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Municipales 2020

Municipales à Paris : Rachida Dati, lorsque la droite rêve d’alternance

Rachida Dati et Nicolas Sarkozy, le 9 mars 2020, à Paris.
Rachida Dati et Nicolas Sarkozy, le 9 mars 2020, à Paris. © AFP - Christophe Archambault

L’ancienne ministre de la Justice, qui a tenu un meeting lundi soir au côté de Nicolas Sarkozy, a créé une dynamique à Paris. En attendant le verdict des urnes, elle offre à la droite l’occasion de rêver à un retour au premier plan lors des élections municipales.

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"Ils ne s’y font pas. Ils n’en reviennent toujours pas. Nous sommes portés par une vague qui monte de jour en jour", lance Rachida Dati, lundi 9 mars, au public de la salle Gaveau. À moins d’une semaine du premier tour des élections municipales et alors que les derniers sondages la placent en tête des intentions de vote à Paris, la candidate du parti Les Républicains (LR) savoure son moment, sous le regard de Nicolas Sarkozy.

Pour elle et "parce que c’est quelqu’un de fidèle", l’ancien chef de l’État a accepté de prendre la parole dans un meeting – son premier depuis sa campagne perdante de la primaire de la droite à l’automne 2016. Symbole des dernières grandes victoires de sa famille politique, Nicolas Sarkozy reste une star pour cet électorat parisien en souffrance et en manque de repères depuis le crash de l’élection présidentielle de 2017.

Alors pour les 900 spectateurs ayant pu assister à l’événement (les restrictions liées au coronavirus interdisent désormais les rassemblements de plus de 1 000 personnes), revoir "Nicolas" au côté de "Rachida" sur la scène de la salle Gaveau, c’est un peu comme faire un voyage dans le temps et se retrouver au soir du 6 mai 2007. Il venait alors d’être élu président de la République. Elle avait été sa porte-parole tout au long de la campagne et était sur le point d’être nommée ministre de la Justice. C'était il y a treize ans.

"C’est beaucoup de souvenirs, confirme Monique Paszkier, colistière dans le 8e arrondissement. Ça me rappelle énormément l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir qui faisait toutes ses réunions ici. On dit que Rachida Dati est un peu le Nicolas Sarkozy féminin. J’espère qu’elle va remporter cette victoire parce qu’on n’a vraiment besoin de changer Paris et notamment madame Hidalgo."

Le nom de l’adversaire est lâché. Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris qui a pris la succession de Bertrand Delanoë en 2014, est accusée de tous les maux par les électeurs de droite. Ceux-ci rêvent d’alternance après dix-neuf années de socialisme à Paris et ils sont de plus en plus nombreux à penser avoir trouvé en Rachida Dati celle qui leur permettra de "libérer" la capitale.

"Une ville où on ne se sent pas en sécurité et où on se barricade chez soi"

Pourtant, il n’y avait pas grand monde pour croire en ses chances il y a encore quatre mois, lorsque LR l’a officiellement désignée candidate à Paris. Début novembre, le duel entre la maire sortante et le candidat de La République en marche, Benjamin Griveaux, depuis remplacé par Agnès Buzyn après l'affaire de ses vidéos intimes, semblait pour beaucoup inévitable. "Ils en étaient sûrs : le premier tour se jouerait en duo. Deux arrogances se disputaient la scène", a fustigé Rachida Dati lundi soir.

Mais au fil des semaines et grâce à une campagne médiatique rondement menée, les courbes des sondages se sont inversées. Le fan-club de l’ancienne garde des Sceaux met en avant sa personnalité comme raison première de son succès. Les clips tout à sa gloire projetés en début de meeting ont d’ailleurs dépeint une candidate qui, à l’image de sa vie, a dû se battre tout au long de la campagne, mais qui, à force de ténacité et d’envie, serait capable de convaincre les Parisiens.

La réalité est sans doute moins romanesque. Rachida Dati a d’abord su miser sur des thématiques chères à la droite – sécurité et propreté – avec une emphase particulière sur le premier thème. Au meeting salle Gaveau, la candidate a décrit Paris comme "une ville où on ne se sent pas en sécurité et où on se barricade chez soi" et a mis en garde contre l’augmentation des "voyous qui viennent vous cambrioler, même quand vous dormez".

