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Coronavirus : pour les travailleurs indépendants, "c’est notre trésorerie qui assure notre survie"

Le restaurant "Sacré Burger" à Reims, fermé en raison du coronavirus, le 16 mars 2020.
Le restaurant "Sacré Burger" à Reims, fermé en raison du coronavirus, le 16 mars 2020. © Constant Lelarge

Parmi les professions touchées de plein fouet par les répercussions économiques du coronavirus, les travailleurs indépendants, qui n’ont ni garantie, ni chômage. France 24 a récolté les témoignages de plusieurs jeunes indépendants qui envisagent les semaines à venir avec la plus grande inquiétude. 

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Faire face au ralentissement économique engendré par la crise du coronavirus est au cœur des préoccupation des travailleurs indépendants en France. Si les salariés, les grandes entreprises et la fonction publique ont des garanties, ce n’est pas toujours le cas pour eux qui patissent violemment des interdictions récentes.

En raison de la pandémie de Covid-19, les événements de plus de 1 000 personnes ont d'abord été interdits le 8 mars, avant que jauge ne baisse à 100 personnes le 13 mars. Enfin, samedi 14 mars, alors que le pays entrait en stade 3 de l'épidémie, le Premier ministre Édouard Philippe annonçait de nouvelles mesures drastiques pour lutter contre la propagation de l'épidémie, comme la fermeture des bars, cafés, restaurants ou tous les "lieux accueillant du public non indispensable à la vie de la Nation". 

Emmanuel Macron a bien mentionné le cas des travailleurs indépendants dans son allocution, jeudi 12 mars, consacrée au coronavirus : "Je veux que nous puissions protéger nos travailleurs indépendants, et donc nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour donner cette garantie sur le plan économique". Dimanche, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a pour sa part précisé sur LCI qu’un dispositif "similaire au chômage partiel" pour les indépendants était à l’étude et quelques mesures ont déjà été prises par l’Ursaff ou du côté de Bercy pour amortir le choc. Néanmoins, l’inquiétude reste vive pour ces travailleurs qui disent ne pouvoir "compter que sur leur trésorerie pour assurer leur survie". France 24 a recueillis leurs témoignages.

Raphaël Vieille, 39 ans, travailleur indépendant dans l’événementiel : "Toutes mes dates sont annulées jusqu’en fin"

 

 

"Je suis travailleur indépendant dans le spectacle et l’événementiel. J’organise principalement des gros événements avec des entreprises dans le secteur financier ou aimentaire, dans de grandes salles. Cela fait un an que je travaille fort avec des gros clients et jusqu’à il y a trois semaines, mon planning était plein jusqu’à fin novembre. En gros, j’avais 60 000 euros de contrats garantis, ce qui me faisait mon année.

Mais quand l’arrêté d’interdiction des événements de plus de 1 000 personnes est tombé, j’ai perdu la moitié de mes commandes. Et quand ça a été réduit à moins de 100 personnes, ça a fini d’achever mon carnet de commande. Il me reste quelques événements en juin mais qui dépendent de l’évolution du virus. Et je ne suis pas rassuré sur ce point.  Quand tu es indépendant, l’annulation de tes contrats est une perte pure et simple du chiffre d’affaire. On n’a aucun revenu, aucune couverture, pas d’indemnité de Pôle emploi. C’est notre trésorerie qui doit assurer notre survie."

Constant Lelarge, 34 ans, gérant de deux restaurants en Champagne-Ardenne : "Notre survie va dépendre des moyens mis en place"

 

 

"Avec mon associé, nous avons deux restaurants, l’un à Reims et l’autre à Epernay, où nous employons au total 16 personnes. Quand la nouvelle de la fermeture est tombée [samedi 14 mars], il a fallu réagir vite. Dans un premier temps, s’est posée la question des stocks : comme on travaille à flux tendu avec des produits frais, on n’en a pas trop. On a décidé de répartir ce qu’il restait entre les salariés, ce sera déjà ça pour eux.  On a ensuite pris la décision de ne pas faire de livraison à domicile comme les restaurateurs y sont incités par l’Umih (organisation professionnelles des professionnelles indépendants de l’hôtellerie et de la restauration), alors que notre structure le permettrait. C’est hypocrite car pour livrer, on fait sortir des gens. Et il faut au moins trois personnes en cuisine. Ce qui nous importe avant tout, c’est la santé de nos salariés. 

