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Pourquoi les banques centrales semblent impuissantes face au coronavirus

Les décisions annoncées par Christine Lagarde, directrice de la Banque centrale européenne, ou par la Réserve fédérale américaine, n'ont pas réussi à calmer la panique sur les marchés financiers.
Les décisions annoncées par Christine Lagarde, directrice de la Banque centrale européenne, ou par la Réserve fédérale américaine, n'ont pas réussi à calmer la panique sur les marchés financiers. © Ralph Orlowski, Reuters

Les Bourses continuent leur descente aux enfers, insensibles aux actions décidées par les banques centrales du monde entier. C’est la première fois depuis la crise des subprimes de 2008 que les grands argentiers du monde semblent démunis. Le Covid-19 a-t-il eu raison de la toute puissance de la Fed ou de la Banque centrale européenne ?

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Rien n'y fait. Le Covid-19 semble plus fort que les banques centrales. Elles ont beau sortir l'artillerie lourde pour essayer de calmer la panique boursière, les marchés financiers continuent leur dégringolade. Ainsi le Dow Jones, le principal indice de la Bourse de New York, connaissait, lundi 16 mars, sa plus forte chute depuis le "lundi noir" de 1987, alors même que la Réserve fédérale annonçait des nouvelles baisses des taux et des facilités de paiement.

Même scénario en Europe, où la Banque centrale européenne (BCE) semble incapable d'enrayer la tendance baissière des places financières du Vieux continent. Peu après l'annonce d'une action commune de plusieurs banques centrales pour injecter des fonds dans l'économie, le CAC 40, l'indice de la Bourse de Paris, réagissait en tombant à son plus bas niveau depuis la crise de la zone euro du début des années 2010.

"Les actions des banques centrales ne servent à rien"

Depuis une semaine, les grands argentiers du monde ont déjà déployé l'intégralité des armes à leur disposition : baisse des taux, ouverture de ligne de crédit pour les banques ou encore rachats de dette. "Elles ont même décidé de réagir de façon coordonnée, ce qui est plutôt rare et n'intervient en général qu'en cas de crise", souligne Alexandre Baradez, responsable des analyses marchés au cabinet de courtage IG, interrogé par France 24. "On a l'impression, qu'il n'y a plus rien à faire !", constate Terence Wong, directeur d'Azur Capital, un fonds d'investissement de Singapour, interrogé par le Wall Street Journal.

Cette impuissance est inédite. "Depuis la crise des subprimes de 2008, les banques centrales étaient devenues les institutions vers lesquelles tous les regards se tournaient pour calmer le jeu", rappelle Alexandre Baradez. Après le krach financier de 2008, c'est l'action de la Fed qui a largement contribué à remettre de l'ordre sur les marchés financiers au bord de la rupture. Pareil en 2012 : face à la crise de la zone euro, c'est en grande partie Mario Draghi, alors patron de la BCE, qui a mis un terme à la chute des Bourses européennes en annonçant qu'il était "prêt à tout pour sauver l'euro"

"En ce moment, les actions des banques centrales ne servent à rien", confirme Pascal de Lima, économiste en chef au cabinet de conseil financier Harwell Management, contacté par France 24. La principale raison est d'ordre psychologique : les investisseurs ont le regard rivé sur l'évolution de la propagation du Covid-19, et les armes de la Fed ou de la BCE n'ont aucun impact sur la situation sanitaire. Les marchés financiers "n'écoutent tout simplement pas les banques centrales, et l'inquiétude ne va pas se calmer tant que les acteurs boursiers n'auront pas une vision claire de l'impact économique du coronavirus", explique Alexandre Baradez.

Trop lent

À ce titre, l'action des grands argentiers peut même aggraver la panique, du moins à court terme. Tout ce que les investisseurs entendent, "c'est que ces institutions prennent des mesures exceptionnelles, ce qui suggère que la situation est vraiment grave", décrypte l'analyste d'IG. C'est d'ailleurs ce qui s'était passé lors de la chute historique sur les marchés financier du lundi 9 mars : les Bourses ont, en partie, réagi à l'action de la Fed qui venait de dévoiler ses premières mesures anti-coronavirus.

Le Covid-19 représente aussi la goutte qui a fait déborder le vase des mauvaises nouvelles. "Avant la crise sanitaire, la croissance mondiale tournait déjà au ralenti, et les marchés financiers craignaient déjà qu'une récession se profile à l'horizon. Il y a aussi tout simplement trop de sujets d'inquiétude pour que les outils des banques centrales soient suffisants", estime Pascal de Lima.

Cet économiste les juge non seulement insuffisants, mais aussi trop lents à produire des effets. "Les investisseurs ne voient pas plus loin qu'à une ou deux semaines et veulent être rassurés tout de suite, alors que la baisse des taux et le rachat des dettes n'aura un impact que dans quelques mois", estime-t-il. Autant dire une éternité, non seulement face à une pandémie qui se propage très vite, mais aussi pour des boursicoteurs qui "dépendent de plus en plus d'algorithmes ultra-rapides pour prendre des décisions", conclut Pascal de Lima.

Le retour de l'action des États

Les banques centrales ne sont, tout simplement, pas adaptées pour faire face à des crises boursières comme celles-ci, d'après les experts interrogés. Toutes puissantes encore hier, elles sont tombées de leur piédestal face à un virus qui "marque un point de bascule en remettant les États et l'action publique au centre du jeu", assure Alexandre Baradez.

C'est ce que le président américain Donald Trump semblait ne pas avoir compris, la semaine dernière, lorsqu'il critiquait encore "l'action trop lente" et "minable" de la Fed face au coronavirus. "Seuls les gouvernements sont capables de prendre les mesures d'urgence qui peuvent avoir des impacts immédiats, capables de rassurer les marchés", souligne Alexandre Baradez.

"Il faut desserrer les cordons de la bourse, oublier la règle européenne des 3 % de déficit et dépenser massivement. C'est le seul moyen de calmer les marchés tout en aidant l'économie réelle", résume Pascal de Lima. Ainsi, lorsque le président français Emmanuel Macron assure qu'il ne reculera devant aucune dépense pour limiter l'impact économique négatif du confinement, il ne cherche pas seulement à rassurer les contribuables les plus fragiles, il espère aussi calmer les marchés. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a surenchéri mardi, annonçant une enveloppe "immédiate" de 45 milliards d'euros pour éviter d'éventuelles faillites. C'est aussi pourquoi le gouvernement allemand, pourtant champion de l'orthodoxie budgétaire, a déclaré vendredi 13 mars, qu'il fallait mettre entre parenthèse les règles d'équilibre budgétaire.

Cela sera-t-il suffisant ? Pas sûr. Mais ce volontarisme politique peut permettre de gagner du temps. De la même manière que la politique de lutte contre le coronavirus vise actuellement à ralentir les contaminations pour éviter une saturation des services hospitaliers, les gouvernements espèrent limiter la casse boursière en attendant que les mesures décidées par les banques centrales produisent leurs effets. "Les décisions de la Fed et la BCE vont servir de fondations sur lesquelles les investisseurs vont pouvoir s'appuyer lorsque la panique sera passée", juge Alexandre Baradez. À condition que tout ne se soit pas effondré avant.

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