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ÉDITO

Coronavirus : l'arrêt de mort de l'Union européenne ?

Quel avenir pour l'Union européenne confrontée à la pandémie de coronavirus ?
Quel avenir pour l'Union européenne confrontée à la pandémie de coronavirus ? Emmanuel Dunand, AFP

Le coronavirus a un taux de létalité faible sur les humains, mais qu’en est-il des institutions du multilatéralisme ? Une construction complexe et ambitieuse comme l’Union européenne survivra-t-elle au crash-test de la pandémie ?

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Les populistes ont repris leurs coups de boutoir contre la libre-circulation et se font les prophètes de mauvais augure d’une collapsologie européenne, qu’ils auraient vu venir de loin. Ils anticipent l’agonie pour de mauvaises raisons : restaurer les frontières internes à l’espace Schengen, comme l’a demandé une certaine extrême droite européenne, ne changerait rien au problème.

L’enjeu est ailleurs : l’essentiel réside d’abord dans la qualité des systèmes de santé européens, pour accompagner l’explosion des cas de contamination, car la santé reste de compétence nationale, et non européenne. Or, on constate aujourd’hui que l’Europe est parvenue à préserver au fil des années un "modèle social européen" bien spécifique :  les "filets de sécurité sociaux" ont résisté, bon an mal an, mis quand même à mal dans le Sud par les coupes budgétaires depuis la crise de 2008. Ce modèle permet des soins publics gratuits, qui font que le citoyen du Vieux continent se trouve moins "démuni" qu’un Américain par exemple face à la maladie – littéralement d’ailleurs : il ne doit pas prendre entièrement en charge le dépistage, ce qui a beaucoup facilité la connaissance réelle du nombre de malades.

>> À lire : Coronavirus : la fermeture des frontières, mesure de santé publique ou calcul politique ?

Le salut du club des 27 passe aussi par sa capacité à réagir promptement et en rangs serrés face au défi majeur de ce siècle. Et là, tout a assez mal démarré. Ces dernières semaines, l’UE n’avait plus d’union que le nom : fermetures de frontières unilatérales, absence de solidarité sur les masques et respirateurs, mesures de confinement nationales différenciées, décidées sans coordination, critique du voisin sur ses initiatives, aides désordonnées à la recherche d’un vaccin.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, dans les starting blocks de son mandat alors que l’Europe vit une paralysie sans précédent, tente de reprendre la main : elle vient de proposer de fermer les frontières extérieures de Schengen aux ressortissants des pays tiers… une proposition agréée à l’unanimité  mardi dernier ! Ce même exécutif européen accusé depuis des décennies de libéralisme jusque-boutiste est en train de changer radicalement de philosophie économique sous la pression du coronavirus : à fléau exceptionnel, mesures d’exception. La Commission va utiliser une clause créée lors de la crise économique et inusitée : la "clause de suspension générale" du Pacte de stabilité. Les États sont dégagés de toute contrainte budgétaire ; autrement dit, la sacro-sainte règle des 3 % de PIB de déficit autorisé est en train de voler en éclat, sous les yeux ébahis des observateurs – dont je fais partie depuis deux décennies.

Et le "gendarme des traités" va même promouvoir des politiques de relance coordonnées des économies une fois les pays sortis du pic de la pandémie. Alors si l’UE abolit ses règlements habituels, risque-t-elle la mort subite ? Le choix est bien, pour elle, entre mourir et se réinventer.

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