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Coronavirus : Trump accusé d’avoir voulu acheter l’exclusivité d’un futur vaccin

La société allemande Curevac travaille sur un type de vaccin contre le Covid-19 qui nécessiterait moins de tests avant de pouvoir être mis sur le marché.
La société allemande Curevac travaille sur un type de vaccin contre le Covid-19 qui nécessiterait moins de tests avant de pouvoir être mis sur le marché. © Andreas Gebert, Reuters

Le président américain Donald Trump aurait cherché à acquérir l’exclusivité pour le territoire américain d’un éventuel vaccin contre le Covid-19, développé par une société allemande. Une affaire prise très au sérieux à Berlin, au nom de l’intérêt général et de la souveraineté nationale.

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Prêt en “quelques mois”. Des mots qui ont retenu l’attention du président américain Donald Trump lors d’une table ronde à la Maison Blanche qui a réuni, le 2 mars, des représentants d’une dizaine d’entreprises travaillant sur un possible vaccin contre le Covid-19. Ils ont été prononcés par le responsable de la branche américaine de Curevac, une société allemande de biotechnologie, qui travaille sur un possible remède au coronavirus. Depuis samedi 14 mars, cette entreprise est au cœur d’une bataille diplomatico-sanitaire entre l’Allemagne et les États-Unis.

Le président américain aurait tenté d’attirer les chercheurs allemands de Curevac aux États-Unis et aurait même voulu acheter l’exclusivité pour le sol américain d’un éventuel vaccin, a rapporté le site du magazine allemand Welt Am Sonntag, samedi 14 mars. Citant des sources gouvernementales allemandes, le journal précise que la Maison Blanche était prête à payer jusqu’à un milliard de dollars pour s’assurer que le médicament en développement dans les laboratoires allemands bénéficie en priorité aux Américains.

“Le capitalisme a ses limites”

En Allemagne, cette rumeur d’une tentative américaine de faire main basse sur les travaux de chercheurs allemands est très mal passée. “Le capitalisme a ses limites. Ce que le gouvernement américain a fait est un acte extrêmement hostile”, a réagi Karl Lauterbach, un épidémiologiste et député allemand du SPD, le parti social-démocrate de centre-gauche. 

La plupart des responsables politiques outre-Rhin ont souligné l’importance de travailler à un médicament dans l’intérêt général. “Si un vaccin devenait disponible, il devrait bénéficier à tous. Tout autre scénario serait scandaleux”, a martelé Bärbel Bas, vice-présidente du groupe parlementaire SPD au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand.

Horst Seehofer, le ministre allemand de l’Intérieur, a confirmé que plusieurs membres du gouvernement avaient eu vent de l’opération de séduction américaine. Il a précisé que Berlin prenait cette affaire très au sérieux et que le devenir de Curevac et de ses travaux sera même au menu d’une réunion, organisée lundi 16 mars, du gouvernement allemand consacrée à la riposte à la propagation du Covid-19.

En Allemagne, il ne s’agit pas seulement d’une question de principe. Curevac travaille en étroite collaboration et bénéficie du soutien financier de l’Institut Paul Ehrlich, un organisme fédéral de réglementation des médicaments qui dépend directement du ministère de la Santé. La course au vaccin contre le Covid-19 mobilise d’importants fonds publics. L’Institut Paul Ehrlich a évalué le coût de développement et de fabrication d’un vaccin disponible à grande échelle à environ deux milliards d’euros.

Le gouvernement fédéral n’aurait ainsi nullement envie de contribuer à cet effort financier pour voir, ensuite, le vaccin lui filer entre les doigts au profit d’un État étranger, souligne le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. C’est aussi une question de souveraineté nationale : “L’Allemagne n’est pas à vendre. Lorsqu’il s’agit d’infrastructures importantes, d’intérêts nationaux ou même européens, nous serons prêts à agir le cas échéant”, a précisé Peter Altmaier, le ministre de l’Économie. La loi allemande prévoit que des actifs d’entreprises peuvent être saisis par le gouvernement si l’ordre public ou la sécurité nationale sont en jeu, rappelle la Süddeutsche Zeitung. 

Washington fait profil bas

Face à cette levée de boucliers, Curevac a réagi dimanche pour démentir “toute rumeur d’acquisition”. Dans un communiqué, la société a précisé qu’elle restait concentrée sur le développement d’un vaccin pour “protéger des individus et patients du monde entier”. Mais Curevac a refusé de commenter les informations selon lesquelles Donald Trump aurait proposé de l’argent pour acquérir l’exclusivité d’un vaccin. Elle a, cependant, remercié son représentant aux États-Unis, peu après la fameuse réunion à la Maison Blanche à laquelle il avait assisté. Les raisons de son départ n'ont pas été rendues publiques.

À ce titre, la réaction la plus claire est venue... du mécène du club de football de Hoffenheim. Le milliardaire Dietmar Hopp, l’un des principaux investisseurs dans Curevac, a assuré qu’il n’était pas question de vendre un vaccin contre le Covid-19 au bénéfice d’un seul pays.

Pris de court par la virulence des réactions en Allemagne, la Maison Blanche a fait profil bas. Contactés par le Washington Post, des responsables de l’administration américaine ont assuré ne pas avoir connaissance de discussions autour de la technologie développée par Curevac. Mais ils ont reconnu que le président pouvait avoir abordé ces questions en tête-à-tête avec le représentant de l’entreprise allemande après la réunion du 2 mars.

Donald Trump a, à plusieurs reprises, assuré que la découverte d’un vaccin était à portée de main, des professionnels de santé qui préviennent que la mise au point d’un remède prend plus d’un an. Les États-Unis sont, en outre, mal équipés pour tester d’éventuels vaccins contre le coronavirus, rappelle le Washington Post. Les quatres organismes fédéraux chargés de travailler à des remèdes contre des épidémies n’ont pas les moyens matériels de faire des tests à grande échelle nécessaires pour un virus comme le Covid-19. D’où l’intérêt du président américain pour les travaux conduits dans d’autres pays, suggère le Washington Post.

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