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Coronavirus : des soignants usés racontent leur "guerre" sur les réseaux sociaux

Un patient sous assistance respiratoire est transporté à l'hôpital à Strasbourg.
Un patient sous assistance respiratoire est transporté à l'hôpital à Strasbourg. © Patrick Hertzog, AFP

Dans la "guerre contre le coronavirus" déclarée le 16 mars par Emmanuel Macron, les soignants sont les premiers sur le front. Fatigués, mal équipés, certains d'entre eux racontent leur combat sur les réseaux sociaux et appellent les Français à rester chez eux pour ralentir la pandémie de Covid-19.

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"#Restecheztoi" ou "#Restezchezvous" – le hashtag est devenu viral. Pour lutter contre la pandémie de coronavirus, le moyen le plus efficace à ce jour reste de limiter les contacts et de ne pas sortir de son domicile. Le président Macron a rendu ce confinement obligatoire dès mardi 17 mars à la mi-journée. Une décision que les soignants, en première ligne depuis le début de l'épidémie, n'ont pas attendue pour tenter d'alerter les Français de la gravité de la situation.

>> À lire aussi : Coronavirus : ce qui est autorisé et ce qui est interdit durant le confinement

En racontant leur quotidien face à cette urgence sanitaire via les réseaux sociaux, ils espèrent provoquer un électrochoc ainsi que le déblocage de moyens supplémentaires. Le but : empêcher le bilan, évalué au 16 mars à 6 633 et 148 décès, de grimper.

Dès le 13 mars, le Collectif inter-hôpitaux, qui coordonne les luttes pour la défense de l'hôpital public, a publié une pastille à vocation humoristique, mais surtout pédagogique, pour faire passer son message. Sous la forme d'un de ces défis absurdes comme en comptent par centaines les réseaux sociaux, la vidéo appelle à rester chez soi. Pneumologues, médecins, infirmiers… Chacun se relaie pour transmettre le message.

"Je t'en prie, on compte sur toi, sois à la hauteur du défi, reste chez toi", demande notamment un réanimateur, face caméra. "On va s'occuper des urgences, on va s'occuper des cas graves, qui auront besoin de nous. Mais on a besoin de toi", affirme un pneumologue.

Des sacs poubelles pour se protéger

Si cette vidéo se veut légère, d'autres décrivent par le menu leur quotidien et les conditions dégradées dans lesquelles ils sont contraints de traiter les malades avérés du Covid-19  et les personnes suspectées.

Sabrina Ali Benali, médecin urgentiste à domicile et auteure de "La Révolte d'une interne : Santé, hôpital : état d'urgence" (éd. Le Cherche-midi), alerte sur son compte Twitter du manque de moyens auquel les soignants font face.

"Je pars en garde pour la nuit en urgences à domicile. On va voir des personnes suspectées d'être contaminées par le coronavirus. Il me reste 3 masques FFP2 et 2 masques patients. Pas de sur-blouses. J'ai peur de contaminer les patients fragiles, les personnes âgées. J'ai envie de pleurer... anxiolytique pris", explique-t-elle dans un tweet.

"J'ai passé la nuit dernière 1 h 45 à examiner puis attendre le transport en urgence de deux patients revenus positifs au Covid-19 ce jour, sans protection, sans sur-blouse ni charlotte ni rien d'autre qu'un masque périmé récupéré. Je suis probablement contaminée, je porte donc des sacs poubelles que je troue à la tête at aux bras pour m'en faire une sur-blouse et ne pas risquer de contaminer d'autres patients notamment fragiles. J'espère que les équipements vont vite arriver !", détaille-t-elle dans une autre série de messages.

"On manque de moyens. Pas assez nombreux sur le flux pour trier rapidement et pouvoir s'habiller complètement vu le nombre de suspicions de Covid-19. Pas assez d'espace pour bien isoler les patients. Pas assez de masques. Pas assez de lits dans l'hôpital", décrit Maxime Gautier, urgentiste à l'hôpital Lariboisière de Paris.

