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Coronavirus : comment bien vivre le confinement ?

Une famille de Mulhouse (est de la France) confinée chez elle en raison de l'épidémie de coronavirus.
Une famille de Mulhouse (est de la France) confinée chez elle en raison de l'épidémie de coronavirus. © Sebastien Bozon, AFP

La France a décrété le 17 mars le confinement général pour endiguer la pandémie du coronavirus. Une situation exceptionnelle qui peut être difficile à vivre mentalement. France 24 a interrogé des spécialistes qui livrent leurs conseils pour tromper l'ennui au temps du Covid-19.

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Vivre au temps du coronavirus. Depuis le 17 mars, le gouvernement français a décrété le confinement quasi-total pour ralentir la pandémie. Tous les Français sont appelés à rester chez eux et à limiter leurs déplacements au strict nécessaire sous peine d'amende. Qu’on vive seul, en couple ou en famille, ce confinement peut rapidement devenir difficile à vivre.

"Nous faisons face à un ennemi qui est invisible, cela nous plonge dans un sentiment d'impuissance profond. Le seul moyen que nous ayons d'agir c'est justement de ne rien faire et de rester confinés”, explique Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris, interrogée par France 24. “C'est contre-intuitif car habituellement face à une menace, nous agissons ! Être angoissé par la situation, par ce huis-clos imposé ou par l'avenir est tout à fait normal."

"En restant loin, nous sauvons des vies"

Plusieurs études récentes ont démontré qu'une grande partie des patients atteints du Covid-19 restaient asymptomatiques, c’est-à-dire qu'ils ne développaient aucun symptôme mais peuvent potentiellement le transmettre aux personnes fragiles.

Passer le confinement avec ses proches peut, dans ses conditions, ressembler à un piège vicieux et insoluble. Pour rompre l'isolement et préserver ses proches, Sylvain Letuvée, psychologue clinicien et psychothérapeute, rappelle que d'autres moyens de communication sont possibles. "D’ailleurs, ce que j’observe autour de moi, c’est que les gens n’ont jamais autant communiqué sur leur vécu", déclare-t-elle à France 24. "Partager ses ressentis et ses pensées permet de se soutenir soi-même psychologiquement".

"En restant loin, nous sauvons des vie, c'est un combat sans armes et sans corps à corps", encourage Johanna Rozenblum.

L'ensemble de la population doit rester cloîtrée à la maison sous peine d'amende, sauf pour se nourrir, se soigner ou travailler. Quelque 100 000 policiers et gendarmes ont été déployés dans le pays pour faire respecter ces mesures. Un climat forcément anxiogène qui peut atteindre les personnes les plus fragiles.

"Pour les personnes déjà seules, les mesures de confinement rajoutent de la solitude à celle qui existe déjà. C'est le moment de recréer du lien avec des amis, de la famille ou des collègues de travail", poursuit la psychiatre. "Prendre des nouvelles mais aussi en donner : il est important de pouvoir verbaliser ce que l'on ressent. Faire entendre sa tristesse, sa colère ou son anxiété permet de faire baisser les affects négatifs. C'est indispensable."

"Il peut être utile de consacrer un ou des moments dans la journée à s’informer et communiquer avec ses proches, et réserver d’autres moments à faire quelque chose seul, sans son mobile à proximité : prendre soin de soi en faisant des choses concrètes et agréables, créer un cadre de vie sécurisant et positif en faisant le ménage, en rangeant, en ré-aménageant son espace", complète Sylvain Letuvée. "Et si on reste très angoissé ou déprimé, ne pas hésiter à consulter pour bénéficier d’un soutien psychologique. Beaucoup de psychologues proposent maintenant des séances en télé-consultation ou par téléphone."

Les familles s'organisent

Depuis le 16 mars, crèches, écoles, collèges, lycées et universités sont fermés. Et le télétravail est également devenu la règle dans les entreprises où cela est possible. Les enfants se retrouvent donc à la charge des parents. Il leur revient d'assurer la continuité pédagogique, parfois en continuant leurs activités professionnelles.

"Travailler chez soi c’est être en dehors du cadre du lieu de travail. Il s’agit alors de construire son propre cadre chez soi, ce qui est difficile. Pour cela, on fera en sorte de travailler seul dans une pièce, en se donnant des horaires fixes dans la journée, en s’octroyant des pauses et un temps de repas. Si on est en couple, se mettre d’accord avec le conjoint sur l’organisation de ce temps de travail. Si on a des enfants, prévoir des relais", conseille Sylvain Letuvée.

C'est la solution qu'a naturellement adoptée Pôline Perronerie, professeure de danse à Vitré (Bretagne, ouest de la France), pour cette période d'exception. Avec son compagnon, Florian, entraîneur de basket, ils doivent désormais rester à la maison avec leur fils Maceo, 3 ans et demi. La petite famille s'est organisée et a réinventé sa vie professionnelle.

