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En déroute en Bourse, Boeing reste un poids lourd de l'économie américaine

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New York (AFP)

Boeing a perdu 52 milliards de dollars en Bourse en une semaine, une déroute qui traduit la fragilité actuelle du constructeur aéronautique confronté aux déboires du 737 MAX et à la pandémie du coronavirus. Mais il demeure un mastodonte pour l'économie américaine.

Le géant de Seattle, chouchou du président Donald Trump, a perdu tous les gains amassés depuis l'arrivée du milliardaire new-yorkais à la Maison Blanche en janvier 2017, au point que les marchés posent la question tabou: le fabricant de l'avion présidentiel américain Air Force One est-il en bonne santé financière ?

Pendant des années, les investisseurs ont estimé que la société, fondée il y a 104 ans et à l'origine de plusieurs révolutions et innovations technologiques, était une des entreprises les plus sûres parce qu'elle évolue dans un marché en croissance et a fait ses preuves, estime Richard Aboulafia, expert chez Teal Group.

Mais "ces certitudes ont volé en éclats" avec la crise du 737 MAX, souligne-t-il.

- Crise de liquidités ? -

Boeing a lui-même contribué à semer le doute cette semaine: d'après des sources bancaires à l'AFP, l'avionneur a demandé aux banques auprès desquelles il avait obtenu des lignes de crédit de près de 14 milliards de dollars en février de lui donner tout cet argent.

Cette requête a donné l'impression d'une société en manque de liquidités, estime Ken Herbert chez Canaccord.

Boeing, qui fait face à une montagne de plaintes de familles de victimes des accidents des 737 MAX d'Ethiopian Airlines et de Lion Air, veut simplement s'assurer qu'il dispose de suffisamment de réserves pour faire face à tout problème inattendu dans le climat d'instabilité sur les marchés financiers, ont dit à l'AFP des sources proches du dossier.

"Il n'y a pas de problème de liquidités", assure-t-on de même source.

Contacté par l'AFP, le groupe n'a pas souhaité commenter.

Boeing estime que la crise du MAX devrait lui coûter 18,7 milliards au moins, ce qui a fait exploser sa dette à 27 milliards de dollars au 31 décembre 2019.

Dans le même temps, il ne produit ni ne livre de 737 MAX, avion cloué au sol depuis un an après les accidents d'Ethiopian et de Lion Air qui ont fait 346 morts. Les commandes sont dans le rouge, tandis que les ventes du 787, sa principale source de revenus actuellement, ont ralenti.

"Nous ne pensons pas que Boeing soit confronté à une crise de liquidités", déclare Ken Herbert, mais les difficultés s'accumulent à cause de la propagation du nouveau coronavirus.

- "Pas comme les autres" -

Cette pandémie, la plus grave crise pour le secteur aérien depuis les attentats terroristes du 11-Septembre, va pousser des compagnies aériennes à reporter leurs achats d'avions, voire à annuler des commandes.

Delta Air Lines a décidé de reporter les livraisons de nouveaux avions, tandis qu'United Airlines ne prendra d'appareils neufs que si elle pense pouvoir les payer.

"On aurait bien aimé maintenir notre confiance en Boeing jusqu'à la remise en service du 737 MAX, mais le calendrier de la certification de cet avion, et plus important encore l'impact du Covid-19 sur la demande des avions rendent ce voeu difficile", avance désormais Seth Seifman chez JPMorgan, un des rares experts à Wall Street qui recommandait encore aux investisseurs de ne pas vendre leurs titres Boeing.

Gregori Volokhine chez Meeschaert fait toutefois valoir que Boeing "n'est pas une entreprise comme les autres".

"Ils sont tellement indispensables au département de la Défense que ce n'est pas une compagnie que l'Etat laisserait tomber", avance-t-il.

Non seulement le groupe fabrique l'avion ravitailleur KC-46 ou les chasseurs F-18 et F-15 mais encore il est le premier exportateur américain avec environ 600 fournisseurs employant des centaines de milliers de personnes aux Etats-Unis.

L'usine d'assemblage du MAX emploie 12.000 personnes à elle seule.

Lorsque Boeing a suspendu en janvier la production du MAX, la plupart des économistes ont estimé que cette décision allait affecter la croissance américaine au premier semestre.

L'impact de la crise de Boeing "est plus important (pour l'économie) que celui causé par un ouragan", affirme Joel Prakken, économiste chez IHS Markit.

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