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Boris Vian, toujours vivant

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Paris (AFP)

Snobé en son temps, Boris Vian est aujourd'hui salué pour sa "modernité folle" comme le dit Mathias Malzieu, leader du groupe Dionysos et parrain du centenaire de sa naissance, en cette année 2020 jalonnée de projets-hommages.

Mort en 1959, d'une crise cardiaque à 39 ans, l'écrivain-musicien-metteur en scène, entre autres casquettes, aurait eu 100 ans le mardi 10 mars. Et il est toujours dans l'air du temps.

"Aujourd'hui, il est plus reconnu que de son vivant, mieux identifié, on sait bien de qui on parle, de quelqu'un qui n'a pas de frontières, qui a une liberté totale et absolue", souligne pour l'AFP Nicole Bertolt, mandataire pour l'œuvre de Boris Vian.

"Il a fait une chanson qui s'appelait +Je suis snob+, et en fait il était exactement l'inverse. Il est l'inverse du snobisme, parce qu'il décloisonnait tout et il prenait tout à bras le corps, à bras le cœur. Je suis un grand admirateur de ça, de sa poésie, de son imagination et de son côté frondeur, joueur", expose à l'AFP Mathias Malzieu.

La date du 10 mars n'est qu'un repère symbolique. Le programme gargantuesque des évènements liés à Vian, étalés tout au long de 2020, est en détail sur le site centenaireborisvian.com.

"C'est un passeur, et moi j'aime les passeurs, poursuit le cerveau de Dionysos. Il a fait venir le bebop en France. Il était à la fois journaliste, directeur artistique, chansonnier, écrivain et en fait il ne se posait pas la question. Il voulait raconter des histoires".

- "Actualité frappante" -

Et "certaines sont d'une actualité absolument frappante" souligne auprès de l'AFP Françoise Canetti, directrice du label Jacques Canetti qui sort un coffret de 100 chansons de Vian, entre classiques, raretés et inédits.

On entend ainsi Jean-Louis Aubert chanter en 1989 "Ils cassent le monde", un texte où Vian, écologiste avant l'heure, s'inquiète d'une planète qui part en morceaux. Catherine Ringer pose elle sa voix sur "Les joyeux bouchers" en 1997, drôle d'écho aux débats actuels sur la consommation de viande rouge.

"Boris Vian est tellement d'aujourd'hui. Quand on m'a fait des sermons sur +Fais moi mal Johnny+, chanson sur une prostituée qui adore que son mac la tape, j'ai répondu avec +Ne vous mariez pas les filles+, un texte qu'on décrirait comme féministe actuellement", confie Nicole Bertolt. Un titre qui tire à boulets rouges sur la gent masculine, remis au goût du jour par le groupe Debout sur le Zinc à l'automne dernier.

Intemporelle, l'oeuvre de Vian s'adapte à tout format et tout courant artistique. Dans le coffret proposé par Françoise Canetti - fille de Jacques, le producteur qui poussa Vian à chanter sur scène - on trouve ainsi "Le temps de vivre, l'évadé" en version guitares hard-rock par Pascal Voiture.

- "Slammer du Boris Vian" -

Le Printemps de Bourges a programmé le 23 avril une soirée "On va t'faire mal Boris" - référence à "Fais moi mal Johnny" - avec Tracy de Sá, Sônge et Oré, jeune garde rap, soul et r'n'b. "Elles ont entre 18 et 25 ans, elles m'ont demandé +est-ce qu'on peut slammer du Boris Vian?+ J'ai dit bien sûr !", raconte Françoise Canetti.

"Boris Vian laisse toujours de la place à l'autre, comme dans un morceau de jazz où chacun apporte sa contribution. Quand vous rencontrez des réalisateurs, dessinateurs, metteurs en scène, journalistes et que tous vous parlent de +L'écume des jours+ et ne disent jamais la même chose, ça signifie qu'on peut s'en emparer encore et encore. Le génie se voit à ça", analyse Nicole Bertolt.

C'est d'ailleurs le cas avec "L'écume des jours, rêverie virtuelle", spectacle qui mêle dispositifs sonores, visuels et numériques. Ce projet de la Compagnie Underground Sugar, adapté par Julie Desmet Weaver, a été sélectionné par la communauté européenne pour être joué dans 20 capitales du vieux continent durant l'année 2020.

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