"Le matin, je travaille. J'essaie de rédiger des cours pour mes élèves pour qu'ils continuent à danser chez eux. Avec le confinement, il y a eu plein d'initiatives mettant à disposition des chorégraphies", explique-t-elle, jointe par téléphone par France 24. "L'après-midi, c'est au tour de Florian de travailler. Il a aussi mis en place des exercices à distances pour ses joueurs ainsi qu'un challenge sportif à l'échelle du club. L'idée est d'encourager la pratique sportive malgré le confinement."

Et Macéo dans tout ça ? "Il se rend compte qu'il se passe quelque chose. Il a compris qu'il ne fallait plus sortir et qu'il ne pouvait plus aller à l'école. Mais il est surtout content de passer ses journées avec ses parents", sourit Pôline, qui explique que pour garder un semblant de rythme scolaire à ce jeune âge, ils ont imprimé un cahier d'exercices pour des sessions quotidiennes.

Et pour expliquer le concept de virus, les deux parents lui ont fait écouter un podcast pédagogique sur "Vidoc le virus", ce qui lui a permis d'apprendre les bons gestes, comme tousser dans son coude.

"Parler à ses enfants est absolument indispensable", confirme Johanna Rozenblum. "Dans un premier temps il faut accueillir leur récit propre. Entendre la compréhension qu'ils se font de la situation, entendre leurs mots et leurs questionnements. Le discours pourra alors être repris et vous pourrez apporter un éclairage ou des corrections en utilisant un langage simple et à leur portée. Être parent c'est pouvoir rassurer et protéger, même si la situation est floue pour l'enfant. Toutes les initiatives ayant vocation à permettre de mieux comprendre ce qui se passe sans alarmer et en s'adaptant aux différentes tranches d'âge sont bonnes à prendre."

Des initiatives pour tromper l'ennui

Les enfants ne sont pas les seuls à devoir s'occuper durant cette période de confinement. Les adultes aussi cherchent à tromper l'ennui. Et les initiatives se multiplient en la matière. Le groupe Canal a d'ailleurs annoncé que tous ses contenus seraient disponibles en clair pendant le confinement.

Le ministère de la Culture lance, à partir de mercredi 18 mars, l’opération #CultureChezNous. Le site Web du ministère va se transformer en annuaire de contenus culturels gratuits avec, dans un premier temps, toutes les actions d’offres culturelles à distance lancées par les opérateurs publics : Opéra de Paris, Centre Pompidou, palais de Tokyo, BNF...

En cette période d'incertitude, notre premier réflexe est également de se tourner vers les médias pour s'informer. En France, le Monde et Libération ont ouvert leurs contenus concernant le coronavirus. Ouest-France propose deux mois d'abonnement numérique gratuits pour que ses lecteurs restent informés. Cependant, l'exposition continue à l'actualité peut contribuer à créer un climat d'angoisse permanente.

"L’anxiété générée par la situation nous pousse à nous informer. En même temps, s’exposer en continu à information concernant la pandémie crée de l’anxiété. C’est une boucle qui démultiplie l’angoisse", explique Sylvain Letuvée. “Alors, il ne s’agit pas de se couper des médias car nous avons besoin des informations essentielles pour savoir comment agir pour notre sécurité. Il vaut mieux consciemment sélectionner les informations utiles et pertinentes et éviter de lire et relayer les rumeurs et les prédictions dramatiques.”

"Se pencher sur des centres d’intérêt"

Enfin, beaucoup de personnes espèrent mettre à profit ce temps chez soi pour mener à bien des projets que la vie quotidienne fait remettre à demain : la lecture d'un livre qui prend la poussière depuis des années, le visionnage d'une série qu'on recommande depuis longtemps, de l'aménagement de l'intérieur, une réflexion artistique…

"C'est une excellente idée ! Ce n'est pas 'tromper l'ennui', c'est se pencher sur des centres d’intérêt, des passions que nous avons délaissées par manque de temps ou de priorité. La situation actuelle va indéniablement nous amener à de profondes remises en question”, explique Johanna Rozenblum. “L'isolement c'est aussi se regarder en face et revoir le temps que l'on souhaite à l'avenir accorder au travail, à notre famille, à nos envies. Ce confinement est peut-être un moment qui nous est imposé, mais il est à certains égards l'occasion d'une introspection et de revoir nos valeurs."

Mais attention à ne pas tomber dans un autre type d'angoisse : "Ce sont des perspectives d’occupation idéales correspondant à des désirs mais que la personne ne parviendra pas forcément à mettre en place. On peut tout à fait faire une liste des choses possibles à faire mais sans en faire un projet à réaliser absolument, ce qui créerait forcément un sentiment d’échec", explique Sylvain Letuvée. "Mais si on accepte de vivre avec soi, d’accueillir cette solitude, parfois peut se produire des mouvements de créativité dans l’écriture, dans les arts si on en pratique un. À ce titre, le confinement peut se révéler être une épreuve très féconde dans la découverte de soi. Toute action concrète pour prendre soin de soi et de son environnement procurera un sentiment de satisfaction et réduira les ruminations angoissantes."

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