Accéder au contenu principal

Coronavirus : confinés, les Italiens entre déprime et solidarité

Une femme portant un masque de protection passe devant le Colisée, à Rome, le 10 mars 2020.
Une femme portant un masque de protection passe devant le Colisée, à Rome, le 10 mars 2020. © Alberto Pizzoli, AFP

Alors que l'Italie est totalement confinée depuis mardi, les mesures exceptionnelles prises pour contenir la pandémie de coronavirus entament considérablement le moral des habitants. Malgré la crise, ils tentent coûte que coûte de garder espoir.

Publicité

Premier réveil sous cloche pour les Italiens. Au lendemain d'un décret sans précédent, pris par le Premier ministre italien Giuseppe Conte, pour contenir la pandémie de coronavirus, qui frappe durement le pays, l'Italie s'est réveillée, mercredi 11 mars, en état de confinement total. Le dernier décompte, diffusé dans la soirée, fait état de 12 462 cas et 827 décès.

L'ensemble du territoire est désormais en quarantaine et les déplacements hors et vers d'autres villes doivent être justifiés et faire l'objet d'une autorisation de la police. Cloîtrés, les Italiens font aujourd'hui face à une situation inédite. "Je ne reconnais pas ma ville", exprime Elena Ghezzi, habitante de Bergame, à 50 km au nord-est de Milan (Lombardie), contactée par France 24. "En temps normal, c'est une ville vivante, pleine de lumière, visitée par de nombreux touristes", poursuit-elle. "Aujourd'hui, les rues sont quasiment désertes : personne n'a confiance, alors personne ne sort."

"Faisons équipe"

Conformément aux mesures extraordinaires prises par le gouvernement, tous les rassemblements sont interdits, les Italiens doivent justifier leurs déplacements sous peine d'une amende et de trois mois d'emprisonnement ; les mariages et enterrements sont suspendus ; les transports publics continuent de circuler, mais de nombreuses correspondances sont annulées et les horaires sont limités. Le trafic aérien en provenance et à destination de la Botte est lui aussi réduit... Des mesures exceptionnelles qui, mises bout à bout, pèsent considérablement sur le moral des Italiens en état d'alerte depuis fin janvier.

Aussi, sur les réseaux sociaux se multipliaient, mercredi, témoignages, messages de soutien, états d'âmes et photos de villes quasi-désertes, compilés sous un même mot-clé : #iorestoacasa ("je reste à la maison"), du nom du décret pris la veille.

"Faisons équipe. Tous. Restons à la maison et prouvons que nous sommes plus forts que Covid-19 !" Cette publication, mise en ligne en début d'après-midi sur le compte Instagram officiel de l'AC Milan, relaie par exemple ce message du capitaine de l'équipe Alesso Romagnoli, destiné à motiver les troupes et encourager l'ensemble des Italiens à respecter les mesures mises en place.

"Dans le nord du pays, les gens ont compris depuis longtemps la situation d'urgence à laquelle nous faisons face et appliquaient déjà ces mesures extraordinaires", explique Elena Ghezzi. "Dans le Sud, il n'y a pas la même perception de la gravité de l'épidémie parce que les cas sont moins nombreux, mais ils pourraient se multiplier rapidement si des limites ne sont pas fixées dès maintenant", poursuit-elle.

En effet, pour comparaison, au 9 mars, la Lombardie comptait 5 469 cas confirmés de coronavirus, quand d'autres régions, plus au Sud comme la Calabre, la Sardaigne, ou encore le Latium (région de Rome), n'en comptaient respectivement "que" 11, 19 et 102.

"L'Italie a besoin de nos soins. Nous avons un personnel médical incroyable qui s'en occupe", écrit SandraV sur Twitter. "Nous, nous n'avons qu'une chose à faire : rester sur le canapé. Est-ce si compliqué ?"

"Merci à tous ceux qui, conscients du moment difficile que traverse le pays, ont choisi la voie de la responsabilité", écrit, quant à lui, le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi di Maio.

