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"Ce qu'on fait pour le coronavirus, c'est deux ans de financement climat"

Le climatologue Jean Jouzel lors d'une réunion à l'Élysée, le 18 mars 2019.
Le climatologue Jean Jouzel lors d'une réunion à l'Élysée, le 18 mars 2019. © Ludovic Marin, AFP

Les experts prévoient que l'épidémie de Covid-19 fera baisser temporairement les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais ce revirement à court terme pourrait suivi d'une reprise massive de nos rejets de CO2, estime le climatologue Jean Jouzel.

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Depuis le début de l'épidémie de coronavirus et la fermeture des usines, l'immobilisation de compagnies aériennes et la baisse du transport routier, nos besoins en charbon et autres énergies fossiles ont considérablement diminué, tant en Chine qu'ailleurs.

La crise autour du Covid-19 peut-il entraîner un changement durable dans les efforts de lutte contre la crise climatique ? France 24 s'est entretenu avec le climatologue français Jean Jouzel, ancien vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec).

France 24 : L'environnement est-il le grand "gagnant" de cette crise du coronavirus ?

Jean Jouzel : Oui. D'une certaine façon, l'environnement est bénéficiaire de la crise du coronavirus, mais de façon malheureusement temporaire. Il l'est doublement. D'abord, au niveau de la pollution urbaine – c'est vrai pour Paris, mais aussi pour les villes chinoises. Et puis, au niveau des émissions de dioxyde de carbone. La Chine émet habituellement 200 millions de tonnes de CO2 par semaine et sur les deux dernières semaines de février, nous avons relevé environ un quart de production de CO2 en moins. Nous avons donc gagné 100 millions de tonnes de CO2 sur deux semaines. 

Doit-on s'attendre à un retour de bâton pour les émissions de CO2 ?

Le problème, c'est l'effet rebond qu'il y aura. Quand les choses reprendront leur cours normal, la Chine va relancer son activité très rapidement. Il y a un vrai risque que cette diminution des émissions de dioxyde de carbone qu'on a observée au cours des dernières semaines ne soit compensée dès que la reprise de l'activité sera là. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé en 2008 avec la crise financière. Les émissions chinoises ont baissé en 2008 et sont reparties en 2009. Je crains que cela ne soit pareil, que lorsqu'on fera le bilan des émissions de CO2 de la Chine sur l'année 2020, qu'il n'y ait pas réelle diminution. 

Bien entendu, si cette crise sanitaire, et donc économique, se maintenait toute l'année, une diminution de 20 % des émissions de gaz à effet de serre aurait un impact. Du point de vue du climat, ça serait important, mais évidemment aucun scientifique n'espère que cette crise sera suffisante pour ralentir les émissions de la Chine à l'échelle de l'année. 

Ce serait pourtant indispensable dans un contexte de limitation du réchauffement climatique. Pour avoir des chances de limiter à 1,5 °C le réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, il faudrait que tous les pays divisent par deux leurs émissions entre 2020 et 2030, c'est-à-dire une diminution de 7 % chaque année. Et on en est loin. 

Beaucoup a été fait en quelques jours pour combattre ce virus. Devrait-on faire de même pour le climat ? 

Pour le climatologue que je suis, ce qui se passe aujourd'hui représente un espoir. On vient de dégager 45 milliards d'euros pour l'aide économique aux entreprises. Pour réussir la transition climatique en France, on estime qu'il faudrait injecter 20 milliards d'euros supplémentaires chaque année. Imaginez : ce qu'on fait pour le virus, c'est deux ans de financement climat. Il faut trouver un moyen d'investir autant d'argent. Cet argent, on ne l'a pas, on crée de la dette. C'est justement ce que nous proposons dans le Pacte finance climat avec Pierre Larrouturou : augmenter le déficit peut être une des façons de faire, c'est justement celle qui est adoptée pour la crise sanitaire actuelle. 

Est-ce qu'il y aura moins d'argent pour la lutte climatique ?

Il y a deux façons de voir les choses. Soit le verre à moitié vide : on a dépensé de l'argent pour lutter contre le coronavirus, alors on ne pourra pas le faire pour autre chose. Soit le verre à moitié plein : cela montre qu'en cas de réelle urgence, les États, la France et l'Europe ont les moyens d'agir. Il y a tout aussi urgence à prendre en compte le problème climatique. Cela demande des investissements. Ils sont disponibles pour des problèmes de santé, ce qui est tout à fait bien, ça n'est pas le problème, c'est évidemment indispensable. Le même argument pourrait valoir pour la lutte contre le réchauffement climatique. 

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