Coronavirus : et les marchés financiers réagirent à la crise sanitaire

Les bourses mondiales ont connu lundi 9 mars leur pire journée depuis la crise de 2008
Les bourses mondiales ont connu lundi 9 mars leur pire journée depuis la crise de 2008 © Bryan Smith

Dégringolade historique, rebond : les marchés financiers ne semblent pas savoir où donner de la tête face à l’évolution de l’épidémie de coronavirus. D’autant que pendant plus de deux mois, ils avaient d’abord semblé indifférents à la propagation du Covid-19. Un expert en psychologie financière décrypte ces changements d’attitude.

Publicité

Après une chute historique, les marchés financiers ont rebondi. Toutes les bourses mondiales ont regagné, mardi 10 mars, une partie du terrain perdu la veille lors d’une séance marquée par des pertes dignes des débuts de la crise de 2008. Deux jours de yo-yo boursier qui semblent indiquer que l’épidémie de Covid-19 a fini par contaminer l’ambiance dans les salles de marché.

Car, comme avec les individus infectés par le nouveau coronavirus, les bourses ont mis un certain temps à montrer les premiers symptômes du mal. La propagation de l’épidémie sur tous les continents, l’accumulation des décès en Chine puis dans d’autres pays, les mises en garde répétées du FMI sur l’impact économique de la crise sanitaire n’avaient, jusqu’à présent, eu qu’un impact limité sur les indices boursiers mondiaux.

Moment Lehman Brothers de la crise sanitaire

Une lenteur à réagir qui peut étonner. Elle est, cependant, parfaitement dans la logique du fonctionnement psychologique très particulier des acteurs des salles de marché, explique David Tuckett, spécialiste de psychologie comportementale dans le monde financier à l’University College de Londres, contacté par France 24. Pour survivre et travailler “dans un monde dominé par l’incertitude, ces financiers se construisent des récits convaincants leur permettant de prendre des décisions boursières”, explique cet expert, qui a mené un grand nombre d’entretiens avec des banquiers et traders. Ces constructions intellectuelles impliquent “qu’ils tendent à accorder davantage d’importance aux informations qui confortent leur vision du monde et ignorent, inconsciemment, ce qui pourrait remettre en cause leurs convictions”, précise-t-il.

Autrement dit, les investisseurs se sont raccrochés à l’idée que la Bourse américaine connaissait la plus longue période de hausse de son histoire (depuis août 2018), tout en se persuadant que l’épidémie de coronavirus restait contrôlable. Seul un déclic important peut les ramener à la réalité. À ce titre, “l’intervention de la Réserve centrale américaine et la chute des prix du pétrole ont été les moments Lehman Brothers [la faillite de cette banque américaine a marqué le début de la crise de 2008, NDLR] de cette crise sanitaire”, assure David Tuckett. La Banque centrale américaine avait décidé, la semaine dernière, d’une baisse importante de ses principaux taux d’intérêt pour soutenir l’activité économique. Mais le geste avait été jugé insuffisant. “Les investisseurs se sont rendus compte que la Banque centrale américaine semblait démunie face à la crise”, note David Tuckett. La chute brutale des prix du pétrole a fini de les convaincre qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume des indices boursiers.

Psychologie du krach boursier

L’expert britannique n’établit pas un parallèle avec la crise de 2008 par hasard. D’abord parce que le krach boursier consécutif à la faillite de Lehman Brothers est, lui aussi, intervenu après une période de plusieurs mois “durant lesquels les bourses ont ignoré les signes avant-coureurs pour se raccrocher à la conviction que tout était sous contrôle”, rappelle David Tuckett. Même symptôme, même punition.

Ensuite, parce que le précédent de 2008 indique que des incidents boursiers de cette ampleur laissent des séquelles qui ne se résorbent pas du jour au lendemain. “Le rebond de ce mardi n’est rien d’autre que la tentative des acteurs du marché d’essayer de se raccrocher à leur illusions d’hier”, affirme ce chercheur. Pour lui, les marchés financiers viennent d’entrer dans une phase d’instabilité qui prendra seulement fin lorsque les investisseurs “auront réussi à se reconstruire un nouveau récit convaincant qui intégrera la nouvelle donne sanitaire”.

Mais les similitudes avec la dernière crise financière ne signifient pas que le 9 mars marque nécessairement le début d’une nouvelle descente aux enfers financiers et économiques. En 2008, le virus était niché dans le système financier lui-même sous la forme des subprimes (créances douteuses), alors que cette fois-ci il s’agit d’une crise sanitaire qui affecte l’économie par ricochet.

Ceci étant, les investisseurs risquent d’être plus difficiles à rassurer qu’il y a dix ans. “Un élément important pour leur redonner confiance vient du leadership politique”, affirme David Tuckett. L’action forte des autorités en 2009 pour sauver les banques en difficulté et réinjecter de l’argent dans l’économie avait lentement remis le système financier sur les rails. Mais cette fois-ci, il y a Donald Trump, dont le discours ne va pas dans ce sens : “Pour l’instant, la réponse au sommet de l’État manque de force, du moins aux États-Unis”, estime cet expert.

Le Washington Post a même fait du président américain l’une des causes du krach boursier du 9 mars, citant la tendance “trumpienne” à minimiser l’impact du coronavirus, contredisant les autorités sanitaire du pays qui prévenait contre le risque de propagation du Covid-19 sur le sol américain. “Ce double discours ajoute de l’incertitude, ce qui a tendance à effrayer les marchés plus qu’autre chose”, analyse le quotidien américain.

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine