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Coronavirus : Bruxelles promet d'agir pour éviter les avions presque vides

Avions de la compagnie Flybe restés à l'aéroport d'Exeter, au Royaume-Uni, le 5 mars 2020. La compagnie s'est déclarée en faillite en raison de la baisse du trafic aérien.
Avions de la compagnie Flybe restés à l'aéroport d'Exeter, au Royaume-Uni, le 5 mars 2020. La compagnie s'est déclarée en faillite en raison de la baisse du trafic aérien. AFP - GEOFF CADDICK

En pleine épidémie de Covid-19, plusieurs gouvernements ont alerté la Commission européenne sur le non-sens pour les compagnies aériennes de devoir maintenir un vol quasi-vide de passagers afin de conserver leurs créneaux aéroportuaires. Bruxelles a décider d'assouplir les règles.

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"Use it or lose it" (Si ce n’est pas utilisé, c’est perdu). C’est ainsi que les anglo-saxons résument la règle sur les créneaux aéroportuaires actuellement en vigueur dans l’Union européenne. Mais avec la crise sanitaire mondiale liée au coronavirus, qui touche très fortement les transports aériens, Bruxelles a promis d'agir face à ce que beaucoup considèrent comme un scandale écologique en pleine crise sanitaire. La Commission européenne va proposer un assouplissement temporaire des règles sur les créneaux aéroportuaires pour éviter les vols à vide et aider le secteur aérien affecté par les conséquences du coronavirus. C’est ce qu’a annoncé, mardi 10 mars, sa présidente Ursula von der Leyen.

"La Commission va présenter très rapidement une législation sur les créneaux aéroportuaires", a déclaré Ursula von der Leyen. "Nous voulons qu’il soit plus facile pour les compagnies aériennes de garder leurs créneaux aéroportuaires même si elles n’opèrent pas de vols dans ces créneaux en raison du déclin du trafic", a-t-elle expliqué.

Pressions gouvernementales

L'alerte a d'abord été donnée par le gouvernement britannique, qui dès le 5 mars, a parlé du maintien par les compagnies aériennes de "vols fantômes", c'est-à-dire quasi-vide de passagers, afin de respecter la règlementation européenne. Il existe maintenant un risque important que les compagnies ne puissent remplir la règle des 80/20 qui leur permet de maintenir leur créneau pour la saison suivante", avait dénoncé le ministre britannique des Transports dans une lettre rendue publique sur Twitter le 5 mars.

Ce texte de loi, datant de 1993, incite fortement les compagnies aériennes à maintenir 80 % de leurs vols, quel que soit leur taux de remplissage, afin de bénéficier des mêmes créneaux de vol la saison suivante. C'est une règle que les anglo-saxons résument par l'adage "use it or lose it”.

Plusieurs autres gouvernements se sont emparés de la question, notamment celui de Paris. Le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire, dit avoir fait pression sur Bruxelles : "Je suis intervenu auprès du Commissaire européen Paolo Gentiloni pour demander que les compagnies aériennes puissent conserver leur créneau aérien sans avoir à faire tourner leurs avions à vide dans le ciel", a-t-il déclaré mardi. 

Même son de cloche au Parlement européen : "Des centaines d'avion volent actuellement à vide en Europe, du fait de la règle du 'use it or lose it'. Cette situation est une absurdité écologique comme économique. En tant que  présidente de la commission des Transports au Parlement européen, j'ai saisi la Commission européenne pour que cela cesse !", écrit la députée européenne Karmia Delli.

"Vols fantômes" ou vols quasi-vides ?

Des images et des témoignages sur les avions quasi-vides circulent sur les réseaux sociaux. Mais la réalité de "vols fantômes", c'est-à-dire des avions entièrement vides dans le seul but de remplir les 80 % de créneau d'une compagnie, est-elle avérée ?

Air France assure ne faire voler aucun avion fantôme. La compagnie a pris des décisions ciblées : elle suspend tous ses vols vers l’Italie du 14 mars au 3 avril, tout comme l'a annoncé British Airways, l’irlandaise Ryanair ou encore Air Canada. 

"Les avions ne volent pas à vide, ils sont de moins en moins pleins du fait du #coronavirus. En revanche, le règlement sur les créneaux aéroportuaires est inadapté en cas de crise. La France a demandé sa suspension immédiate", a écrit mardi le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari

Le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) cherche aussi à établir des nuances. "Je rentre d’Atlanta en Boeing 717 : malheureusement, il n’y avait pas beaucoup de passagers dans mon avion : environ 200 passagers sur les 400 de capacité", témoigne sur France Inter le pilote Olivier Rigazio, adhérent au SNPL. "Mais je n’ai pas entendu parler de vol avec zéro passager, on reste avec une dizaine de passagers", tempère-t-il.

"Ce ne sont pas des vols pour maintenir des créneaux, ce sont des vols qui ont été réservés et étaient pleins, poursuit Olivier Rigazio sur France Inter. C’est ce qu’on appelle dans le langage aéronautique des 'no-show', ce sont des gens qui ne se sont pas présentés à l’embarquement. Nous, on ne sait pas si le passager va venir. Il a acheté son billet, on doit lui garder sa place. Et s’il ne vient pas, on part quand même. Je pense que c’est dans l’intérêt de personne de faire voler des avions à vide. On est un peu dans un fantasme. Cette idée d’avions fantômes qui circuleraient juste pour gagner des créneaux, c’est une belle idée de roman."

La forte diminution de la demande de vols a poussé la compagnie britannique Flybe, déjà en difficulté financière au début de l'année, à se déclarer en faillite. Le risque est désormais que le coronavirus menace la cruciale saison d'été pour les compagnies aériennes.

Ces dernières font connaître les effets négatifs du coronavirus sur leur chiffre d’affaires. Mettant en avant l'impact "très important" de l'épidémie sur les revenus de KLM, le directeur financier de la compagnie néerlandaise, Erik Swelheim, a appelé les salariés à "réduire les coûts au niveau minimum pour garantir la sécurité des opérations" et annoncé toute une série de mesures d’économies. L'autre pilier du groupe, Air France, a fait de même. Air France-KLM a chiffré le manque à gagner dû à la suspension des vols vers la seule Chine de février à avril entre 150 et 200 millions d’euros. L'allemande Lufthansa a aussi annoncé, mercredi, des gels d'embauches et des propositions de congés sans solde à ses employés.

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