Après la présidentielle en Afghanistan, deux investitures concurrentes

Le président afghan Ashref Ghani et le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah lors d'un sommet de l'Otan, à Varsovie, le 8 juillet 2016.
Le président afghan Ashref Ghani et le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah lors d'un sommet de l'Otan, à Varsovie, le 8 juillet 2016. © Jonathan Erns, Reuters (archives)
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Arrivé second à l'élection de septembre face au président réélu Ashraf Ghani, l'opposant afghan Abdullah Abdullah a tenu sa propre cérémonie d'investiture présidentielle lundi. Au lendemain de la signature d'un accord de paix avec les Taliban, le gouvernement de Kaboul apparaît affaibli par cette rivalité. 

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La rivalité entre Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah va-t-elle compromettre les négociations entre Kaboul et les Taliban ? Deux cérémonies d'investiture présidentielle concurrentes ont eu lieu lundi 9 mars en Afghanistan. L'une pour le président Ashraf Ghani, réélu en septembre, l'autre pour le chef de l'exécutif Abdullah Abdullah, arrivé second, qui ne cesse de contester les résultats de la présidentielle

Des discussions de dernière minute visant à trouver un compromis ont duré jusqu'à tard dans la nuit de dimanche à lundi, mais n'ont pas abouti et, dans la matinée, Ashraf Ghani a été investi président, quelques minutes avant la l'investiture d'Abdullah Abdullah.

Au même moment, plusieurs explosions ont retenti dans la capitale afghane. L'organisation État islamique a revendiqué l'attentat, affirmant avoir tiré dix roquettes. Le ministère de l'Intérieur a dénombré quatre projectiles, et indiqué qu'un policier avait été légèrement blessé.

"Je ne porte pas de gilet pare-balles, seule ma chemise, et je resterai même si je dois y laisser ma tête !", a lancé Ashraf Ghani devant un parterre de diplomates sans quitter l'estrade, après avoir juré "d'obéir et de protéger" l'islam et de "respecter et de superviser l'application de la Constitution".

"Il existe des liens fondamentaux et invisibles entre les talibans et Daesh", a-t-il ajouté.

Quelques minutes plus tard, Abdullah Abdullah, le perdant du scrutin de septembre 2019, se déclarait également président d'Afghanistan dans une autre aile du palais présidentiel. "Le peuple afghan m'a confié une énorme responsabilité, et je suis déterminé à (le) servir", a déclaré le chef de l'exécutif du précédent gouvernement d'union nationale.

Le scénario rappelle les pires moments du scrutin de 2014, que les deux mêmes protagonistes affirmaient également avoir remporté. Cette fois, la querelle intervient alors que le gouvernement s'apprête mardi à négocier l'avenir du pays avec les Taliban.

Un dialogue affaibli

Mardi, un dialogue inter-afghan doit réunir les Taliban, les autorités, l'opposition et la société civile, pour tenter de trouver un terrain d'entente sur l'avenir du pays.

Ces négociations, actées dans l'accord signé le 29 février à Doha entre États-Unis et Taliban, devraient être retardées. Ashraf Ghani refuse d'honorer l'un des principaux points de cet accord, non ratifié par son gouvernement : la libération de jusqu'à 5 000 prisonniers taliban en échange de celle de jusqu'à 1 000 membres des forces afghanes.

"Les Taliban vont dire à l'équipe du gouvernement de régler leurs problèmes internes puis venir et parler", pronostique l'analyste Atta Noori, interrogé par l'AFP. "L'unité est leur seule option s'ils veulent gagner à la table des négociations."

Les Taliban, toujours opposés aux élections en Afghanistan, n'ont jamais reconnu le gouvernement de Kaboul.

Les deux explosions qui ont retenti à Kaboul pendant les cérémonies soulignent le niveau d'insécurité dans le pays. Les combats ont repris de plus belle dans les campagnes depuis que les Taliban ont mis fin le 2 mars à une trêve partielle de neuf jours et repris leur offensive contre les forces de sécurité afghanes, tuant des dizaines de personnes en une semaine.

"Intérêts personnels"                  

Avec très peu de nouvelles idées, les deux hommes politiques ont aussi perdu la confiance d'une grande partie de la population.

"Il est impossible d'avoir deux présidents dans un seul pays", soupire Ahmad Jawed, un chômeur de 22 ans, demandant aux candidats "de mettre leurs intérêts personnels de côté et de penser à leur pays plutôt que de se battre pour le pouvoir".

Les résultats définitifs de la présidentielle, organisée en septembre, n'avaient été annoncés qu'en février, en raison notamment du dépôt par les candidats de 16 500 plaintes pour irrégularités.

Ashraf Ghani a obtenu 50,64 % des 1,8 million de votes pris en compte. Abdullah Abdullah, qui n'a réuni que 39,52 % des suffrages, a qualifié ces résultats de "trahison nationale".

Avec AFP

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