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Corée du Sud : haro sur une secte accusée d’être au cœur de la propagation du coronavirus

Lee Man-hee, le fondateur de l'Église Shincheonji de Jésus, un groupe religieux sectaire sud-coréen, a présenté ses "excuses" pour le rôle de son mouvement dans la propagation de l'épidémie de Covid-19.
Lee Man-hee, le fondateur de l'Église Shincheonji de Jésus, un groupe religieux sectaire sud-coréen, a présenté ses "excuses" pour le rôle de son mouvement dans la propagation de l'épidémie de Covid-19. © Yonhap

Douze responsables de l’Église Shincheonji de Jésus sont visés par une enquête en Corée du Sud cherchant à établir à quel point ce mouvement sectaire qui compte plus de 200 000 membres peut être tenu pour pénalement responsable de la rapide propagation du Covid-19 dans le pays.

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Il promet la vie éternelle à ses disciples, prétend être le nouveau "messie" et se retrouve, depuis dimanche 1er mars, sous le coup d’une enquête pour homicide par négligence. À 88 ans, Lee Man-hee est le chef de l’Église Shincheonji de Jésus, un mouvement religieux sud-coréen accusé de sectarisme et jugé en grande partie responsable de la propagation du Covid-19 en Corée du Sud. Onze autres responsables de ce mouvement sont aussi visés par cette procédure.

Les enquêteurs veulent savoir si, par ses pratiques religieuses peu orthodoxes et son goût du secret, cette secte chrétienne a, dans le contexte du coronavirus, mis en danger des vies humaines depuis le début de l’épidémie dans le pays. Avec 26 morts et plus de 4 300 personnes infectées, la Corée du Sud est le plus important foyer de contamination du Covid-19 en dehors de la Chine.

Patiente n° 31

Lorsque le nouveau coronavirus est apparu en Chine en décembre, la Corée du Sud, technologiquement très avancée, et doté de services sanitaires bien organisés, pensait pouvoir faire face à une éventuelle propagation, rappelle le Wall Street Journal. Séoul avait déjà réussi, en 2015, à contenir une épidémie de MERS, un autre coronavirus apparu au Moyen-Orient en 2012.

Mais c’était sans compter avec la patiente n° 31. Cette femme d’une soixantaine d’années, membre de l’Église Shincheonji de Jésus de la ville de Taegu, est considérée comme à l’origine de l’explosion des cas de contamination au Covid-19 en Corée du Sud. Les autorités sanitaires estiment qu’une personne sur cinq contaminée par le virus peut lui être reliée.

Elle s’était rendue une première fois à l’hôpital le 7 février, à la suite d’un léger accident de la circulation. Elle s’était plainte, durant la consultation, d’une douleur à la gorge. Elle était ensuite retournée à l’hôpital quelques jours plus tard pour traiter une fièvre persistante.

Les médecins lui ont recommandé, par deux fois, de se soumettre à un dépistage du coronavirus, qu’elle a, à chaque fois, refusé, raconte le New York Times. Mais son état de santé a continué à se détériorer et, dix jours plus tard, elle n'a pas pu se défiler à nouveau : le 17 février, les médecins l’ont examinée plus attentivement et ont diagnostiqué qu’elle avait été contaminée par le Covid-19. Ils n’ont, en revanche, jamais pu établir comment elle-même avait pu être exposée à ce nouveau coronavirus.

Entre-temps, cette sexagénaire avait pu, par deux fois, quitter temporairement l’hôpital pour assister aux réunions dominicales de son mouvement. À chaque fois, elle avait été en contact avec un millier de personnes, souligne le Japan Times. "Son comportement n’est pas surprenant lorsqu’on connaît le fonctionnement de cette église. Pour les fidèles, être malade est un péché car cela les empêche de faire leur devoir pour Dieu", explique au New York Times, Chung Yun-seok, spécialiste sud-coréen des mouvements sectaires.

Culte du secret

La découverte du foyer d’infection à Taegu et du lien avec l’Église Shincheonji de Jésus a été un tournant dans la lutte sud-coréenne contre la propagation du coronavirus. Les autorités se sont alors heurtées au fonctionnement très secret de la secte. Conscients de la mauvaise image dont le groupe jouit dans le pays, les fidèles de Lee Man-hee cachent souvent leur appartenance à l’église à leurs proches, y compris à leurs parents. "Pour eux, la priorité n’est pas leur propre sécurité, mais la protection du groupe", souligne au Wall Street Journal Ji-il Tark, un professeur de théologie à l’université de Busan. Ainsi, dans la province de Gyeonggi, le gouvernement local a dû s’en remettre à deux cents volontaires de la secte pour contacter les autres fidèles de ce mouvement car "les membres ont pris l’habitude de ne pas répondre à des appels de personnes extérieures à l’église", rapporte la chaîne américaine CNN.

Difficile dans ces conditions d’effectuer le nécessaire travail de détective pour identifier toutes les personnes qui ont été en contact avec des membres contaminés de la secte. Les responsables de la secte ont aussi été accusés de ne pas jouer franc jeu : officiellement, ils assuraient collaborer pleinement avec l’État, mais des messages envoyés aux fidèles, consultés par plusieurs médias sud-coréens, leur conseillait de mentir sur leur appartenance à l’Église Shincheonji s’ils étaient contactés.

Les pratiques religieuses du groupe favorisent aussi la transmission rapide du virus. Ils se réunissent souvent dans des petites salles où ils sont collés les uns aux autres, facilitant ainsi une éventuelle contagion. Les membres n’ont pas non plus le droit de porter d’accessoires sur le visage – comme des lunettes ou des masques de protection – car ils sont considérés comme des insultes envers Dieu, ont raconté plusieurs ex-membres du mouvement à divers médias sud-coréens.

Pétition pour la dissolution du mouvement

La participation aux réunions hebdomadaires est aussi obligatoire, qu’il pleuve, vente ou qu’on soit malade. Les membres du mouvement doivent pointer à l’entrée et à la sortie d’une "séance de travail", ce qui permet aux responsables du groupe de surveiller l’assiduité de chacun. D'autant plus qu'un rhume ou un début de grippe ne saurait être suffisant pour exonérer les membres de leur devoir d’aller prêcher la bonne parole.

Ce mouvement fait partie des groupes jugés les plus agressifs dans leur prosélytisme. Plusieurs lieux de culte catholiques du pays ont affiché des pancartes à l’entrée interdisant l’accès aux membres de l’Église Shincheonji de Jésus, soupçonnés de venir débaucher les fidèles durant les messes, raconte le quotidien hongkongais South China Morning Post.

La difficulté pour les autorités de convaincre Lee Man-hee de collaborer pleinement à l’effort pour ralentir l’épidémie a valu de vives critiques au chef du mouvement. Il a refusé pendant plusieurs semaines de porter le chapeau, assurant même la semaine dernière que le Covid-19 était l’œuvre du "malin, jaloux du succès de l’Église Shincheonji".

Mais, après l’ouverture d’une enquête officielle, l’octogénaire a finalement présenté des excuses publiques, reconnaissant que "même si ce n’était pas intentionnel, il y a eu beaucoup de contaminations" liées à son groupe.

Un mea culpa trop tardif ? Une pétition ayant recolté plus d’un million de signatures a été adressée au gouvernement pour demander la dissolution de l’Église Shincheonji de Jésus, qui compte plus de 200 000 membres en Corée du Sud.

 

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