Après l'utilisation du 49-3, les opposants à la réforme des retraites appellent à la mobilisation

Des opposants à la réforme des retraites réunis, le 29 février 2019 devant l'Assemblée nationale, lors d'une mobilisation spontanée après l'annonce du gouvernement sur l'utilisation du 49.3.
Des opposants à la réforme des retraites réunis, le 29 février 2019 devant l'Assemblée nationale, lors d'une mobilisation spontanée après l'annonce du gouvernement sur l'utilisation du 49.3. AFP - FRANCOIS GUILLOT

Réunie lundi après l’utilisation du 49-3 par le gouvernement durant le week-end, l’intersyndicale opposée à la réforme des retraites appelle à des mobilisations mardi en France, tandis que l’opposition a déposé deux motions de censure et que la majorité se divise.

Publicité

L’utilisation de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution par le Premier ministre Édouard Philippe, samedi 29 février, pour mettre fin à l’examen de la réforme des retraites à l’Assemblée nationale va-t-elle redynamiser la contestation dans la rue et diviser pour de bon la majorité ?

Alors que plusieurs manifestations spontanées, en particulier devant le Palais Bourbon, ont eu lieu samedi soir après l’annonce du gouvernement, les organisations syndicales opposées à la réforme des retraites ont appelé, lundi 2 mars, à des mobilisations dans toute la France mardi pour protester contre le recours au 49-3.
 


Le 49-3 "démontre l'impuissance du gouvernement à répondre aux interrogations sérieuses et légitimes des parlementaires à propos de ce projet incomplet, très approximatif, aux multiples inconnues", souligne le communiqué commun de la CGT, FO, la CFE-CGC, la FSU et Solidaires, les organisations de lycéens Fidl, MNL, UNL et d'étudiants Unef.

>> À lire : Réforme des retraites : Édouard Philippe engage la responsabilité du gouvernement avec le 49-3

La CFE-CGC, qui a participé à quelques-unes des journées interprofessionnelles organisées par l'intersyndicale depuis le 5 décembre pour protester contre la réforme des retraites, n'appelle pas cette fois à la mobilisation de mardi. Mais elle cosigne le communiqué commun et l'analyse sur l'utilisation du 49-3.


Les syndicats appelant aux mobilisations prévoient de "multiplier partout localement des rassemblements dès lundi 2 mars, et à organiser des manifestations devant les préfectures et sous-préfectures le mardi 3 mars, y compris par le recours à la grève".

Motions de censure et appels à descendre dans la rue

Du côté des responsables politiques des partis de gauche opposés à la réforme, le même appel a été lancé lundi matin. "Ne nous laissez pas tout seuls à l’Assemblée en train de nous battre. Vous autres les gens, descendez dans la rue […], suivez les syndicats", a déclaré sur France Inter le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon.
 


"Les communistes appellent à se mobiliser largement. Nous appelons les salariés, le monde du travail à venir mardi, à se rassembler pour dénoncer l’usage du 49-3", a également lancé le patron du Parti communiste (PCF) Fabien Roussel.


LFI, PCF et Parti socialiste ont par ailleurs déposé une motion de censure qui sera débattue mardi à l’Assemblée nationale. Même chose à droite pour le parti Les Républicains, qui conteste également la réforme et l’utilisation du 49-3.

"On avait imaginé le scénario le plus cynique, c'est-à-dire [une annonce] en plein Conseil des ministres sur le coronavirus, et effectivement, ça n'a pas manqué", a regretté, lundi matin sur France info, le député LR Damien Abad, dénonçant au passage une "réforme injuste, complexe et illisible pour les Français".
 


Ces deux motions de censure n'ont toutefois aucune chance de déboucher sur un renversement du gouvernement, compte tenu de l'équilibre des forces au sein de l’Assemblée nationale, largement dominée par La République en marche (LREM).

Un 49.3 qui fait des vagues au sein de la majorité

Toutefois, certains élus de la majorité sont de plus en plus mal à l’aise. Le sénateur des Bouches-du-Rhône, Michel Amiel, a ainsi annoncé dimanche au Figaro qu’il quittait le parti présidentiel, se disant "extrêmement déçu" par le recours au 49-3. "Pour moi, faire cela au milieu du week-end, en pleine épidémie de coronavirus (...) c'est nul, tout simplement. Je ne sais pas comment le dire autrement", a-t-il expliqué.

>> À lire : Réforme des retraites : blocage à l'Assemblée et crispation à la conférence de financement

La députée Jennifer de Temmerman, qui avait déjà quitté le groupe LREM en novembre 2019, a quant à elle carrément signé la motion de censure du gouvernement proposée par la gauche. "Réformer le système [de retraite] est LE sujet social de l’acte II et LA promesse d’une société plus juste, écrit-elle dans une tribune publiée le 2 mars. […] Pour que cette réforme soit durable et acceptée, il faut savoir prendre le temps du débat, avoir la patience du dialogue et de l’apaisement. Pour toutes ces raisons, il n’est pas envisageable que le projet échappe aux représentants de la Nation et pas souhaitable de mettre un terme au travail de l’Assemblée par un camouflet inscrit depuis des mois dans la gestion du sujet par le gouvernement. Ce dernier doit prendre ses responsabilités dans l’échec de la concertation et du dialogue."


Jennifer de Temmerman avait déjà cosigné, avec onze autres députés, dont sept membres de la majorité ou apparentés, une tribune publiée le 21 février dans Le Monde appelant le gouvernement à ne pas utiliser le 49-3. "Nous pouvons être certains que ce passage en force serait interprété d’abord comme un déni de démocratie, écrivaient-ils. L’article 49-3 ne doit pas devenir un outil de rationalisation du débat parlementaire, il est un outil à la disposition du gouvernement pour faire adopter un texte lorsqu’il ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale. Or, en l’espèce, il ne s’agirait pas de conclure un débat qui ne pourrait aboutir autrement, mais d’y couper court."

Contacté par France 24, le député LREM Jean-François Cesarini, lui aussi signataire de cette tribune, estime que l’utilisation du 49-3 "est contraire à la promesse initiale d’Emmanuel Macron, qui était de sortir de la logique des partis, du bloc contre bloc". "Ce choix peut aussi nous diviser, nous fracturer, souligne le député du Vaucluse. On est un certain nombre à se poser la question de notre avenir au sein de cette majorité. Moi, je ne peux pas me résoudre, en tant que député avec une sensibilité de gauche, à être réduit au rôle de godillot ou de frondeur."

Avec AFP et Reuters

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine