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Avec le confinement, les femmes victimes de violences conjugales plus exposées

Une image brandie lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes au Havre, le 18 septembre 2019.
Une image brandie lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes au Havre, le 18 septembre 2019. © Lou Benoist, AFP

La France restreint depuis mardi les déplacements pour une durée indéterminée. Une situation inédite qui pourrait avoir des répercussions sur la sécurité des femmes victimes de violences conjugales vivant en vase clos avec leur agresseur.

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"Lorsque son mari boit, les effets sont déjà terribles, elle subit fréquemment des violences psychologiques et physiques mais avec le confinement, ça risque de monter d'un cran. Elle vient de m'appeler en me disant qu'il était sorti faire des courses et s'acheter de l'alcool, elle a peur de son retour." Marie-France Hirigoyen est psychiatre, elle s'occupe de nombreuses femmes qui subissent des violences conjugales. Depuis le début des restrictions de déplacements, elle a déjà reçu plusieurs appels et messages de patientes craignant pour leur sécurité. "Les auteurs de violences domestiques sont déjà des personnes fragiles qui ne supportent pas les frustrations, alors le confinement va forcément aggraver la situation", commente la spécialiste.

Mardi 17 mars, le gouvernement a réduit les déplacements au strict nécessaire. Une situation inédite qui alarme les associations de lutte contre les violences envers les femmes. Caroline De Haas, membre du collectif féministe Nous toutes, résume la situation ainsi : "Les temps de crise sont toujours propices à l'accroissement de la violence. Alors imaginez des personnes confinées, cela peut passer de violences psychologiques à des violences physiques, sexuelles, et peut-être même conduire à des féminicides".

Pour répondre aux inquiétudes, Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, a indiqué que le numéro d'urgence pour femmes battues, le 3919, restait actif durant cette période, de même que la plateforme mise en place par le gouvernement en novembre 2018, "Arrêtons les violences".

Néanmoins, les tentatives d'appels cette semaine ont été infructueuses, comme a pu le constater la rédaction de France 24. La plateforme téléphonique serait "en cours de transfert vers des numéros de membres d'autres associations", selon la directrice de l'antenne en charge de ce service.

La justice fonctionne, mais au ralenti

Delphine Zoughebi soupire. Le silence provoqué par le confinement ne la rassure pas : "On n'a pratiquement pas d'appels, pourtant d'habitude c'est 4 à 7 appels par semaine". Avec son associée, cette avocate au barreau de Paris s’est spécialisée dans la défense des femmes victimes de violences conjugales. Mais depuis l'annonce du président de la République, les coups de fil sont inexistants. Elle évoque une cliente qui ne donne plus de nouvelles depuis la convocation par le tribunal de son mari violent il y a quelques jours : "La situation est très préoccupante, je sais que les conjoints regardent souvent le portable de leur partenaire, ma cliente est mère et vit avec son enfant sous le même toit que son conjoint. Depuis quelques jours, elle est donc enfermée avec lui".

Malgré les mesures du gouvernement, les audiences devant le juge dites "urgentes" ont été maintenues par la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, mais en nombre restreint. Sont notamment assurées les audiences concernant les ordonnances de protection visant à éloigner le conjoint violent.

>> À lire aussi : Stress post-traumatique, confusion et colère : les effets psychologiques du confinement

Autre élément qui inquiète les acteurs de terrain : le manque de solutions pour fuir. Pauline, du collectif Nous toutes, explique : "Actuellement, elles [les femmes victimes] ne peuvent pas aller à l'hôtel, ne peuvent pas se réfugier dans leur famille ou chez des proches, elles sont sans solution". Elle rappelle aussi que la France manque de logements d'urgence pour accueillir ces femmes. En 2018, le Haut Conseil à l'Égalité avait déclaré que 11 000 places supplémentaires étaient nécessaires pour répondre à la demande de protection. En novembre 2019, à la suite du Grenelle sur les violences conjugales, le gouvernement en a annoncé 1 000 de plus.

La solidarité comme rempart contre les violences

Pour lutter contre les violences conjugales, Me Zoughebi rappelle qu'il existe une chose gratuite qui ne nécessite pas de moyens : "La solidarité entre voisins. Si vous entendez des meubles tomber, des chaises jetées, des cris, il faut aller voir ce qu'il se passe ou alerter la police. C'est le meilleur rempart en ces temps de cloisonnement". Et d'ajouter : "Les femmes qui se tournent souvent vers les associations pour se confier et chercher de l'aide, là elles ne le peuvent pas car ces dernières aussi fonctionnent avec moins de personnel, c'est catastrophique et il faut être vigilant".

L'Espagne, deuxième pays d'Europe le plus durement touché par le Covid-19, a mis en place des mesures exceptionnelles pour lutter contre les violences conjugales. Dans ce pays précurseur sur les questions de violence de genre, un service de messagerie instantanée avec géolocalisation a été instauré, ainsi qu'un service de discussion instantanée avec assistance psychologique.

La Chine, où le virus est apparu fin 2019, paie déjà le lourd tribut du confinement. Un ancien policier de la province de Hubei, fondateur d'une association de lutte contre les violences conjugales, indique qu'au mois de février, les agressions au sein du couple auraient triplé en comparaison avec l'année précédente. Vigilance donc, car la France n'en est qu'à ses premiers jours sous cloche.

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