l'argent", ajoute cet entrepreneur passionné de politique.

Warren et Sanders veulent imposer lourdement les riches, surtout les milliardaires comme les PDG Mark Zuckerberg (Facebook) ou Jeff Bezos (Amazon), et assurer une couverture maladie à tous les Américains.

Mais Bernie Sanders, dont les partisans vantent "l'authenticité", devance largement tous ses rivaux dans les sondages en Californie.

- Révolution -

"Nous sommes dans l'une des régions les plus riches du pays, mais le coût de la vie est très élevé, même pour les +techies+", estime Melinda Jackson, professeure de sciences politiques à l'université de San José. "Les idées de révolution ou de générosité sociale les attirent. Et l'attitude de Bernie est en phase avec la culture de la l'industrie: prendre des risques, voir grand, ne pas rentrer dans les cases..."

Pour les modérés, en revanche, le septuagénaire va trop loin.

"Mes amis et moi, on voudrait juste un retour à la normale plutôt que d'aller d'un extrême à l'autre. Bernie, c'est l'autre extrême" de Donald Trump, se désole Manu Koenig, un employé de start-up qui se présente aux élections locales.

Il soutient Pete Buttigieg, passé par les universités d'élite, qui cultive une image d'homme traditionnel et pratiquant. Cet ancien maire ouvertement homosexuel met en avant sa capacité à rallier les centristes.

Un argument qui vaut aussi pour Joe Biden, mais l'ancien vice-président, vainqueur en Caroline du Sud samedi, ne suscite pas l'enthousiasme au pays des hippies.

"Biden c'est la normalité absolue, certes, mais il est trop vieux. Avec ma fiancée on est hyper mal à l'aise dès qu'il ouvre la bouche. Il parle trop lentement. On veut la normalité 2.0, voire 3.0", argumente Manu Koenig.

Les noms du patron de Netflix, Reed Hastings, et de personnalités liées notamment à Google et Facebook circulent dans la presse américaine parmi les soutiens de Buttigieg.

- Tout sauf Trump ? -

Quel que soit le candidat démocrate investi après les primaires, toute la Silicon Valley devrait se rassembler derrière lui. Toute? Non.

Larry Ellison, membre du conseil d'administration de Tesla, et co-fondateur du groupe informatique Oracle, a suscité la polémique en organisant mi-février, dans sa demeure californienne, une collecte de fonds en faveur du président Donald Trump, d'après une pétition d'employés d'Oracle en colère contre leur patron.

La baie de San Francisco reste très progressiste, favorable à l'immigration, à la protection de l'environnement. Mais la relation avec les démocrates s'est compliquée.

Depuis la révélation des campagnes de désinformation menées via les réseaux sociaux – notamment lors du scrutin de 2016 – les démocrates critiquent sans relâche les plateformes toutes puissantes.

Elizabeth Warren, notamment, a beaucoup énervé Mark Zuckerberg en insistant sur son intention de "casser la big tech".

Mais la nécessité d'une régulation du secteur a fait son chemin même dans les esprits libéraux des "techies", selon Melinda Jackson: "Ils se disent qu'ils pourront négocier de meilleurs accords avec les démocrates".

Et "Donald Trump est trop imprévisible. Comme tous les milieux d'affaires, la tech aime la stabilité", ajoute-t-elle. "Si le candidat républicain était Jeb Bush ou Marco Rubio, peut-être qu'il récolterait un peu plus de soutien".

"Tout sauf Trump" reste donc l'argument le plus fédérateur, qu'on ait de l'argent ou pas.

En 2016, "on s'est fait avoir. On a remporté le vote populaire et pourtant on n'a pas gagné", remarque Lucas Garcia. L'étudiant en informatique de 21 ans, dont la famille est d'origine mexicaine, s'inquiète avant tout des enjeux de société. "Ai-je vraiment envie de voter pour Biden ou Sanders? Non. Mais c'est mieux que quelqu'un qui nous déteste".

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