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"Super Tuesday" : l’incroyable résurrection de Joe Biden, pourtant donné mort politiquement

L'ancien vice-président Joe Biden est arrivé en tête dans la majorité des 14 États du "Super Tuesday" du 3 mars, relançant ainsi sa course à l'investiture démocrate.
L'ancien vice-président Joe Biden est arrivé en tête dans la majorité des 14 États du "Super Tuesday" du 3 mars, relançant ainsi sa course à l'investiture démocrate. © Mike Blake, Reuters

À l'issue du "Super Tuesday", l'ancien vice-président Joe Biden a confirmé sa récente dynamique en l'emportant dans une majorité des 14 États mis en jeu mardi. Analyse de la recette d'un come-back miraculeux.

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"Je suis là pour dire que nous sommes bien vivants." Joe Biden est apparu remonté à bloc, depuis son estrade à Los Angeles, Californie, où il est apparu dans la soirée du mardi 3 mars pour commenter les résultats du "Super Tuesday". Déclaré vainqueur dans plus d'États que son grand rival Bernie Sanders, Joe Biden peut savourer cette victoire inespérée.

Dans ce "super mardi" des primaires démocrates, quatorze États votaient pour élire près de 40 % des délégués chargés d'investir le candidat démocrate, celui qui aura la lourde charge de battre le président sortant, Donald Trump, le 3 novembre prochain.

Avec ses lunettes aviateur caractéristiques du personnage politique, Joe Biden s'est montré combatif dans une vidéo qu'il a tweetée avec le hashtag #Joemomentum : l'association de son prénom et de "momentum", le grand "élan" en anglais.

"Il y a à peine quelques jours, les médias et les commentateurs avaient déclaré la mort de cette candidature", a d'ailleurs rappelé Joe Biden, devant ses partisans en liesse en Californie. Il a dédié ses victoires "à tous ceux qui ont été mis à terre, ignorés, laissés pour compte."

Ringardisé en Iowa et dans le New Hampshire

L'influent New York Post n'a pas peur de titrer sur "la résurrection de Joe Biden". Il faut dire que les résultats des primaires de février n'ont pas été loin d'enterrer celui qui faisait pourtant figure de favori intouchable lors du lancement de sa candidature en avril 2019.

Mais une fois devant les électeurs pour la troisième campagne présidentielle de sa carrière, Joe Biden a tremblé. Lors des caucus de l'Iowa et de la primaire du New Hampshire, il n'est arrivé respectivement que quatrième et cinquième de la course, ringardisé par l'émergence au centre du jeune Pete Buttigieg, ex-maire de South Bend (Indiana), et d'Amy Klobuchar, et dépassé par les candidats progressistes Elizabeth Warren et Bernie Sanders.

Ces deux défaites cuisantes avaient profondément ébranlé le message de celui qui se présentait alors comme le "seul capable de battre Trump". Certes, la troisième primaire, le Nevada, lui avait permis de se rassurer en le hissant à la deuxième place. Mais il restait encore nettement distancé par Bernie Sanders, devenu favori.

Cependant, Joe Biden a pu compter sur la Caroline du Sud, quatrième étape des primaires, pour enclencher sa "remontada". Le vote afro-américain, électorat clé des démocrates, l'a porté à la victoire et a donné un nouvel élan à sa candidature.

Le ralliement des centristes

L'émergence de Bernie Sanders comme favori a paradoxalement favorisé le come-back de Joe Biden. Son programme est jugé trop radical par les démocrates centristes. Beaucoup redoutent qu’il ne mène le parti à la catastrophe en novembre face à Donald Trump et qu’il pénalise les démocrates aux élections locales dans des circonscriptions conservatrices.

Pour lui barrer la route, le bloc modéré du parti a donc décidé d'afficher un front commun. Les soutiens de cadres démocrates au niveau local se sont multipliés pour Joe Biden. Et l'ancien vice-président a engrangé, à la veille du "Super Tuesday", le ralliement de trois ex-candidats des primaires : Beto O'Rourke mais surtout Pete Buttigieg et Amy Klobuchar, qui avaient pourtant largement battu Joe Biden lors des trois premières primaires.

