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REPORTAGE

Municipales 2020 : à Bordeaux, la surprise Philippe Poutou pimente la campagne

Philippe Poutou, le 10 mars 2020, lors d'une réunion politique à Bordeaux.
Philippe Poutou, le 10 mars 2020, lors d'une réunion politique à Bordeaux. © Romain Brunet, France 24

En fédérant les mouvements contestataires de la ville autour de lui, l'ex-candidat NPA à l'élection présidentielle, qui bénéficie également du contexte social, a réussi à créer une dynamique qui pourrait le porter au second tour du scrutin municipal bordelais.

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Le look est inchangé. Le débit de paroles toujours aussi élevé. Son franc-parler, sa marque de fabrique. Fidèle à lui-même, Philippe Poutou – numéro un de la liste "Bordeaux en luttes" – fait campagne en dénonçant les ravages du capitalisme et les transformations d'une ville qui s'embourgeoise trop à ses yeux, repoussant les plus modestes toujours plus loin à la périphérie.

Mardi 10 mars, l'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2017 pour le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA, 1,09 % des voix) tenait une réunion politique dans le quartier populaire de La Bastide à Bordeaux. À la quarantaine de personnes venues participer à une discussion autour des propositions écologiques de sa liste, il reconnaît qu'à l'origine, l'objectif de sa candidature visait surtout à "foutre le bazar dans cette campagne qui sera[it] chiante, avec trois ténors qui sont en fait trois nuances d'un même camp social".

Mais à quelques jours du premier tour des élections municipales, Philippe Poutou voit plus loin. Un sondage BVA publié le 20 février lui donne 12 % des intentions de vote, derrière le maire sortant Les Républicains et successeur d'Alain Juppé, Nicolas Florian (40 %), et le candidat EELV-PS Pierre Hurmic (30 %), mais devant le candidat de La République en marche Thomas Cazenave (11 %). Il s'agit donc désormais d'accéder au second tour et d'obtenir des élus au conseil municipal.

"C'est vrai qu'on serait vraiment déçus si on faisait moins de 10 %, confie-t-il à France 24. Bordeaux a cette image de ville bourgeoise, mais en réalité, il y a aussi beaucoup de gens modestes qui se sentent de plus en plus exclus. Et avec notre liste qui rassemble des associatifs, des syndicalistes, des Gilets jaunes, des membres de La France insoumise et du NPA, on veut représenter les milieux populaires."

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De fait, la liste constituée autour de Philippe Poutou rassemble presque l'ensemble de la gauche contestataire bordelaise avec quelques figures locales, comme Antoine Boudinet, un Gilet jaune qui a eu la main droite arrachée en décembre 2018.

"C'est ce mélange et cette diversité qui m'ont plu, s'enthousiasme Jacqueline, 66 ans, présente mardi soir. Cette liste apporte un autre regard sur Bordeaux et me redonne espoir alors que j'étais écœurée de la politique. Et puis Philippe Poutou, ce n'est pas un politicien. C'est quelqu'un de sincère, qui est proche des gens et qui est propre. On se souvient tous de sa performance lors du débat de la présidentielle. Il a marqué les esprits."

François Fillon et Marine Le Pen pris à partie en 2017

C'est en effet grâce à ce fameux débat télévisé entre les candidats à la présidentielle 2017 que Philippe Poutou s'est fait un nom. Venu sur le plateau sans chemise, ni cravate, le porte-parole du NPA avait alors dénoncé les affaires judiciaires de la classe politique, étrillant au passage François Fillon et Marine Le Pen. Sa tirade avait fait mouche. La séquence avait ensuite tourné en boucle sur les réseaux sociaux.

Mais pour les Bordelais, Philippe Poutou, 52 ans, symbolise aussi et surtout la lutte des ouvriers de l'usine Ford de Blanquefort, en banlieue de Bordeaux, qui se sont battus pendant des mois pour éviter la fermeture de leur site. Peine perdue. Le constructeur automobile américain a fermé l'usine le 1er octobre 2019. Au total, 849 personnes ont été licenciées, dont le candidat Poutou qui y travaillait depuis 1999.

