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Municipales: le spectre des robots-journalistes s'est estompé

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Paris (AFP)

Les moteurs de rédaction, capables de mettre en forme instantanément et automatiquement les résultats dans chaque commune de France, seront bien présents le soir des prochaines élections, mais le spectre des "robots-journalistes" s'est estompé.

En 2015, Le Monde avait réalisé une première mondiale en publiant pour les élections départementales des courts textes de présentation des résultats dans 30.000 communes et 2.000 cantons, générés automatiquement par un logiciel d'intelligence artificielle créé par la start-up Syllabs.

L'initiative avait fait sensation, suscitant une floraison de commentaires inquiets sur l'avènement de robots bientôt capables de se substituer aux journalistes grâce à des machines virtuoses en utilisation du langage.

Cinq ans plus tard, les textes créés automatiquement par Syllabs seront bien présents sur les sites internet d'une quinzaine de médias régionaux, indique la start-up, dont ceux de Ouest-France, Radio-France (pour France Bleu) et Sud-Ouest.

Quelques autres médias dont 20 Minutes - un pionnier lui aussi - utiliseront les solutions d'un concurrent de Syllabs, LabSense, une autre start-up.

Et certains, comme le Télégramme, utiliseront une solution interne, développée avec des prestataires extérieurs.

"Il y a eu un vrai revirement dans la perception" de ces outils par les médias, indique Claude de Loupy, cofondateur de Syllabs. "Il y a 18 mois, on avait encore des réactions +quoi? une machine qui écrit des textes?+. Maintenant, on a des questions logiques, notamment +est-ce que vos textes sont conformes à nos besoins de référencement web?+", dit-il en évoquant ces techniques utilisées pour être sélectionné en priorité par les moteurs de recherche.

- L'enjeu du référencement web -

Mais pour les avocats des moteurs de rédaction, ces outils n'ont pas vocation à remplacer un être humain: ils ne peuvent que mettre en langage courant des données chiffrées, récurrentes et bien balisées, comme des résultats électoraux par commune, des résultats sportifs ou la météo du jour.

Des travaux "que les rédactions n'ont ni le temps, ni l'envie de faire", estime Guillaume Desombre, le directeur général de LabSense.

D'ailleurs, ces outils de génération automatiques ne font plus peur dans les rédactions, relève Maxence Petitjean, directeur adjoint de l'information de France Bleu en charge du numérique.

Le soir des municipales, les rédactions de France Bleu à travers la France seront "libérées du poids" de donner ces résultats et pourront se concentrer sur des tâches journalistiques comme les estimations avant résultats ou les analyses politiques dans telle ou telle ville. Les robots permettent "de générer beaucoup de contenu, donc c'est intéressant en termes de référencement" sur le web, explique M. Petitjean.

Pour les municipales 2020, la tendance des médias n'est plus de tout miser sur un texte de synthèse des résultats, mais sur de l'agrégation de données, pour donner une vision large d'une commune: les pages "résultats des municipales" présenteront souvent, sous une forme non textuelle, des données comme l'évolution de la population de la commune, des liens vers des photos et articles précédemment publiés…

"Plus que la génération de texte, ce sont les liens qu'on fera avec d'autres bases de données qui sont importants", souligne Vincent Lastennet, journaliste spécialisé data et innovation au Télégramme.

- Le "portrait en données" d'une commune -

Emblématique de cette évolution: Le Monde. "En 2015, nous avons produit" pour chaque commune et canton "des textes fiables, lisibles et indexables par les moteurs de recherche", explique Alexis Delcambre, directeur adjoint de la rédaction chargé de la transformation numérique.

"Mais le rapport entre le gain en qualité d'expérience par le lecteur et le travail très lourd qui devait être fait en amont" pour préparer le moteur de rédaction "pouvait être questionné", reconnaît-il.

Pour ces municipales et les élections à venir jusqu'à la présidentielle de 2022, Le Monde a donc fait le pari d'une capacité à brosser le "portrait en données" d'une commune: aux chiffres électoraux proprement dits, s'ajoutent des informations sur l'évolution de la population, le taux de chômage, la distance au service d'urgence le plus proche, le nombre d'écoles, collèges et lycées...

Selon Alexis Delcambre, ce choix est à rattacher à la politique éditoriale choisie par Le Monde, qui privilégie les textes "qui se distinguent, qui sont originaux".

Bref, ceux que pour l'instant, seuls les humains restent capables de faire.

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