Enfin, se pose la question du maintien du restaurant. Notre survie va dépendre des moyens mis en place par l’État. Si le chômage partiel des salariés est pris en charge par l’État, ça nous soulage. Mais restent les frais fixes : l’emprunt bancaire, les loyers, les charges courantes, les assurances, etc.. ça fait en gros plus de 30 000 euros à sortir par mois. Nous avons des assurances mais elles sont injoignables pour l’instant et on ne sait pas si l’impact du coronavirus est pris en charge. En gros, on peut espérer tenir deux mois sans aide avant de mettre la clé sous la porte. Et encore, je suis large… Mais on est tous dans le même bateau. Si on coule, les trois quart des commerces vont couler."

Benjamin Duval, 40 ans, producteur indépendant de films publicitaires et clips : "Les frais engagés sont pour notre poche"

 

 

"Quand on travaille dans la production de films, on avance de la trésorerie pour préparer les tournages : on paye les castings, la location de matériel, les équipes techniques, les décors, etc. Or la crise du coronavirus est considéré comme un cas de force majeur, au même titre qu’un séisme. Cela veut dire que les pertes ne sont pas prises en charge par les assurances, contrairement à d’autres drames ou aléas qu’on peut rencontrer. Donc, c’est là qu’un bras de fer moral s’engage avec nos clients pour savoir qui paye. Le risque, c’est que les frais engagés le soient de notre poche. 

Il y a une semaine, avant la série d’annonces du gouvernement, ma société avait une production en cours pour laquelle nous avons déjà engagé 40 000 euros. Rien ne me garantit que mon client va me rembourser. Nous avions aussi remporté un appel d’offre pour un film qui ne se fera probablement pas. Donc on a décidé de fermer la boîte. C’est la tendance générale car la production est un secteur où l'on perd de l’argent si on continue à exercer notre activité. On limite les pertes si on ferme. Ma trésorerie me permet de tenir un an avant de couler. Mais nous sommes très privilégiés car nous sommes une toute petite structure, avec seulement deux gérants majoritaires. Le plupart des petites entreprises ploient sous les charges, et sans chômage, sans sécurité, ça va être chaud très rapidement."

Alix Mobuchon, 38 ans, gérante d’une agence florale : "Je peux tenir 6 mois mais en dilapidant toute ma trésorerie"

 

 

"Je suis gérante d'une agence florale, qui livre des fleurs et des végétaux aux particulier et aux entreprises. À 90 %, mon activité concerne l’événementiel : on travaille pour les marques, les entreprises, on fleurit les locaux. Mais tout le monde ferme ses bureaux, donc on n’a déjà perdu ces contrats. Puis tous les événements de lancement de produit, photocalls, séminaires, conventions sont annulés aussi. Lundi matin, mes deux derniers contrats sont tombés à l’eau.

Mars, normalement, c’est mon plus gros mois. En quatre jours, la semaine dernière, on m’a annulé 50 000 euros de contrats, soit 80 % de mon chiffre d’affaire. Donc j’ai mis mes deux salariés au chômage, dont une femme enceinte, et en ce qui me concerne, c’est compliqué. J’ai une bonne trésorerie qui peut me permettre de vivre environ 6 mois, mais en dilapidant le peu que j’ai réussi à mettre de côté. Et les aides annoncées par Emmanuel Macron, ce n’est pas ça qui va compenser les pertes de chiffre d’affaire."

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

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