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Quand Boris Vian signait Vernon Sullivan

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Paris (AFP)

Ecrivain à l'audience confidentielle de son vivant, Boris Vian (1920-1959) ne fut reconnu comme romancier avant sa mort que sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, son double "américain", auteur du plus retentissant scandale littéraire de l'après-guerre.

A peine paru en novembre 1946, "J'irai cracher sur vos tombes", un roman présenté comme étant "traduit de l'américain" par Boris Vian connaît un énorme succès (30.000 exemplaires vendus en deux mois!) et s'attire les foudres de la justice.

Le livre de Boris Vian, thriller plus vrai que nature, outrant la violence et l'érotisme des "romans noirs" américains, met en scène un héros noir à la peau blanche – ses parents sont noirs, mais il est né blanc –, dont le frère a été lynché après avoir eu une aventure amoureuse avec une Blanche.

L'histoire se déroule dans le Sud ségrégationniste. Lee Anderson, le narrateur, va s'installer dans une autre ville et s'intègre à la société blanche préparant sa revanche...

Boris Vian se vantera plus tard d'avoir écrit le livre en quatorze jours. Le style est volontairement cru, voire pornographique, truffé d'américanismes. Il est question de "petites de quinze, seize ans, avec des seins bien pointus sous des chandails collants"... "Elles le font exprès, les garces, elles le savent bien", soutient le narrateur. Le romancier prend plaisir semble-t-il à choquer ses lecteurs.

- Interdit jusqu'en 1973 -

La censure veille. La justice est saisie en 1947 par le Cartel d'action sociale et morale (qui s'était déjà fait connaître en demandant l'interdiction des livres d'Henry Miller) et en 1949, le livre est interdit, son auteur (on sait désormais que Vernon Sullivan est le nom de plume de Boris Vian) condamné pour outrage aux bonnes mœurs. Vian est amnistié, essuie de nouvelles plaintes... Le livre restera interdit jusqu'en 1973!

Trois autres livres signés Vernon Sullivan ("Les morts ont tous la même peau", "Et on tuera tous les affreux", "Elles se rendent pas compte") paraîtront (aux éditions du Scorpion) entre 1947 et 1950.

Tous ces titres sont désormais disponibles dans la docte Pléiade.

Alors que Boris Vian n'a jamais mis les pieds aux Etats-Unis, les critiques de l'époque comparèrent les livres signés Sullivan à ceux de Caldwell, James Cain voire Faulkner!

Le nom Vernon Sullivan a été imaginé par Vian à partir de Paul Vernon, un copain musicien, et Joe Sullivan, pianiste de jazz. Vian poussera la supercherie jusqu'à écrire la "version originale" en anglais de "J'irai cracher sur vos tombes" sous le titre "I Shall Spit on Your Graves".

En 1947, un représentant de commerce assassine sa maîtresse et se suicide après avoir abandonné près de lui "J'irai cracher sur vos tombes" ouvert à la page où le héros tue une jeune femme. Est-ce pour cette macabre raison que le livre fut le best-seller de l’année 1947 ?

Pourquoi avoir écrit des Vernon Sullivan ? A l'époque de "J'irai cracher sur vos tombes", Vian a dans ses tiroirs le manuscrit de "L'écume des jours"... mais aucun éditeur n'en veut.

Si la série des Sullivan a rapporté une certaine notoriété à l'écrivain elle a également nuit à sa réputation d'auteur "sérieux". Les critiques littéraires, vexés de s'être laissés duper, ne feront pas de cadeaux à l'écrivain Boris Vian.

A l'occasion du 100e anniversaire de la naissance de Boris Vian, les écrivains de l'OuLiPo ont achevé (avec brio) un texte inédit de l'écrivain écrit en 1950 dans la lignée des Sullivan.

"On n'y échappe pas" (Fayard, 216 pages, 18 euros) était destiné à la mythique Série Noire de Marcel Duhamel. Boris Vian en a écrit quatre chapitres avant d'abandonner son récit mais en laissant, heureusement, le synopsis de ce roman noir et savoureux.

"J'irai cracher sur vos tombes" et "Les morts ont tous la même peau" font quant à eux l'objet d'une superbe adaptation en BD qui paraîtra le 11 mars chez Glénat.

Vrai-faux traducteur pour la série des Vernon Sullivan, Boris Vian a effectivement traduit plusieurs romans noirs américains dont "La Dame du lac" et "Le grand sommeil" de Raymond Chandler, "Les femmes s'en balancent" de Peter Cheney et "Le bluffeur" de James M. Cain, quatre titres parus dans la Série Noire entre 1948 et 1951.

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