Le soutien de ces deux derniers a été capital dans le bon "Super Tuesday" qu'a passé l'ancien vice-président. Ces ralliements ont mis fin à la division du bloc modéré. Le soutien d'Amy Klobuchar a permis notamment à Joe Biden de remporter le Minnesota, État d'élection de la sénatrice, où Bernie Sanders était pourtant annoncé favori.

Le soutien de Beto O'Rourke, ex-sensation des sénatoriales au Texas en 2016 mais dont la candidature à l'investiture n'a jamais réellement décollé, a été plus anecdotique. Mais il a pu jouer un rôle dans la remontée de Joe Biden au Texas alors que Bernie Sanders était également placé en tête des sondages pré-élection.

Plus globalement, ces ralliements ont permis à Joe Biden de bénéficier des suffrages des indécis, notamment dans le Massachusetts, le Minnesota, la Caroline du Nord et la Virginie. Selon AP, dans certains États, ces indécis représentaient jusqu'à la moitié des électeurs.

Bloomberg hors jeu

Une autre inconnue de ce "Super Tuesday" était le score du milliardaire et ancien maire de New York, Michael Bloomberg. Ce dernier comptait occuper le même créneau centriste que l'ancien vice-président. Les résultats le placent globalement hors course malgré la somme astronomique de 500 millions de dollars investis.

Des représentants de la campagne Bloomberg ont indiqué que celui-ci allait évaluer mercredi la suite à donner à sa candidature, soulignant toutefois que cela ne signifiait pas pour autant qu'il allait se retirer de la course à la Maison Blanche. Toutefois, en cas de retrait, ses immenses moyens financiers devraient être mis au service de Joe Biden, le milliardaire n'étant entré dans la course que pour s'assurer qu'un candidat trop à gauche ne soit investi.

Joe Biden a donc accompli son double objectif : écarter son principal concurrent au centre, Michael Bloomberg, et apparaître fort dans ses électorats clés. Les enquêtes réalisées à la sortie des urnes dans les États du "Super Tuesday" montrent que Joe Biden bénéficie du vote d'un éventail d'électeurs, hommes, femmes, Blancs, Afro-Américains, quels que soient leurs niveaux d'éducation et qu'ils se considèrent comme libéraux ou modérés.

"Sleepy Joe" peut-il gagner contre Trump ?

Si Joe Biden apparaît désormais en ballotage favorable face à Bernie Sanders, la route reste encore longue jusqu'à la convention de Milwaukee, mi-juillet, pendant laquelle sera officiellement investi le candidat démocrate. Même s'il venait à battre son rival socialiste, le chemin resterait long pour battre Donald Trump le 3 novembre.

Les cadres démocrates craignent une resucée de 2016 et l'absence de soutien actif des militants pro-Sanders à une candidature du centre. Le discours du sénateur du Vermont dans son fief à l'issue du "Super Tuesday" ne les a pas rassurés. Lui qui prône assurance-santé pour tous et études supérieures gratuites a martelé que "personne ne battrait Donald Trump avec des politiques à l'ancienne", attaque indirecte contre Joe Biden, et que seul son mouvement "sans précédent, venu de la base" pouvait "battre le président le plus dangereux de l'histoire de notre pays" et faire tomber "l'establishment économique et l'establishment politique". Il a même fait huer le Parti démocrate dans son ensemble, alors même qu'il en brigue l'investiture.

"Les dés sont pipés contre Bernie, ça ne fait pas de doute", a encore déclaré lundi Donald Trump, qui ne se prive pas de chercher à attiser les divisions au sein du Parti démocrate, en soufflant notamment sur les braises du ressentiment des supporteurs de Bernie Sanders.

De "Crazy Bernie" à "Mini-Mike" en passant par "Crooked Hillary", tous les opposants à Donald Trump se voient affubler d'un sobriquet par le président américain. Joe Biden ne fait pas exception. Il est "Sleepy Joe". Cependant, Joe l’endormi semble enfin se réveiller, porté par sa dynamique récente. Remonté, il est allé jusqu'à répondre au président américain sur son terrain de jeu favori, Twitter. "Tu as perdu ce soir Donald Trump […]. Nous sommes meilleurs que toi. Et, en novembre, nous allons te battre."

 

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