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Après le prix à Polanski, la réforme des César sur le devant de la scène

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Paris (AFP)

Après le prix de la meilleure réalisation attribué aux César à Roman Polanski, visé par plusieurs accusations de viol, la nécessité d'une réforme de l'Académie revient sur le devant de la scène, alors que ce vote a soulevé une vague de questions.

Le César du réalisateur franco-polonais, toujours poursuivi par la justice aux Etats-Unis, a divisé un peu plus un milieu du 7e Art déchiré entre les partisans d'une séparation entre l'homme et l'oeuvre et ceux qui voient en lui un symbole des violences faites aux femmes, avec en tête l'actrice Adèle Haenel, qui a quitté la salle Pleyel.

Plusieurs voix se sont exprimées pour faire part de leur stupeur ou leur désapprobation, des actrices Sara Forestier et Aïssa Maïga à la romancière Leïla Slimani.

La romancière Virginie Despentes a, elle, publié lundi une tribune dans Libération, largement relayée, estimant que "désormais on se lève et on se barre", alors que "le message de fond est: rien ne doit changer".

D'autres ont critiqué à l'inverse la virulence à l'égard de Roman Polanski, comme Fanny Ardant ou Isabelle Huppert sur France 2, qui a cité une phrase de l'écrivain William Faulkner, affirmant que "le lynchage est une forme de pornographie".

Ou encore l'acteur Lambert Wilson, qui a estimé sur France Info qu'"on ne part pas au milieu de la cérémonie parce que Polanski reçoit un prix".

- "règlement idiot" -

Au-delà, cette nouvelle crise renforce pour certains la nécessité de réformer rapidement les César, alors qu'une vaste refonte est attendue dans les prochains mois, sous l'égide du Centre national du cinéma (CNC).

Plusieurs professionnels ont notamment fustigé un règlement de l'Académie interdisant de cumuler le César du meilleur film et de la meilleure réalisation, qui a peut-être exclu de ce prix Ladj Ly, César du meilleur film pour "Les Misérables".

"Sans le règlement idiot qui interdit à un film de gagner meilleur metteur en scène et meilleur film, la soirée aurait été différente", estime Jean Labadie, distributeur des "Misérables".

Le directeur de la société d'auteur SACD, Pascal Rogard, a aussi critiqué sur Twitter "un règlement idiot inventé par l'ancienne équipe".

L'Académie des César, elle, s'est contentée d'indiquer que 81 % des 4.313 membres avaient voté.

D'autres attendent aussi de la réforme plus de transparence, de démocratie, de parité et de diversité dans les instances dirigeantes et parmi les votants, qui pourraient avoir un effet sur les votes.

"La seule bonne nouvelle, c'est que ces César de la honte marquent définitivement la fin d'un règne et la fin d'une époque", a tweeté le réalisateur Jean-Paul Salomé.

L'Académie des César a en effet été secouée par une grave crise depuis plusieurs semaines, qui a conduit à la mi-février à la démission en bloc de son conseil d'administration, présidé depuis 2003 par Alain Terzian, suite à une vaste fronde de personnalités du cinéma.

- "monde inégalitaire" -

Une présidente par intérim, Margaret Menegoz, a été nommée, et une assemblée générale extraordinaire se tiendra le 20 avril pour adopter de nouveaux statuts.

Une deuxième assemblée générale sera convoquée à l'été, qui élira un nouveau conseil d'administration, chargé de réformer le collège électoral des César, composé de professionnels du cinéma (dont 35% de femmes).

Alors qu'actuellement la liste des votants est confidentielle, ils sont répartis en dix collèges, avec en tête les techniciens (1.420 membres), dont la plupart sont des chefs de poste, soit souvent des hommes, selon des chiffres de novembre 2019.

Pour Véronique Le Bris, fondatrice du site cine-woman.fr, il faut "être transparent sur les critères", "ouvrir le plus possible" l'Académie et "limiter les mandats".

"On va réformer le fonctionnement des César, tant mieux", estime le critique Jean-Michel Frodon sur slate.fr. Mais, ajoute-t-il, s'il y a "unanimité contre les vieux César", il y a "division sur le reste".

"Unanime, il est clair que le cinéma français ne l’est nullement sur les autres enjeux, et en particulier ceux de diversité", estime-t-il. Pour lui, les César ne font "que réfracter la réalité d'un monde inégalitaire".

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