"Son combat pour l'usine Ford fait qu'il a une bonne image dans la région", souligne Marina, 33 ans, qui assistait à la maison cantonale de La Bastide à sa première réunion politique. "On croit à ce qu'il dit et c'est vrai qu'il donne envie de le suivre, de lui faire confiance", ajoute-t-elle, même si son choix n'est pas encore fait pour le premier tour des municipales.

Ce sentiment est partagé depuis longtemps par Clément Agostini, l'un des animateurs locaux de La France insoumise (LFI), pour qui faire campagne avec Philippe Poutou était une évidence.

"Cela faisait deux ans qu'on se retrouvait sur toutes les manifestations : les Gilets jaunes, l'usine Ford, les retraites… Je ne me voyais pas faire une liste LFI aux municipales pour me retrouver à tracter à côté du NPA alors que nous disons exactement la même chose. Il fallait travailler ensemble, alors on les a dragués un max", reconnaît-il en souriant.

"Certains au NPA craignaient qu'on fasse une campagne trop à droite en s'alliant avec LFI"

Démarrées à l'automne, les discussions ont pris du temps avant d'aboutir. "Il y avait des réticents des deux côtés qu'il fallait convaincre, explique Philippe Poutou. Certains au NPA craignaient qu'on fasse une campagne trop à droite en s'alliant avec LFI. Et vice versa."

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La liste est enfin lancée au mois de décembre. Depuis, aucune voix ne s'est élevée pour regretter ce choix, d'autant que l'ancien ouvrier de Ford n'a rien perdu de sa capacité à produire des punchlines. Début mars, lors d'un débat télévisé organisé par BordeauxTV, c'est Thomas Cazenave (LREM) qui en a ainsi fait les frais.

"On peut virer les gens car ils ne peuvent pas payer leur loyer et les mettre à la rue. Ça, ce n'est pas agressif. Par contre, loger des gens qui sont dans la rue, ça devient agressif à partir du moment où on réquisitionne. C'est là où on voit les deux camps sociaux : il y en a qui se foutent que des gens soient à la rue et d'autres non", lance-t-il ce soir-là au sujet des réquisitions de logements vides comme mesure d'urgence en direction des sans-abri.

Comme sa tirade de 2017, la séquence a largement été partagée sur les réseaux sociaux et donne de l'écho à une campagne qui fait parler d'elle bien au-delà de Bordeaux.

"On reçoit beaucoup de messages de soutien de toute la France, raconte le candidat. Des gens nous disent qu'ils regrettent de ne pas vivre à Bordeaux ou qu'ils veulent déménager sur Bordeaux pour pouvoir voter pour nous. Une liste de la gauche contestataire qui peut accéder au deuxième tour dans une grande ville, c'est un cas unique, du coup ça fait parler."

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À tel point que plusieurs personnalités de La France insoumise ont tenté de surfer sur la vague Poutou en proposant leurs services pour l'organisation d'un meeting ou d'une réunion au côté de la tête de liste de "Bordeaux en luttes". Mais le collectif engagé localement préférant ne pas déborder des enjeux municipaux, toutes ces offres ont été poliment refusées.

La promesse de Philippe Poutou de se maintenir en cas d'accession au second tour fait toutefois débat, y compris chez des électeurs se disant très à gauche et ayant manifesté de nombreuses fois avec les Gilets jaunes.

C'est le cas d'Éric, 47 ans. Abordé par une militante lors d'une opération de tractage sur la place de la basilique Saint-Michel, cet électeur ne comprend pas ce choix. "Bordeaux est à droite depuis presque toujours et alors qu'on a enfin l'occasion de la faire basculer à gauche, on risque de n'avoir aucune chance d'y arriver à cause des divisions, peste-t-il. On sera encore dans l'opposition pour six ans."

Mais pour Philippe Poutou, le problème doit se poser différemment. "L'équation est simple : à partir du moment où le candidat EELV-PS est contre toutes nos propositions, qu'il ne veut pas de mesures sociales fortes, qu'il est contre la gratuité des transports ou contre la réquisition des logements vacants, il n'y a pas d'accord possible. On est à l'opposé de ce qu'il veut faire à la mairie. Le choix est clair."

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