À Téhéran, le procès des deux chercheurs français ouvert puis immédiatement reporté

La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah, emprisonnée en Iran depuis juin 2019.
La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah, emprisonnée en Iran depuis juin 2019. © Capture d'écran France 24 (Archive)

Le procès des deux universitaires français détenus en Iran, Fariba Adelkhah et Roland Marchal, s'est ouvert mardi devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Seule Fariba Adelkhah a comparu à huis clos, mais le procès a été immédiatement reporté en l'absence des avocats, selon le comité de soutien des deux chercheurs.

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Le procès des deux chercheurs français détenus en Iran, Fariba Adelkhah et son compagnon Roland Marchal, détenus depuis juin, s'est ouvert mardi 3 mars à Téhéran. "Malheureusement il s'est ouvert pour être immédiatement reporté, en l'absence des avocats", a déclaré à l'AFP la responsable du comité de soutien, Béatrice Hibou, chercheuse au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), lors d'un rassemblement de soutien de plusieurs centaines de chercheurs à Paris.

"Fariba Adelkhah était présente mais Roland Marchal n'a pas pu être présent. On ne sait pas pourquoi. On ne sait pas s'il a voulu marquer sa désapprobation par rapport à un procès inique, s'il n'a pas été autorisé à quitter la prison d'Evin ou s'il était trop mal psychologiquement et physiquement pour venir", a-t-elle ajouté.

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, deux chercheurs réputés, doivent être jugés à huis clos à Téhéran pour "propagande contre le système" politique de la République islamique et "collusion en vue d'attenter à la sécurité nationale". Seul ce dernier chef d'accusation, passible de deux à cinq ans de prison, est retenu contre Roland Marchal.

La "propagande contre le système" est, elle, passible de trois mois à un an d'emprisonnement.

"La seule chose qui soit certaine en la matière est malheureusement la poursuite de tortures, qui ne sont plus seulement psychologiques, à l'encontre de nos deux collègues. Ces derniers sont maintenus dans un isolement à peu près complet, Fariba Adelkhah n'ayant plus même de contacts directs avec sa famille. Ils ne peuvent toujours pas se rencontrer. La dernière visite consulaire de Roland Marchal remonte à plus d'un mois", dénonce un communiqué du comité de soutien.

Leur avocat, Saïd Dehghan, et leur comité de soutien en France ont fait part récemment d'une détérioration de l'état de santé des deux chercheurs et émis de vives craintes à ce sujet, liées notamment à l'épidémie de coronavirus qui frappe l'Iran de plein fouet.

Le procès à huis clos de Fariba Adelkhah, anthropologue franco-iranienne réputée, spécialiste du chiisme, et Roland Marchal, africaniste dévoué à l'analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, devait s'ouvrir à 9 h (5 h 30 GMT) devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, avait indiqué leur avocat le 18 février.

Un sort lié à un Iranien détenu en France ?

En France, certaines sources estiment que le sort de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal pourrait être intimement lié à celui d'un ressortissant iranien, Jalal Rohollahnejad, détenu en France et menacé d'extradition aux États-Unis.

Alors que la République islamique a procédé récemment à des échanges de détenus avec les États-Unis et l'Allemagne, la Cour de cassation française est censée se prononcer le 11 mars sur le pourvoi de cet ingénieur en vue d'éviter son extradition.

Si son pourvoi en cassation venait à être rejeté, comme cela semble probable au vu des préconisations de l'avocat général de la Cour de cassation, il reviendra en dernier ressort au Premier ministre Édouard Philippe de statuer sur son cas.

Le maintien de Fariba Adelkhah et Roland Marchal en détention prolongée, en cas de report du procès, les exposerait à des "circonstances dangereuses et incertaines", dit-il, "compte tenu (...) du coronavirus" qui, selon leur avocat, menacerait les deux Français davantage "dans un environnement carcéral fermé".

Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont détenus à la prison d'Evin, dans le nord de Téhéran, province du pays où les autorités disent avoir relevé le plus grand nombre de personnes touchées par la maladie Covid-19.

Des membres de leur comité de soutien ont estimé lundi que les deux chercheurs étaient en "danger de mort", notamment en raison de l'épidémie.

"En mauvais état"

Selon son avocat, Fariba Adelkhah, née en Iran en 1959, a regagné samedi "la section pour femmes de la prison" après avoir été admise pendant plusieurs jours pour des soins dans l'hôpital du centre de détention. Fortement affaiblie par une grève de la faim qu'elle a menée de fin décembre à mi-février, la chercheuse "continue de se plaindre de graves douleurs aux reins", a ajouté son avocat.

Me Dehghan ne cache pas craindre que sa cliente ait pu être contaminée par le coronavirus lors de son passage à l'hôpital.

Quant à Roland Marchal, âgé de 64 ans, il "est malade et en mauvais état, mentalement et physiquement", a-t-il poursuivi.

Le comité de soutien des deux universitaires estime que les charges retenues contre eux sont fabriquées de toutes pièces et réclame leur libération immédiate.

Les autorités françaises ne cessent également de réclamer la libération de ces deux membres du Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris.

L'Iran ne reconnaît pas la double nationalité. Il dénonce régulièrement comme une ingérence les appels à libérer les deux chercheurs.

Avec AFP

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