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Municipales 2020

L’abstention, virus des élections municipales

Des affiches de campagne dans le centre de Perpignan.
Des affiches de campagne dans le centre de Perpignan. © Raymond Roig, AFP

Des électeurs inquiets à l’idée de contracter le Covid-19 pourraient ne pas voter dimanche au premier tour de l’élection municipale, selon une étude. Faisant craindre un nouveau record d'abstention après celui de 2014. 

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Les élections municipales sont les préférées des Français. Mais depuis trente ans, la participation au niveau local ne cesse de s’éroder au fur et à mesure des scrutins. En 2020, la propagation du virus pourrait bien amplifier le phénomène.

Une étude Ifop publiée le 9 mars révèle que 28 % des Français envisagent de ne pas se rendre aux urnes à cause du coronavirus, soit près de trois électeurs sur dix. Parmi ces derniers, 16 % sont même "certains" de ne pas s'y rendre.

>> À lire : Le coronavirus, élément perturbateur des municipales

Pour l'Ifop, un tel scénario pourrait concerner "six à huit millions d'électeurs" sur les 44,3 millions d'inscrits sur les listes électorales. En 2014, l’abstention avait déjà atteint un niveau record des municipales sous la Ve République avec 36,43 % au premier tour et 38,3 % au second tour.

Les séniors mobilisés, les jeunes en repli

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les séniors, pourtant les plus exposés par le virus, ne sont pas les premiers à renoncer à voter à cause du coronavirus. Ils sont 11 %, soit cinq points de moins que la moyenne nationale, à être certains de ne pas se rendre aux urnes en raison de la circulation du virus. 

A contrario, les électeurs les plus susceptibles de ne pas effectuer leur devoir de citoyen sont surreprésentés chez les habitants de la région parisienne (25 %), les cadres et professions intellectuelles supérieures (28 %) ainsi que chez les jeunes de moins de 35 ans (23 %) et les étudiants (29 %).

Une telle situation s’explique. "L'impact du Covid-19 sur la participation est plus fort au sein des populations les plus exposées aux réseaux sociaux, à l'information alternative et aux fake news", analyse François Kraus. "La crainte est plus forte chez les personnes plus exposées aussi aux théories complotistes."

Politiquement, les électeurs de la droite sont les moins sensibles aux effets du coronavirus dans les bureaux de vote (23 % à 25 %), d’après le sondage. Alors que les électeurs situés aux deux extrêmes de l’échiquier politique semblent beaucoup plus nombreux que la moyenne à déclarer qu’ils ne comptent pas aller voter à cause du virus, 31 % des électeurs lepénistes, 30 % des électeurs mélenchonistes.

Un désintérêt croissant

Mais le coronavirus à lui seul ne suffit pas pour expliquer l’abstention redoutée. Certains électeurs exaspérés par la crise des Gilets jaunes puis le mouvement de la réforme des retraites pourraient bien montrer leur hostilité vis-à-vis du pouvoir en boudant les urnes. Les élections intermédiaires sont souvent l’occasion de sanctionner le pouvoir en place. Or comme La République en marche ne dispose que de très peu de maires sortants, des électeurs trouvent refuge dans l’abstention pour afficher leur mécontentement.

Enfin, de manière générale, le rapport des Français au local se distend. "Il y a 20 ans, tout le monde connaissait son maire, aujourd’hui il y a moins d’évidence du cadre communal", avance Rémi Lefebvre de l'université de Lille-Ceraps et spécialiste des mobilisations électorales dans un entretien accordé à Sud-Ouest. Or, les nombreux déménagements, le fait de ne pas travailler dans son lieu de résidence sont autant de facteurs qui favorisent le désintérêt pour ce scrutin.

À six jours du premier tour, il sera compliqué pour le pouvoir en place d’inverser la tendance. Mais en ce qui concerne le coronavirus, certaines mesures peuvent toutefois rassurer les plus inquiets. D’autant que "la situation est très évolutive", note François Kraus de l'Ifop pour LCI. Les informations que donneront les autorités de santé d'ici au 15 mars pourraient en effet influencer sensiblement la décision des électeurs, car le comportement vis-à-vis du vote se modifie souvent jusqu'à la dernière minute.

Des mesures préventives

Raison pour laquelle le Premier ministre Édouard Philippe a envoyé, samedi, une lettre à tous les maires de France pour rappeler l’importance de ce "moment de respiration démocratique". Il en a profité pour annoncer une série de mesures concrètes destinées à rassurer la population. L’exécutif invite donc chaque municipalité à afficher les "mesures barrières" à l’entrée des bureaux de vote. Le Premier ministre a également prié les présidents de bureau à faire preuve de discernement à l’égard des personnes, qui se présenteront avec un masque pour veiller au contrôle de l’identité. 

Dans sa missive, le chef du gouvernement invite aussi les électeurs à se répartir le long de toutes les plages horaires de la journée et ainsi éviter les heures de pointe. Enfin, le ministre de l’Intérieur doit prochainement préciser dans une instruction aux préfets les modalités de renforcement du vote par  procuration pour faciliter son recours.

Reste aux candidats eux-mêmes de convaincre les citoyens de l’intérêt de voter malgré l’épidémie. Une mission compliquée pour de nombreuses têtes de liste amenées ces jours-ci à annuler leur meeting dans la dernière ligne droite de la campagne.

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