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Coronavirus : la fermeture des frontières, mesure de santé publique ou calcul politique ?

Contrôle de police à Moellehus, au Danemark le 14 mars 2020, au lendemain de l'annonce de la fermeture des frontières pour lutter contre le coronavirus.
Contrôle de police à Moellehus, au Danemark le 14 mars 2020, au lendemain de l'annonce de la fermeture des frontières pour lutter contre le coronavirus. AFP - JOHN RANDERIS HANSEN

La propagation rapide du virus en Europe a poussé les nations à prendre des mesures drastiques, certains États allant jusqu’à annoncer la fermeture de leurs frontières. Des décisions individuelles, pourtant contraires aux préconisations de l’OMS et de l’UE qui appellent à une action commune pour protéger la zone Schengen.

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"L’Europe est devenue l’épicentre de la pandémie (…) Le nombre de nouveaux cas détectés chaque jour y est désormais supérieur qu’en Chine lors du pic de contagion". L’annonce du directeur général de l’OMS, vendredi 13 mars, a créé une onde de choc en Europe. Si le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus a pris soin de mettre en garde contre les mesures individuelles, plusieurs États sont, depuis, passés outre ces recommandations en annonçant le renforcement des contrôles douaniers voir même la fermeture totale de leurs frontières comme le Danemark, la Slovaquie, la République tchèque ou bien encore la Pologne.

Une mesure sans valeur scientifique ?

En France, le président Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des écoles et universités à compter du 16 mars. Mais aucune mesure n’a été prise pour contrôler les frontières de l’Hexagone. Interrogé vendredi sur Europe 1, le ministre de la Santé Olivier Véran a défendu cette décision : "Un virus n’a pas de frontières. Il circule en Italie, en Espagne, en Allemagne mais aussi dans des pays qui ont déjà des frontières, comme la Suisse (…) scientifiquement cela n’a pas d’intérêt".

Plusieurs spécialistes considèrent pourtant aujourd’hui que la méthode de quarantaine à grande échelle mise en place par la Chine a fait ses preuves et qu’elle doit servir de modèle. "Créer de la distance dans la sphère sociale est essentielle pour réduire la contagion", explique Stergios Moschos, professeur de médecine à l’université de Northumbrie, en Angleterre, interviewé sur France 24. "La barrière a fonctionné pour la Chine, les restrictions de circulation entre Hubei et les autres provinces ont permis de réduire le niveau de contagion".

D’autres scientifiques se montrent plus prudent sur l’exemple chinois, comme Henri Julien, président de la société française de médecine de catastrophe : "Une épidémie s’arrête après qu’un certain nombre de gens ont été malades, sont devenus résistant au virus et ne le transmettent plus. En Chine, ils ont dépassé ce seuil, les populations se sont immunisées donc l’épidémie a beaucoup ralenti. À ce titre il est difficile d’évaluer l’efficacité réelle des mesures de confinement en Chine".

L’exemple chinois semble avoir néanmoins inspiré l’Italie, deuxième plus gros foyer du coronavirus dans le monde, qui a pris des mesures du même ordre, en confinant d'abord plusieurs régions du Nord, puis le pays tout entier. Mais pour Rony Brauman, co-fondateur de Médecins sans Frontières, il est essentiel de faire la différence entre des mesures internes aux pays touchés et la fermeture des frontières d’une nation : "Une isolation de population ciblée, adaptée au contexte local, peut permettre de freiner l’épidémie. Par contre à l’échelle d’un pays une telle mesure est illusoire. Même dans l’hypothèse où l’on arriverait réellement à bloquer les mouvements de population à l’échelle d’une nation, il faudrait boucler le pays avant que le virus ne circule pour être vraiment efficace. Au final, l’impact humain et économique risque d’être bien plus important que les éventuels bénéfices en terme de santé publique".

Le débat politique autour des frontières relancé

Si le débat autour du contrôle des frontières constitue un enjeu de santé publique, il ravive également de vieilles batailles politiques. Donald Trump a mis les pieds dans le plat, en qualifiant le coronavirus de "virus étranger" accusant l’Europe d’avoir sous-estimé la menace venue de Chine, lors de l’annonce de la fermeture du territoire américain aux 26 pays de l'espace Schengen, le 11 mars. Une annonce critiquée par l’Union Européenne qui a répondu, dans un communiqué, appelant à la coopération plutôt qu’aux mesures unilatérales.

Pour Henri Julien, il ne fait aucun doute que ce type d’annonces est purement politique : "Trump interdit l’accès du territoire américain à l’espace Schengen mais pas à d’autres pays voisins pourtant touchés comme la Roumanie. La Russie, elle, annonce qu’elle ferme deux de ses frontières… Ces mesures peuvent peut-être rassurer les gens, les inciter à faire plus attention et donner l’impression que l’État est présent, mais on sait qu’elles ont peu d’efficacité médicale".

En France aussi, la question fait débat au sein de la classe politique. Des personnalités de droite et d’extrême droite se sont prononcé en faveur de contrôles renforcés, comme le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, ou bien encore  le vice-président du Rassemblement national Jordan Bardella qui a dénoncé, "l’obsession" du gouvernement de ne pas vouloir rétablir de frontières nationales.

Pour Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux, la crise du coronavirus exacerbe les clivages politiques : "Il existe une relation très forte entre pandémie et radicalisation politique, c’est un phénomène anthropologique connu, car l’incompréhension suscite la peur et le rejet. Certains partis politiques en jouent pour actualiser leur tendance à l’ostracisme. En face, les pro-européens jouent aussi leur carte en prônant l’union comme défense face à la crise".

Dans une réponse à peine voilée aux critiques de l’extrême droite, lors de son allocution du 12 mars depuis l’Élysée, Emmanuel Macron a appelé à éviter "le repli nationaliste" en affirmant à nouveau son engagement au sein de l’Union européenne : "Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l'échelle européenne, car c'est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections."  

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