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Coronavirus : comment la propagande chinoise a placé Xi Jinping sur un piédestal sanitaire

Le dirigeant chinois Xi Jinping a effectué, mardi 10 mars, un déplacement très symbolique à Wuhan.
Le dirigeant chinois Xi Jinping a effectué, mardi 10 mars, un déplacement très symbolique à Wuhan. © AFP Photo/Xinhua/ Xie Huanchi

Le déplacement, mardi, du leader chinois Xi Jinping à Wuhan, foyer du coronavirus, s’inscrit dans la vaste offensive de Pékin pour tenter de contrer la crise politique inédite, qui menace le pouvoir chinois.

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Il devait avoir le sourire sous son masque de protection vert. Le leader chinois Xi Jinping a paradé, mardi 10 mars, à Wuhan, l’épicentre mondial de l’épidémie de Covid-19. Il a profité de cette première visite dans sa ville traumatisée par près de sept semaines de confinement pour assurer que “la victoire [dans la lutte contre le coronavirus, NDLR] était en vue”.

Ce déplacement hautement symbolique et qualifié de “surprise” par les médias officiels chinois intervient, en effet, alors que Pékin peut se vanter de plusieurs succès sur le front sanitaire. La Chine dénombre dorénavant moins de cas de nouvelles contaminations par jour qu’ailleurs dans le monde, et l’activité économique a commencé à reprendre dans la région de Hubei, où se trouve Wuhan.

Grosse artillerie

L’occasion idéale pour Xi Jinping d’organiser cette visite dans l’espoir d’apparaître comme “le bon père de famille qui sait s’occuper du bien-être de ses enfants et se montrer proche d’eux”, décrypte Peter Gries, directeur du Manchester Chinese Institute à l’université de Manchester, contacté par France 24.

Très médiatisé, le voyage à Wuhan a surtout été orchestré comme le point d’orgue d’une vaste campagne pour reprendre le contrôle de la situation politique. “Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette crise [de confiance] ressemblait à des montagnes russes pour Xi Jinping”, confirme le spécialiste britannique de la politique chinoise.

Depuis début février, la propagande officielle a sorti la grosse artillerie pour corriger le tir initial, qui a laissé un très mauvais arrière-goût dans la bouche de la population chinoise. Pendant les premières semaines de l’épidémie, les autorités locales ont, en effet, tenté d’étouffer l’affaire, censurant à tour de bras ceux qui cherchaient à alerter l’opinion sur l’existence du nouveau coronavirus. Xi Jinping avait alors “essayé de prendre ses distances par rapport à cette opération de dissimulation et de la situation sanitaire à Wuhan en général”, rappelle Peter Gries.

>> À lire – Coronavirus : en Chine, les punitions de citoyens dissidents se multiplient

Une mauvaise idée. Les autorités n’avaient pas anticipé le vent de révolte qui a enflammé la toile après le décès de Li Wenliang, un médecin de Wuhan empêché de parler librement au sujet du Covid-19 et qui a succombé au virus le 7 février. La virulence des reproches adressés à Xi Jinping sur Internet a convaincu Pékin de la nécessité d’adopter une autre approche.

Une réaction officielle forte devenait d’autant plus nécessaire que “le pouvoir faisait face à une situation inédite : la crise avait lieu à la fois sur le plan intérieur et à l’international où Pékin était de plus en plus critiqué pour avoir manqué de transparence au départ d’une épidémie devenue mondiale”, souligne Peter Gries.

La nouvelle consigne a dorénavant été de faire passer le message que Xi Jinping suivait depuis le début  l’évolution de la situation de très près. Les autorités ont alors eu recours “aux méthodes à l’efficacité éprouvée : la censure d’Internet et la dénonciation de la corruption”, explique le directeur du Manchester Chinese Institute. Tandis que les petites mains du Web au service du régime traquaient la moindre critique des efforts déployés pour contenir la propagation de l’épidémie, plusieurs responsables de la région de Hubei étaient exclus du parti pour “corruption”.

Exalter le nationalisme chinois

Les organes de propagande ont ensuite actionné un autre levier traditionnel : l'exaltation du sentiment nationaliste pour unir la population derrière Xi Jinping. Ils ont commencé par repeindre le destin de Li Wenliang, présenté par les médias officiels comme un “brave soldat” tombé sur le champ de bataille de la “guerre populaire” contre le virus. Pour souder les rangs nationaux, les autorités ont cherché à plusieurs reprises à “blâmer des ‘ennemis extérieurs’”, précise Peter Gries. C’est ainsi que trois journalistes du Wall Street Journal ont été expulsés mi-février pour avoir écrit des articles sur le coronavirus “mal intentionnés” à l’égard de Pékin.

Les responsables chinois se relaient aussi pour dénoncer l’appellation “coronavirus de Wuhan”, utilisé notamment par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Le ministère chinois des Affaires étrangères a ainsi regretté, mardi 3 mars, un terme “qui stigmatise à tort les habitants” de cette ville. Un porte-parole du ministère est même allé jusqu’à affirmer qu’il “n’y avait aucune preuve concluante que le coronavirus était bien originaire de Chine”. “C’est une autre tentative du parti pour dévier l’attention en dénonçant l’Occident impérialiste qui ferait preuve de racisme antichinois”, résume Peter Gries.

Pour ce chercheur, cette mobilisation d’ampleur de toutes les ressources de propagande a porté ses fruits… du moins à l’intérieur des frontières. “La visite à Wuhan montre que le pouvoir estime avoir repris le contrôle de la situation et qu’il est prêt à tourner la page”, conclut-il.

En revanche, la situation demeure tendue au niveau international. “Plus il y aura de morts dans le monde, et plus les conséquences économiques de l’épidémie vont se faire sentir, plus les gens auront tendance à blâmer la Chine”, estime Peter Gries. C’est pourquoi Pékin s’est lancé dans ce que ce chercheur appelle la “diplomatie du masque [de protection, NDLR]”. Face à ce que la Chine perçoit comme de l’hostilité de l’Occident, les autorités ont ainsi “rompu avec leur traditionnel discours antijaponais, et ont pris l’initiative de leur fournir des stocks de masques de protection pour lutter contre le coronavirus”, souligne-t-il. Ils ont fait de même avec l’Italie, l’un des principaux foyers de contamination hors de Chine, proposant même d’envoyer une équipe d’experts. Pas sûr cependant que des masques seront suffisants pour protéger Xi Jinping du virus de la colère internationale.

 

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