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Pourquoi Pékin cède au complotisme pour faire porter le chapeau du coronavirus à Washington

Plusieurs théories du complot reprises en Chine font des États-Unis les responsables de l'épidémie de Covid-19.
Plusieurs théories du complot reprises en Chine font des États-Unis les responsables de l'épidémie de Covid-19. © Aly Song, Reuters

Un responsable du ministère chinois des Affaires étrangères a suggéré, vendredi, que le Covid-19 avait en réalité été importé en Chine par des militaires américains. Ce n’est pas la seule théorie du complot qui circule dans le pays pour exonérer Pékin de toute responsabilité dans la propagation de l’épidémie.

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L’un parle de "virus étranger" en pensant très fort à la Chine, l’autre pointe un doigt accusateur vers "l’armée américaine". Zhao Lijian, l’un des principaux porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a répondu au président américain Donald Trump, qui avait insisté sur l’origine chinoise du Covid-19 lors de son allocution du 11 mars, en reprenant à son compte une théorie du complot qui fait des militaires américains les responsables de l’actuelle pandémie.

Sur Twitter, le responsable chinois a posté, vendredi 13 mars, un lien à ses 318 000 abonnés vers un article d’un site conspirationniste canadien qui affirme détenir la "preuve" qu’Oncle Sam a exporté le coronavirus à Wuhan. En réalité, le site en question se contente de rappeler que des soldats américains s’étaient rendus à Wuhan en octobre 2019 pour les Jeux mondiaux militaires et suggère qu’ils auraient pu, à cette occasion, avoir laissé le coronavirus en souvenir à leurs hôtes.

Campagne coordonnée

Zhao Lijian ne se contente pas de reprendre à son compte cette fumeuse théorie. La veille, ce porte-parole de la diplomatie chinoise avait déjà posté, toujours sur Twitter, un extrait de l’audition devant le Congrès américain de Robert Redfield, le directeur des CDC (Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies), au cours de laquelle ce dernier reconnaît que des décès dus au Covid-19 "ont pu être attribués [par erreur] à la grippe". En réaction, Zhao Lijian a appelé les États-Unis à "plus de transparence" au sujet de ces morts, laissant entendre qu’elles avaient pu intervenir avant même que le coronavirus frappe Wuhan, ce qui signifierait les Américains "pourraient bien être" à l’origine de la crise sanitaire mondiale.

Zhao Lijian n’est pas le seul en Chine à exploiter le caractère vague de la réponse de Robert Redfield, qui n’avait pas jugé utile de préciser quand avaient eu lieu ces décès. Cet extrait vidéo fait depuis trois jours un carton sur les réseaux sociaux chinois. Posté sur Weibo (l’équivalent chinois de Twitter) par le Quotidien du peuple, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois, il a attiré des milliers de commentaires qui, pour la plupart, en font la même lecture anti-américaine que Zhao Lijian, note le quotidien The Guardian.

"Il semble y avoir depuis environ deux semaines une campagne coordonnée dans les médias officiels et sur les réseaux sociaux pour remettre en cause la thèse de l’origine chinoise du Covid-19",  souligne la chaîne américaine CNN. La CCTV, la télévision publique chinoise, et le tabloïd Global Times ont également fait référence à plusieurs reprises à l’intervention du patron des CDC devant le Congrès.

Auparavant, Lin Songtian, l’ambassadeur chinois en Afrique du Sud, avait affirmé qu’il n’y avait aucune raison de penser que ce nouveau virus était "made in China". Dans un éditorial publié début mars, l’agence de presse Xinhua avait ouvert la voie en assurant que "l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a toujours affirmé que le coronavirus était un phénomène mondial dont la source était indéterminée". Xinhua joue ici sur les mots : l’OMS reconnaît, certes, que la question de la source de la contamination – comment le virus a été passé à l’Homme – n’est toujours pas résolue, mais l’organisation juge que la région de Hubei est la source géographique la plus probable de l’épidémie.

Taper sur Washington pour unir l’opinion derrière Xi Jinping

L’offensive tous azimuts pour faire des États-Unis le nouveau bouc émissaire peut apparaître comme une réponse du berger à la bergère. Le camp républicain semble s’être donné le mot pour appeler le Covid-19 "coronavirus de Wuhan" ou "coronavirus de Chine" depuis plusieurs semaines. Media Matters, un site progressiste qui surveille les médias conservateurs, s’est amusé à traquer toutes les personnalités de droite – des journalistes de sites d’extrême droite comme Breitbart au secrétaire d’État Mike Pompeo en passant par des présentateurs vedettes de Fox News – qui préfèrent parler de "virus chinois" que de "Covid-19". Pékin s’était déjà ému, fin février, de cette obsession qui pouvait nourrir des sentiments racistes à l’égard des ressortissants chinois.

Mais la campagne chinoise pour identifier un ennemi extérieur dans cette crise sanitaire est aussi "un exemple typique de la propagande chinoise pour exalter le sentiment nationaliste de la population afin de l’unir derrière la figure du leader Xi Jinping", expliquait le 11 mars à France 24 Peter Gries, directeur du Manchester Chinese Institute.

Depuis le début de l’épidémie, Xi Jinping est pris pour cible sur les réseaux sociaux où il est critiqué pour avoir couvert la censure des médecins qui ont cherché à alerter les autorités sur la menace sanitaire. Pour Peter Gries, les autorités espèrent que remettre en question l’origine du coronavirus et taper sur Washington permettra de "dévier l’attention en dénonçant l’Occident impérialiste qui ferait preuve de racisme antichinois".

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