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Coronavirus : les Français confinés, Internet va-t-il tenir le coup ?

Un technicien travaille à la maintenance d'un serveur situé à Pantin, en Îl-de-France.
Un technicien travaille à la maintenance d'un serveur situé à Pantin, en Îl-de-France. © AFP (archives)

L'utilisation d'Internet et de la téléphonie explose à l'heure du confinement. Les opérateurs de télécommunications assurent que les réseaux peuvent tenir, mais demandent aux Français de faire preuve de civisme dans leur consommation.

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À l'heure du confinement, les près de 67 millions de Français appelés à rester chez eux se ruent sur Internet et les réseaux de téléphonie. Télétravail, cours en ligne pour les enfants sur la plateforme du ministère de l'Éducation, séries en streaming pour tromper l'ennui... Face à cet afflux hors du commun, le réseau va-t-il tenir le coup ? Doit-on craindre une saturation ?

Contactée par France 24, la Fédération française des télécoms (FFT) indique que depuis le discours du président Emmanuel Macron lundi 16 mars, le télétravail a été multiplié par neuf, le volume des appels téléphoniques et des visioconférences a triplé et les échanges sur les applications de dialogue comme WhatsApp ou Messenger ont quintuplé. 

Dans les campagnes françaises, où la capacité du réseau est moindre, l'afflux de citadins depuis l'annonce du confinement pourrait envenimer les choses.

"Les opérateurs sont habitués à gérer des pics d'utilisation de leurs réseaux [lors de grands évènements sportifs ou des célébrations du Nouvel an, NDLR], mais la nouveauté cette fois, c'est que la consommation est très importante en continu et sur la durée", explique la FFT. 

Pour cette structure qui représente l'ensemble des opérateurs de télécommunication français, il n'y a pas encore lieu de s'inquiéter : "Les 15 000 techniciens et les ingénieurs sont à pied d'œuvre et nous sommes très attentifs à l'évolution de la situation heure par heure en lien avec tous les acteurs du secteurs et le gouvernement". "Nous surveillons cela comme le lait sur le feu", indique pour sa part Sébastien Soriano, le président de l'Arcep. 

Inquiétude si l'augmentation du trafic dure

D'après le gendarme des télécoms, il n'y a "pas de cas avéré de congestion". Joint par France 24, l'organisme français de contrôle estime qu'une saturation est encore de l'ordre de "l'hypothèse". Toutefois, si le réseau français est plutôt "bien dimensionné", ses capacités ne sont pas infinies. 

C'est sur la durée que la hausse du trafic inquiète l'Arcep et les acteurs des télécommunications françaises, en particulier  le secrétaire d'État au Numérique. "Nous n'avons, à très court terme c'est-à-dire à horizon de quelques jours, pas de crainte systémique, mais les choses peuvent évoluer très vite", confiait jeudi Cédric O à l'hebdomadaire Le Point

À titre de comparaison, l'Italie qui vit en confinement depuis le 10 mars, a vu son trafic Internet sur le réseau fixe bondir de 70 % chez Telecom Italia. Quant à l'Espagne, les réseaux y connaissent une augmentation du trafic de près de 40 %. L'utilisation des téléphones portables a augmenté d'environ 50 % pour les appels et de 25 % pour les données, d'après l'opérateur Telefonica. De quoi alimenter les inquiétudes quant à une surchauffe des infrastructures.

Netflix et Youtube réduisent leurs débits en Europe

"Le télétravail consomme en général peu de bande passante et ne devrait pas poser problème de charge", indique l'Arcep. Le vrai problème, ce sont les vidéos. Les usages les plus consommateurs sont incontestablement les jeux et le streaming, que ce soit les chaînes de télévision fournies par l'opérateur (incluant la VOD), ou les services accessibles via le réseau, comme Netflix ou myCanal.

Pour y remédier et éviter l'engorgement, le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a appelé jeudi matin les plateformes de streaming à réduire la qualité des flux vidéo. Un appel aussitôt suivi dans les faits. Dans la soirée, Netflix a annoncé une réduction de 25 % de ses débits en Europe. YouTube a à son tour répondu aux demandes européennes vendredi en abaissant pendant 30 jours la qualité de diffusion de son service de streaming en Europe.

Les opérateurs demandent un effort aux Français

Les plateformes de streaming ne sont pas les seuls à être sollicitées. Un effort citoyen est également demandé à l'ensemble des Français. L'Arcep, mais aussi les opérateurs de téléphonie, appellent à mieux utiliser les réseaux durant le confinement, et notamment à privilégier le wifi plutôt que les données mobiles lorsque c'est possible. Ils invitent aussi à télécharger durant les heures creuses, la nuit de préférence.

Sur le site de l'Arcep, des spécialistes proposent une séries d'astuces à adopter entre les membres de la famille pour optimiser son réseau wifi et séparer les usages au sein d'une même maison. "La plupart des problèmes de connexions sont liés à l'utilisation du réseau au sein même d'un foyer et pas forcément à l'opérateur", constate Henri Tcheng, associé responsable du secteur des télécoms au sein du cabinet de conseil BearingPoint, contacté par France 24. 

Lui non plus ne craint pas de saturation du réseau. "Il suffit de baisser la qualité du service qui peut tout à fait fonctionner en 'mode dégradé', comme pour la lecture d'une vidéo en définition standard au lieu de la haute définition", explique-t-il.

Manque de masques pour les techniciens

"En revanche, ce que l'on peut craindre, c'est la surchauffe des équipements. Les serveurs qui amènent le flux vont marcher à plein, il y aura peut-être des pannes. Alors il faudra que les techniciens des opérateurs aient la possibilité de se déplacer pour les réparer", prévient Henri Tcheng.

D'où l'appel lancé par le PDG d'Orange, Stéphane Richard qui a demandé des masques supplémentaires pour ses équipes de terrain. "On a encore quelques milliers de masques, encore de quoi tenir sans doute quelques jours", a-t-il indiqué sur RTL. 

Orange a remis des stocks à l'État pour se conformer aux réquisitions à destination des personnels soignants, tout comme les autres grandes entreprises françaises, mais attend avec "une grande impatience" de recevoir de nouveaux masques pour ces équipes chargées de maintenir les réseaux. "On en a commandé 20 000 ou 30 000 supplémentaires, on a absolument besoin de ces équipements pour rassurer aussi nos personnels et qu'ils puissent se rendre sur site", a ajouté Stéphane Richard. 

Enfin en dernier recours, l'Arcep explique que la réglementation européenne prévoit d'autoriser les opérateurs à brider tel ou tel service afin de privilégier les prioritaires. Une entorse à la règle européenne de la neutralité d'Internet - principe qui impose la libre circulation des données sur les réseaux - qui ne serait autorisée qu'en cas de "saturation exceptionnelle".

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