"À Grenoble, on oublie que les urgences accueillent les suspicions de Covid-19, on met au placard les recommandations de port de masques et on demande aux personnels soignants de se confectionner leurs propres masques en TISSU ! Sécurité VS moyens", s'insurge le compte du collectif de paramédicaux urgentistes @InterUrg.

Une situation dramatique dans le Grand Est

"C'est de la médecine de catastrophe pour nous. C'est une pandémie, une catastrophe à l'échelle planétaire", résume, entre deux quintes de toux, Emmanuelle Seris, cheffe des urgences à Sarreguemines, en Moselle. La practicienne jointe par téléphone par l'AFP est elle-même contaminée par le coronavirus.

Déléguée de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) pour le Grand Est, elle décrit des services hospitaliers régionaux, notamment les urgences et les réanimations, "saturés" ou pas loin de l'être.

"Mulhouse a été touché en premier", puis Strasbourg, mais "ça a permis (…) à Colmar et à nous d'anticiper", explique le docteur Seris.

Mais un mois après, en Alsace comme en Lorraine, les masques pour les soignants manquent et les "stocks de respirateurs" ne sont "pas extensibles". Autre problème auquel les services hospitaliers doivent faire face : les personnels soignants eux aussi infectés, à l'image d'Emmanuelle Seris, confinée chez elle "depuis trois jours".

C'est à Mulhouse que la situation serait la plus dramatique, selon un communiqué relayé par le collectif inter-hôpitaux : "Même si le personnel médical et paramédical de nos urgences est formidable, et malgré un soutien indéfectible de notre direction, c'est le matériel qui manque : moins de 5 jours de stock en soins hydroalcooliques, moins de trois jours de stock en masques FFP2, moins de quatre jours de stock en masque chirurgical, plus de stock en surblouse, très peu de stock en lunettes… Et des perspectives de réapprovisionnement dans six à huit semaines ! ! ! ! !", avertissent-ils. "Nous sommes au bout d'un système, il va falloir faire des choix sur nos critères d'admission, non seulement en réanimation, mais tout simplement dans une structure hospitalière. Tous nos décès de ce jour [dimanche 15 mars] sont Covid-19."

Le personnel craint le moment où, à l'instar de leurs collègues italiens, ils devront en venir à trier les patients, comme en témoignait le docteur italien Christian Salaroli dans le quotidien Il Corriere della Sera. C'est à dire choisir qui sauver entre deux malades qui en temps normal devraient recevoir des soins.

Épicentre de la propagation en France du coronavirus, le Grand Est compte 1 548 cas, selon les chiffres de l'Agence régionale de santé (ARS) du 16 mars.

Rappeler à Emmanuel Macron ses promesses

Les autorités ont répondu à cette crise du matériel. Les masques de protection seront désormais réservés en priorité à l'hôpital et à la médecine de ville et de campagne et devaient être livrés dans les pharmacies des "25 départements les plus touchés" dès le début du confinement, les autres départements devant être servis à partir de mercredi, a promis Emmanuel Macron le 16 mars.

Dans la région Grand Est, un hôpital de campagne de santé des armées doit être déployé en Alsace dans les prochains jours. Cet hôpital sera à même d'accueillir à terme une trentaine de malades dans des conditions de réanimation, a précisé dans la soirée le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur TF1.

>> À lire aussi : des soignants dénoncent "une discordance entre les mots et les actes" d'Emmanuel Macron

Mobilisés depuis un an pour protester contre la dégradation de l'hôpital public, les personnels hospitaliers restent perplexe face au soudain éloge de l'hôpital public.

"Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite, sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe", avait notamment affirmé le chef de l'État. "Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché."

Pour le Dr Sabrina Ali Benali, une fois la crise pandémique passée, le gouvernement devra se rappeler de ses mots et écouter enfin les revendications de ceux qu'ils appellent aujourd'hui ses "héros" ou "soldats" dans la "guerre contre le coronavirus".

"Nous ne sommes pas des héros, mais des professionnels de santé qui faisons notre travail et assumons notre devoir. Puisse cet événement vous rappeler l'importance du service public. Nous attendons donc l'augmentation de salaire des 'héros' et les moyens de travailler correctement."

Avec AFP

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