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Municipales: la campagne occultée, entre coronavirus et crise sociale

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Paris (AFP)

Coronavirus, abstention, vote sanction, "vague verte"... à quatre jours du premier tour des élections municipales, la campagne électorale est chamboulée par la crise sanitaire et sociale et les inconnues sont nombreuses.

Quel impact du coronavirus ?

"Voter n'est pas un danger". Le gouvernement entend rassurer les électeurs et a adressé ses consignes aux maires pour limiter "les situations de promiscuité prolongée" le jour du vote: mise en place d'un marquage au sol "de sorte que les électeurs se tiennent si possible à environ un mètre les uns des autres", "inciter les personnes à utiliser leur propre stylo pour l'émargement", nettoyer les isoloirs, le matériel de vote... La panoplie des "mesures barrières" se met en place sur les lieux de vote. Le président du bureau pourra exiger la sortie "de tout électeur qui en troublerait l'ordre (...) par exemple en suscitant des craintes ou des menaces liées au virus covid-19". Du côté des maires, on dédramatise : "Ça va devenir moins dangereux d'aller dans un bureau de vote que de prendre le métro ou d'aller dans un supermarché où les gens sont les uns contre les autres".

Vers une explosion de l'abstention ?

Meetings annulés à Paris, Marseille, Bordeaux, Toulouse..., le principe de précaution parasite le débat démocratique et l'abstention, qui grimpe à chaque scrutin municipal, pourrait battre un nouveau record. Selon un sondage de l'Ifop, "28% des électeurs sont susceptibles de ne pas aller voter à cause des risques de transmission du coronavirus", alors que moins de deux sur trois (63,55%) s'étaient déjà déplacés au premier tour en 2014. Face au risque d'une abstention massive, l'Association des maires de France (AMF) a demandé au gouvernement d'assouplir la délivrance des procurations pour éviter aux personnes vulnérables de se déplacer. Les demandes de procuration sont en effet en baisse sensible dans les grandes villes et l'objectif est de mobiliser des réservistes de la police ou de la gendarmerie pour aller les recueillir, notamment dans les Ehpad auprès des personnes âgées. Mais le délai est désormais serré.

A qui profite la crise ?

L'urgence sanitaire occulte la campagne et favorise les sortants qui n'ont pas à se faire connaître des électeurs. Très peu implantée localement, La République en Marche affiche des objectifs modestes et ses candidats confrontés à la grogne contre la réforme des retraites sont à la peine, y compris dans les grandes villes. "Ça peut se traduire par une abstention d'une partie l'électorat d'Emmanuel Macron à la présidentielle" ou "le renforcement de pouvoirs politiques locaux en désaccord avec le chef de l'Etat", souligne Jean-Daniel Lévy, directeur Politique-Opinion d'Harris Interactive. La droite, qui l'avait emporté aux municipales de 2014, peut espérer récupérer une partie de son électorat partie chez les macronistes aux européennes de 2019, mais une baisse de participation liée au risque d'épidémie, notamment des plus âgés, lui serait plutôt défavorable. Le PS, très affaibli, tentera quant à lui de préserver son implantation locale et de conserver ses bastions de Lille, Nantes ou Rennes.

Qui pour faire bouger les lignes ?

Les écologistes d'EELV profitent de la prise de conscience générale des enjeux climatiques et peuvent escompter un bon score de premier tour. Mais la "vague verte" annoncée dépendra de leur capacité à mobiliser un électorat jeune, à contre-courant de la baisse générale attendue de la participation. Avec 430 listes déposées, contre près de 600 il y a six ans, le Rassemblement national entend quant à lui préserver ses bastions des Hauts-de-France et du pourtour méditerranéen et poursuivre son implantation. Avec Perpignan, une des rares grandes villes où le parti fonde des espoirs de victoire, en ligne de mire.

Qui sortira en tête à Paris ?

"La seule dynamique qui a existé à Paris, c'est celle de Rachida Dati et de la droite en général", constate Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'OpinionWay. La candidate LR et la socialiste Anne Hidalgo se disputent la première place dans les intentions de vote. Avec un avantage à la maire sortante, créditée de 26% contre 23% à Rachida Dati dans l'enquête Ipsos de mardi, à cinq jours du vote. Avec la candidate LREM Agnès Buzyn loin derrière, à 19%. La liste arrivée en tête peut espérer créer une dynamique. Les trois candidates esquissent d'ailleurs déjà les alliances de second tour, avec l'écologiste David Belliard (11%) et le mathématicien Cédric Villani (7%), exclu de LREM, au centre de toutes les attentions.

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