Un homme de la photo et du cinéma à la tête de la vénérable Villa Médicis

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Paris (AFP)

En nommant Sam Stourdzé, 37 ans, un expert de l'image, aux commandes de la Villa Médicis, le gouvernement français insuffle un coup de jeune à cette vitrine de la culture française dans la Ville éternelle, et lui donne un profil plus européen et multiculturel.

Le patron renommé des Rencontres de la photographie d'Arles, lui-même ancien pensionnaire de la Villa en section cinéma, prendra ses fonctions à l'été à l'Académie de France à Rome, dont la direction était vacante depuis septembre 2018, date de la fin du mandat de Muriel Mayette-Holtz.

Le ministre de la culture Franck Riester met fin à un suspense entouré de multiples supputations autour des raisons pour lesquelles ce poste très convoité n'a pas été pourvu plus vite après le départ de Muriel Mayette-Holtz survenu sous le règne de Françoise Nyssen rue de Valois.

Dans un communiqué, Franck Riester explique que de longues consultations ont été menées pour réfléchir et repenser le rôle de cette vénérable institution de plus de trois siècles.

Sam Stourdzé a reçu en effet un mandat ambitieux et délicat à la tête de l'Académie créée par Louis XIV en 1666.

Ce palais et ses jardins, havre paradisiaque et tranquille sur la colline du Pincio, au seuil de la Villa Borghèse, sont perçus parfois comme un lieu fonctionnant loin des réalités terre à terre, réservé à une élite, voire un lieu pour privilégiés.

Muriel Mayette-Holtz avait été critiquée par des pensionnaires pour sa manière très personnelle de gouverner l'institution.

Selon les termes du communiqué de Franck Riester, la Villa devra devenir davantage un "lieu de mobilité : mobilité artistique, mobilité sociale et mobilité européenne".

Le ministre et le président Emmanuel Macron, très intéressé par le rayonnement culturel et l'image de la culture française à l'étranger, ont donc retenu le profil de cet homme jeune, tourné vers l'Europe, expert dans une discipline en plein essor, la photographie, et habitué aux échanges culturels internationaux, en tant que directeur depuis 2014 des Rencontres d'Arles, rendez-vous incontournable de la photographie d'art.

Ce spécialiste des relations entre art et cinéma a été commissaire de nombreuses expositions et auteur d'ouvrages de référence. Il connait de l'intérieur la Villa, ses atouts, ses lenteurs et ses secrets.

En séjour à Rome de 2007 à 2008, il avait conçu un projet d'envergure autour de Federico Fellini, donnant lieu à la première grande exposition présentée dans plus de 15 villes européennes.

- "plus inclusive" -

"Les missions de l'Académie de France sont amenées à évoluer pour affirmer des priorités nouvelles : une orientation résolument européenne, une ouverture plus grande à la diversité des champs artistiques et à la diversité sociale des parcours, des synergies internationales renforcées avec l'Europe, le bassin méditerranéen et l'Afrique", détaille le ministère de la Culture.

Il a fixé une feuille de route ambitieuse afin que l'institution soit moins élitiste et plus "inclusive": la Villa Médicis doit "jouer pleinement un rôle d'incubateur, de laboratoire, de lieu d'émulation et de recherche, en favorisant le dialogue des disciplines, les liens entre l'art et la science, l'artisanat ou encore la philosophie".

Elle doit "ouvrir des résidences courtes à des pensionnaires accueillis dans le cadre de collaborations avec un réseau associatif".

Selon la mission que lui avait confié Colbert, la Villa accueille en résidence une vingtaine de pensionnaires chaque année, invités à déployer leurs talents artistiques en toute tranquillité.

Elle devra désormais s'inscrire "dans de nouveaux réseaux d'échanges et de coproductions, et contribuer à la circulation des artistes en Europe", a demandé le ministre.

Il se félicite notamment que Sam Stourdzé "envisage de développer des collaborations avec les scènes artistiques de la Méditerranée et de l'Afrique francophone".

Sam Stourdzé a su insuffler en cinq ans aux Rencontres d'Arles une nouvelle dynamique en faisant dialoguer la photographie avec les autres arts, et en élargissant le réseau des partenaires régionaux et internationaux.

Il avait été aussi directeur du musée de l'Elysée à Lausanne de 2010 à 2014.

A la tête de la Villa Médicis, Sam Stourdzé succèdera à une brochette de personnalités du monde de l'art: d'Eric de Chassey à Frédéric Mitterrand, de Bruno Racine à Richard Peduzzi, et d'autres encore, notamment le peintre Balthus.