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Coronavirus : le monde du spectacle et des festivals encaisse le coup

À Lausanne, concert sans public, mais retransmis à la radio et à la télévision publique suisse, de l'Orchestre de chambre de Lausanne, le 4 mars 2020.
À Lausanne, concert sans public, mais retransmis à la radio et à la télévision publique suisse, de l'Orchestre de chambre de Lausanne, le 4 mars 2020. AFP - FABRICE COFFRINI

La pandémie de coronavirus a un effet domino sur les salles de spectacle et les festivals de musique aux États-Unis et en Europe. Les annulations se succèdent, et les interrogations émergent : comment faire jouer les assurances ? Comment vont survivre les plus précaires du système du milieu du spectacle ? 

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Festivals annulés, concerts reportés… les manifestations culturelles sont  victimes de la pandémie de coronavirus. Le festival Coachella est reporté en Californie, South by Southwest annulé au Texas. En plus de ces trois grands festivals, Pearl Jam, Madonna et Santana font partie des vedettes qui ont annulé ou reporté des concerts. Chaque jour, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, le monde du spectacle encaisse des annulations et reports sans précédent pour limiter la propagation du coronavirus et qui menacent d'ébranler tout le secteur.

En France, le monde du spectacle et de la culture cherche la parade après la décision du gouvernement d'interdire tout rassemblement supérieur à 1 000 personnes. Les deux dernières dates de Madonna au Grand Rex sont annulées. L’Opéra de Paris suspend ses productions jusqu’à fin avril, tandis que la Philharmonie de Paris annule les concerts de sa grande salle jusqu’à la fin du mois de mars. L'Olympia, la Salle Pleyel, l'Élysée Montmartre et La Cigale annoncent des annulations et des reports, tandis que d'autres trouvent des solutions en limitant leur jauge à moins de 1 000 spectateurs ou en proposant deux shows le même soir, à l'instar de Van Morrisson à l’Olympia.

 

 

Pas d'assurance pour le festival de Cannes

Même le festival de Cannes, prévu dans la 2e quinzaine de mai, n’est pas certain de pouvoir se tenir, mais "on reste raisonnablement optimistes", affirme le président du festival Pierre Lescure dans le Figaro. L’équipe préfère ne pas souscrire une assurance pour autant. Une "offre nous a été faite il y a une dizaine de jours mais elle était totalement disproportionnée. On nous proposait seulement de nous couvrir à hauteur de 2 millions d’euros alors que notre budget s’élève à 32 millions. C’était vraiment peanuts. La compagnie jouait visiblement les chasseurs de prime et nous avons bien entendu décliné cette proposition", précise Pierre Lescure.

"On n'a plus rien de prévu d'ici début juin", a affirmé à l'AFP Thierry Teodori, directeur général de la Halle Tony Garnier à Lyon, une des plus grandes salles de France (jusqu'à 17 000 places). "Tout ce qui était à plus de 5 000 spectateurs a déjà été reporté, comme les concerts de Gims, M, PNL, Simple Minds, ou M. Pokora, pour la plupart à l'automne. Il nous restait quelques concerts en petite jauge qu'on est en train de déplacer", a-t-il ajouté.

"Jusqu'à présent on reportait à juin, mais là on est obligés de reporter jusqu'à un an faute de place, car tout est pris à l'automne et l'hiver prochain ". Principale difficulté pour le directeur de salle : l'absence de précisions sur la durée des restrictions. "On aurait vraiment besoin d'une date butoir pour s'organiser".

"Je ne sais pas si ça tuera le virus - et comme tous je l'espère - mais en revanche pour le spectacle vivant le coup sera fatal", a tweeté Vincent Frerebeau, le fondateur du label Tôt ou tard (Vincent Delerm), à propos des nouvelles restrictions.

 

Trop tard pour les assurances

Adam Siegel, directeur des spectacles auprès de la compagnie d'assurances Agents & Brokers - qui compte le festival de musique électronique Ultra parmi ses clients - explique que des évènements comme Coachella ont parfois quatre à cinq polices d'assurance différentes.

Les assurances pour terrorisme, en particulier, se sont banalisées depuis 2001, de même que celles contre les fusillades, récurrentes aux États-Unis ces dernières années. Mais le contrat type ne comprend aucune clause pour se prémunir contre les maladies contagieuses, et il est trop tard pour en introduire.

"On n'achète pas une assurance incendie quand le bâtiment est en feu", dit-il. "Pour que leur assurance fonctionne, il faut, dans la plupart des cas, que le gouvernement déclenche quelque chose."

C'est probablement pour cela que les organisateurs de Coachella, qui attendaient 125 000 spectateurs chaque jour pendant les deux week-ends d'avril où le festival devait se dérouler, ont attendu que le comté de Riverside, où il se tient, déclare l'état d'urgence sanitaire pour reporter l'évènement.

 

L'ordre donné dans la foulée par les autorités d'annuler ou de reporter l'évènement devrait permettre d'activer l'assurance des organisateurs, selon M. Siegel, et de faire jouer la clause de "force majeure", qui les exonère de tout engagement financier, envers les artistes notamment.

Pour l'instant, Coachella - qui rapporte de 75 à 100 millions de dollars chaque année, selon le Los Angeles Times - a été reporté à deux week-ends d'octobre. Mais s'il était annulé, les assureurs pourraient devoir débourser entre 150 et 200 millions de dollars.

Selon les contrats individuels signés, les artistes garderaient vraisemblablement les avances perçues, parfois déjà dépensées pour préparer leur spectacle.

 

Quid des emplois précaires                

Les conséquences économiques de l'annulation de grands évènements vont cependant bien au-delà des organisateurs et des artistes. "Il y a beaucoup d'autres gens dans la chaîne qui vont être affectés – équipes techniques, vendeurs de nourriture et de boissons, entreprises locales", dit M. Siegel. À l'heure de la "gig economy", qui multiplie les emplois précaires, "beaucoup de gens qui devaient travailler pour Coachella pourraient perdre beaucoup d'argent", souligne-t-il.

Plus globalement, toute l'industrie touristique – qui représente un emploi sur quatre dans la vallée de Coachella, proche de Palm Springs – pourrait être affectée. Et alors que les États-Unis ont été touchés plus tard que d'autres pays par le coronavirus, les annulations concernent le monde entier, souligne M. Lyman. 

De grandes sociétés du divertissement comme AEG, maison-mère de GoldenVoice, qui organise Coachella, ou Live Nation vont "prendre un coup", dit-il. Si elles engrangent annuellement des millions de dollars de bénéfices qui devraient leur permettre d'absorber le choc, les propriétaires de salles indépendantes, eux, jouent leur survie. "Tous ces petits acteurs qui dépendent de rendez-vous hebdomadaires et n'ont aucune réserve, ça pourrait être dévastateur", dit-il.

En France, une pétition circule pour permettre aux intermittents du spectacle de bénéficier d’un report de leur date de renouvellement de statut - date à laquelle ils doivent avoir travaillé au moins 507 heures dans les 12 derniers mois - en raison des multiples annulations. 

 

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