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Jean-Marie Le Pen vote Rachida Dati

La même stratégie a été appliquée  le 6 mars, deux réunions publiques sur la sécurité qui se tenaient au même moment : l’une avec le maire sortant du 17e, Geoffroy Boulard (LR), et l’autre avec le candidat LR dans le 9e, Pierre Maurin. Ce soir-là, ce dernier rappelle, devant une trentaine de personnes réunies dans un café, que c’est bien la droite qui a milité la première, "dès 2013", pour la création d’une police municipale à Paris. "Et c’est encore nous qui allons le plus loin sur le sujet en proposant une police municipale armée et des antennes dans chaque arrondissement", ajoute-t-il, sans omettre la promesse d’augmenter le nombre des caméras de vidéosurveillance.

 

Le public apprécie. "Dans le quartier de la Madeleine, l’arrivée d’Ikea et de Leroy Merlin a amené une nouvelle population. On ne se sent plus en sécurité", constate une dame visiblement inquiète.

L’essentiel des questions-réponses ne porte toutefois pas sur la délinquance à Paris, mais sur les migrants et le danger terroriste. Sans doute ces Parisiens ont-ils été sensibles aux propos de Rachida Dati, qui a estimé le 21 février, au lendemain de la double fusillade raciste à Hanau, en Allemagne, qu’Angela Merkel payait "au prix fort cette ouverture massive des frontières" dont elle "n’a pas mesuré les conséquences". Sans doute ont-ils été rassurés que l’ancienne ministre sarkozyste dénonce dans cette même interview "l’idéologie laxiste de madame Hidalgo et le monde merveilleux de madame Buzyn" concernant les politiques migratoires.

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Preuve du succès de cette rhétorique : les intentions de vote pour le candidat du Rassemblement national ont chuté à mesure que celles pour Rachida Dati augmentaient, passant de 7 % en novembre à 4 % début mars. Et même Jean-Marie Le Pen a affirmé qu’il choisirait la candidate LR s’il votait à Paris.

Au-delà des propositions, l’électorat de droite parisien fidèle à LR a aussi été séduit par la perspective de prendre sa revanche, trois ans après 2017. Ces électeurs se mettent à rêver d’alternance non seulement pour Paris, mais aussi pour la France en se projetant déjà sur l'élection présidentielle de 2022.

"Rachida donne un nouveau souffle à la droite. Elle se bat, elle a du charisme, elle imprime", estime Anne-Marie, 68 ans, encartée depuis le début des années 1980, que ce soit sous l’appellation du RPR, de l’UMP ou de LR, et pour qui "il faut que la droite revienne au pouvoir".

La tentation Agnès Buzyn pour la droite modérée

Reste à savoir si cette dynamique et cet engouement se traduiront dans les urnes les 15 et 22 mars. En 2014, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) était arrivée en tête au premier tour avec près de 36 % des voix, ce qui ne l’avait pas empêchée de perdre au second tour face à Anne Hidalgo.

Or, contrairement à NKM, l’ancienne ministre de la Justice doit composer avec La République en marche. Et si la droite dure se retrouve dans sa candidature, la droite plus modérée se retrouve davantage dans celle d’Agnès Buzyn.

Cette dernière propose un programme très proche de celui de Rachida Dati, qui met lui aussi l’accent sur la sécurité et la propreté. En revanche, l’ex-ministre de la Santé d’Emmanuel Macron arrondit un peu plus les angles, évite les amalgames sur les migrants et se veut plus en pointe sur les questions environnementales.

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La République en marche a par ailleurs su convaincre deux maires LR sortantes – Florence Berthout dans le 5e et Delphine Bürkli dans le 9e – de se rallier. Il a donc fallu pour LR monter des listes à la hâte dans ces deux arrondissements avec des candidats n’ayant parfois aucun ancrage local.

À cela s’ajoutent plusieurs candidatures dissidentes, dont celle de Philippe Goujon, maire sortant du 15e qui a refusé de soutenir Rachida Dati. Son cas est particulièrement problématique puisque son arrondissement, le plus peuplé de la capitale, est celui qui offre le plus de conseillers de Paris.

"Le problème de LR, c’est qu’ils veulent nous faire le coup de la renaissance à chaque élection, persifle un ancien cadre parisien du parti. L’année dernière aux européennes, c’est François-Xavier Bellamy qui était censé faire revenir la droite au premier plan. On connaît la suite..."

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