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Damien Jalet, la sculpture en danse

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Paris (AFP)

Le pas de deux "Frozen" entre Madonna et sa fille dans "Madame X", c'est lui. Mais le Franco-Belge Damien Jalet est beaucoup plus qu'un chorégraphe, c'est un artiste qui réinvente la manière de voir le corps en mouvement.

Présente à Paris pour son show, la reine de la pop s'est rendue jeudi soir au Théâtre national de Chaillot pour assister en privé à une répétition de son spectacle, "Vessel" (6-13 mars), où l'enchevêtrement des corps de danseurs donne naissance à des tableaux d'une étrangeté saisissante.

Depuis son installation dansante "Les Médusés" au Louvre en 2013, où il a fait évoluer des danseurs parmi des sculptures anciennes, l'artiste de 43 ans aux collaborations multiples ne cesse de montrer le corps sous multiples angles.

La danse et la sculpture, "ce sont deux arts qui sont peut-être les plus opposés, l'un le plus proche de l'éternité, et la danse qui est l'art le plus éphémère", affirme-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Dans "Les Médusés", "c'était comme si les danseurs libéraient l'énergie contenue dans ces sculptures, ça a changé ma manière de voir le corps en mouvement", ajoute-t-il.

- "Chorégraphie sculpturale" -

Une vision renforcée par sa rencontre avec le plasticien japonais Kohei Nawa avec qui il a créé "Vessel", récemment nommé aux prestigieux Olivier Awards pour la catégorie meilleure production de danse.

En 2013, le sculpteur expérimental "avait fait de la mousse de savon un énorme nuage dans lequel évoluaient les visiteurs, comme s'ils faisaient partie de cette structure, ça m'a énormément interpelé".

Jalet, qui s'était fait un nom en collaborant pendant de longues années avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui, a alors voulu une chorégraphie qui soit "un point de rencontre" entre les deux arts pour créer une "chorégraphie sculpturale".

Dans "Vessel", un grand bassin sur scène a été construit à partir du matériau japonais "katakuriko", sorte de fécule de pomme de terre à la fois solide et liquide censée représenter cette même dualité dans le corps humain.

Les corps des danseurs, dont on ne voit jamais les têtes et dont on distingue rarement le genre, s'entremêlent au rythme d'une musique hypnotique pour évoquer des créatures d'un autre monde.

"Les pas de deux hommes-femmes traditionnelles ne m'intéresse pas du tout. J'aime cette idée de dissolution où le genre est plus associé à un état d'esprit".

Pourquoi ne jamais montrer les têtes?

"On passe notre temps à faire des selfies, on peut lire beaucoup d'éléments de l'identité d'une personne à travers le visage, j'avais envie de requestionner ça", explique-t-il.

"On laisse autre chose émerger, la barrière entre ce qui est humain et ce qui ne l'est pas se dissout", dit l'artiste qui a collaboré entre autres avec le plstivien Jim Hodges, monté un film avec Gilles Delmas et signé de nombreuses chorégraphies au cinéma --dont celle du film "Suspiria" de Luca Guadagnino ou du court métrage "Anima" sur Netflix avec Thom Yorke et Paul Thomas Anderson--, ainsi qu'au théâtre et à l'opéra.

- "Etat de fascination" -

"Sans technologie, sans maquillage, sans costumes, rien qu'avec la déformation des corps et la manière de choisir certains angles, on arrive à créer un ailleurs", explique M. Jalet, dont le spectacle "Skid" l'année dernière à Chaillot, où des danseurs exploraient la gravité sur une plateforme inclinée, avait fait sensation.

Pour lui, il ne s'agit pas simplement un voyage visuel mais spirituel. Il se nourrit de tout, notamment de la mythologie, les rituels liés à l'animisme et les traditions spirituelles du shugendô.

"J'aime bien l'idée de mettre le spectateur dans un état de fascination", avance le chorégraphe qui est artiste associé au Théâtre national de Bretagne.

L'artiste qui reviendra à Chaillot en septembre avec une nouvelle création et qui danse encore, a réussi a fasciner Madonna, une amoureuse de la danse contemporaine selon lui.

"C'est quelqu'un qui a eu une énorme influence sur qui je suis devenu. +Frozen+, le pas de deux avec sa fille, c'était une manière de la montrer plus vulnérable, sous un autre angle", dit M. Jalet.

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