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Saint-Véran et Saint-Paul-de-Vence, l'âme du village au fond des urnes

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Grenoble (AFP)

Deux villages aux antipodes mais où la question du tourisme agite les élections municipales: à Saint-Véran (Hautes-Alpes), l'installation d'un téléphérique pour accueillir plus de visiteurs fait débat tandis que Saint-Paul-de-Vence (Alpes-maritimes) craint de devenir un supermarché touristique sans âme.

La montagnarde et la perle de la Côte d'Azur jouissent l'une et l'autre d'une vie paisible et vivent de la manne des visiteurs mais elles partagent la crainte d'un recul de leur population.

Plus haut village d'Europe perché à 2.000 mètres d'altitude dans le Parc naturel régional du Queyras, Saint-Véran se déchire depuis 2017 et l'annonce d'un projet de téléphérique de 3,5 kilomètres entre le centre du village et l'observatoire du pic de Châteaurenard, mondialement connu pour la pureté de son ciel.

"Il y a des tensions et les gens attendent les élections pour que la question soit tranchée", estime Mathieu Antoine, adjoint sortant et opposant de toujours au projet que ce moniteur de ski de fond accuse de "balafrer la montagne".

Si sa liste l'emporte auprès des 235 votants - dont 160 habitants permanents - ce projet sera "retiré du plan local d'urbanisme", promet-il.

Les opposants critiquent un projet mal ficelé qui base ses projections sur les 130.000 visiteurs annuels de l'observatoire du Pic du Midi dans les Pyrénées.

Tête de la liste concurrente, Laurent Démarets, restaurateur et lui aussi adjoint sortant, assume de "soutenir un projet, apporté de l'extérieur par un acteur économique, mais pas les yeux fermés". Pour ramener l'apaisement, il promet un référendum local.

- Un prétexte scientifique ? -

Berger-éleveur-moniteur à la retraite et candidat, Jean-Claude Imbert estime que ce téléphérique "est une opération foncière camouflée derrière un prétexte scientifique": la liaison par câble irait de pair avec la construction d'un hôtel-restaurant au sommet, pour compléter la base-vie de l'observatoire qui propose 20 places d'hébergement, rénovées mais rustiques.

Pour lui, "le développement à outrance, c'est dépassé".

Malgré ce clivage, tous les candidats parlent de dynamiser l'économie villageoise et d'attirer de nouveaux actifs - si possible avec familles. Car l'urgence avec une population en déclin, c'est de conserver les deux classes de l'école, d'entretenir la voirie et de rénover des logements.

"On a de sérieux atouts, mais on ne peut pas se contenter de rester un village-musée!", affirme M. Démarets.

- Village musée -

Village-musée, Saint-Paul-de-Vence et ses remparts fortifiés l'est déjà depuis longtemps. Picasso, Miro, Calder ou Chagall ont façonné sa renommée mondiale et entre 1,5 à 2 millions de touristes viennent y flâner chaque année.

Difficile alors pour les 3.470 habitants - dont moins de 300 intra-muros - d'y trouver autre chose que des glaciers, vendeurs de souvenirs et marchands de tableaux.

De boulanger, point dans le centre. Idem pour ces commerces du quotidien qui donnaient ce supplément d'âme cher au couple Simone Signoret-Yves Montand dans les années 50.

Tous les candidats n'ont qu'un mot à la bouche: "Rendre son âme à Saint-Paul!". Tous, sauf Jean-Pierre Camilla, 60 ans, qui défend son bilan comme premier adjoint sortant tout en convenant de la nécessité de "ne pas s'endormir" et "de continuer à faire du haut de gamme".

"Pour les habitants, la stratégie touristique n'est pas forcément le sujet n°1 mais c'est critique pour l'avenir et éviter que Saint-Paul ne devienne un musée ou un Disneyland provençal", s'inquiète Jean-Paul Faure, 66 ans, l'un des quatre candidats.

"Stop aux visites courant d'air! Il faut reconstruire la destination", défend Corinne Paolini, 53 ans, ancienne journaliste, libraire, éditrice et seule femme en lice, qui propose une candidature de classement à l'Unesco.

"Il faut a minima des commerces de proximité et un artisanat de qualité", renchérit Christophe Issagarre, 46 ans, candidat pour la troisième fois.

"On ne va pas revenir à +c'était mieux avant+ (...) mais on a un site à tomber. Le grand +challenge+, c'est d'allier le tourisme de masse à la qualité. Ça vaut pour le Quartier latin ou le Mont Saint-Michel", analyse la galeriste Catherine Issert, fille de l'ancien maire.

Quant à réclamer 5 euros à l'entrée pour réguler le flux de visiteurs comme l'a proposé un candidat de 82 ans, tout le monde se gausse: c'est en effet interdit.

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