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Coronavirus: le monde du spectacle ébranlé par les annulations en série

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New York (AFP)

Festival Coachella reporté en Californie, South by Southwest annulé au Texas, Ultra à Miami: le monde du spectacle américain a encaissé en une semaine des annulations et reports sans précédent pour limiter la propagation du coronavirus, qui menacent d'ébranler tout le secteur.

En plus de ces trois grands festivals, Pearl Jam, Madonna et Santana font partie des vedettes qui ont annulé ou reporté des concerts aux Etats-Unis et à l'étranger, tandis que l'Orchestre symphonique de Boston ou l'American Ballet Theater de New York ont annulé des tournées en Asie et au Moyen-Orient.

Elvan Sahin, New-Yorkaise de 32 ans, dit avoir renoncé à assister à un concert de musique classique au Lincoln Center cette semaine, inquiète du risque de contagion.

"Je préfère m'en passer", a-t-elle expliqué à l'AFP. "J'ai l'habitude d'ignorer les exagérations autour des ouragans ou des tempêtes de neige, mais toute cette histoire de virus est nouvelle pour moi". "Ca peut paraître idiot, mais j'ai du mal à rester calme".

Pour Kevin Lyman, fondateur du Warped Tour -- festival itinérant qui a tourné de 1995 à 2019 -- le monde du spectacle n'avait pas connu pareil chaos depuis les attentats du 11 septembre 2001.

A l'époque, la première réaction avait été de "maintenir les spectacles", dit-il. "Mais évidemment ça n'a pas été possible. Le monde de la musique s'est arrêté un moment".

La panique liée au coronavirus est "sans précédent" selon lui.

- Assurances en question -

Adam Siegel, directeur des spectacles auprès de la compagnie d'assurances Agents & Brokers -- qui compte le festival de musique électronique Ultra parmi ses clients -- explique que des évènements comme Coachella ont parfois quatre à cinq polices d'assurance différentes.

Les assurances pour terrorisme, en particulier, se sont banalisées depuis 2001, de même que celles contre les fusillades, récurrentes aux Etats-Unis ces dernières années. Mais le contrat type ne comprend aucune clause pour se prémunir contre les maladies contagieuses, et il est trop tard pour en introduire.

"On n'achète pas une assurance incendie quand le bâtiment est en feu", dit-il. "Pour que leur assurance fonctionne, il faut, dans la plupart des cas, que le gouvernement déclenche quelque chose."

C'est probablement pour cela que les organisateurs de Coachella, qui attendaient 125.000 spectateurs chaque jour pendant les deux week-end d'avril où le festival devait se dérouler, ont attendu que le comté de Riverside, où il se tient, déclare l'état d'urgence sanitaire pour reporter l'évènement.

L'ordre donné dans la foulée par les autorités d'annuler ou de reporter l'évènement devrait permettre d'activer l'assurance des organisateurs, selon M. Siegel, et de faire jouer la clause de "force majeure", qui les exonère de tout engagement financier, envers les artistes notamment.

Pour l'instant, Coachella -- qui rapporte de 75 à 100 millions de dollars chaque année, selon le Los Angeles Times -- a été reporté à deux week-end d'octobre. Mais s'il était annulé, les assureurs pourraient devoir débourser entre 150 et 200 millions de dollars.

Selon les contrats individuels signés, les artistes garderaient vraisemblablement les avances perçues, parfois déjà dépensées pour préparer leur spectacle.

Mais "on en revient toujours à la cause des pertes subies, et à savoir si elle était couverte par la police d'assurance", explique M. Siegel.

"Ce n'est pas noir ou blanc, c'est sujet à interprétation", dit-il. "Nous sommes en territoire inconnu".

- Emplois précaires -

Les conséquences économiques de l'annulation de grands évènements vont cependant bien au-delà des organisateurs et des artistes.

"Il y a beaucoup d'autres gens dans la chaîne qui vont être affectés -- équipes techniques, vendeurs de nourriture et de boissons, entreprises locales", dit M. Siegel. A l'heure de la "gig economy", qui multiplie les emplois précaires, "beaucoup de gens qui devaient travailler pour Coachella pourraient perdre beaucoup d'argent", souligne-t-il.

Plus globalement, toute l'industrie touristique -- qui représente un emploi sur quatre dans la vallée de Coachella, proche de Palm Springs -- pourrait être affectée.

Et alors que les Etats-Unis ont été touchés plus tard que d'autres pays par le coronavirus, les annulations concernent le monde entier, souligne M. Lyman.

De grandes sociétés du divertissement comme AEG -- maison-mère de GoldenVoice, qui organise Coachella -- ou Live Nation vont "prendre un coup", dit-il.

Si elles engrangent annuellement des millions de dollars de bénéfices qui devraient leur permettre d'absorber le choc, les propriétaires de salles indépendantes, eux, jouent leur survie. "Tous ces petits acteurs qui dépendent de rendez-vous hebdomadaires et n'ont aucune réserve -- ca pourrait être dévastateur", dit-il.

Au milieu de ces annulations, un artiste semble décidé à continuer à se produire en spectacle: à 78 ans, Bob Dylan a annoncé lundi une nouvelle tournée nord-américaine pour cet été -- après une tournée de 14 concerts prévue le mois prochain au Japon.

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