"Montrer l'exemple de la responsabilité"

La responsabilité, c'est aussi ce mot que répète Elena Ghezzi. Le décret n'interdit pas de se rendre au supermarché, mais il est recommandé d'y envoyer une seule personne par famille.

De plus, leur accès est limité à un certain nombre de personnes à la fois, ajoute l'habitante de Bergame. "Ils ont dû prendre ces mesures parce qu'il y a quelques semaines, les gens, inquiets, devenaient fous et prenaient les épiceries d'assaut."

À Bergame et ailleurs, nombre de restaurateurs et de magasins ont baissé le rideau de leur propre initiative, explique Elena Ghezzi à France 24. "Ils l'ont fait pour montrer l'exemple de la responsabilité, valeur indispensable aujourd'hui."

"Salut les filles, nous avons décidé de fermer l'Atelier jusqu'à une date ultérieure : un acte de responsabilité conscient et concret", explique sur Twitter la boutique de robes de mariée EGO Atelier Sposi, basée en Ligurie, région du Nord-Est.

Une pause professionnelle qui n'est cependant pas systématique, bien que certaines entreprises se soient organisées pour protéger leurs salariés. C'est le cas d'Elena Ghezzi, responsable des Ressources humaines. Son entreprise a mis en place un système de roulement : les employés alternent entre un jour de télétravail, suivi d'un jour au bureau. En revanche, la compagnie qui l'emploie ne reçoit plus de public, et les salariés doivent rester à bonne distance les uns des autres. "J'ai conscience que tout le monde n'a pas la chance de pouvoir s'organiser ainsi", affirme-t-elle, évoquant ses nombreux amis professionnels de santé, et son frère, barbier, dont le salon n'a pas fermé.

Psychologiquement difficile

"J'essaie de vivre ma vie de la manière la plus normale possible, mais ce n'est pas facile", confesse Elena Ghezzi qui admet que la situation est très difficile psychologiquement. "Je ne peux pas sortir, je ne peux pas rendre visite à ma famille pour les embrasser, parce que les parents et grands-parents sont les personnes les plus à risque", soupire-t-elle.

Un marasme ambiant que certains tentent tant bien que mal de combattre, à l'instar de la journaliste Maria Antonia Di Maggio qui, dans un message Twitter, a essayé, mardi, d'insuffler un peu d'espoir à ses concitoyens. "Psychologiquement, tout cela est très lourd, ne sous-estimons pas cet aspect, soutenons-nous les uns et les autres, apprenons à être solidaires", a-t-elle publié.

Solidaires. Comme certaines personnalités italiennes qui, face à l'ampleur de la crise, ont eux aussi réagi. Pour informer, pour afficher leur soutien, mais aussi pour récolter des fonds afin d'aider le corps médical à lutter contre l'épidémie.

Aussi, mercredi après-midi, la blogueuse et styliste italienne publiait sur son Instagram une photo d'elle portant un masque. "Prenez conscience que ce n'est pas une simple grippe et que c'est bien plus dangereux pour nous tous", a-t-elle écrit à destination de son public étranger, avant d'annoncer avoir récolté, en moins de 24 heures, plus de 3 millions d'euros pour l'hôpital de Milan.

Après le club de football lombard de l'AC Milan qui a annoncé faire don de 250 000 euros à l'agence régionale d'urgence sanitaire de Lombardie, lundi, et un don de 40 000 euros effectué par des ultras du club Atalanta de Bergame pour l'hôpital de leur ville, le styliste italien Giorgio Armani a lui aussi annoncé avoir donné 1,25 million d'euros à quatre hôpitaux. Des hôpitaux exsangues face à l'ampleur de la pandémie. "Ils n’arrêtent jamais, ce sont des héros", achève Elena Ghezzi, évoquant les personnels de santé mobilisés en masse pour soigner les plus de 10 000 cas confirmés de coronavirus. "Un médecin est mort aujourd'hui. Nous devons nous montrer responsables par respect pour leur sacrifice."

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.