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Enceintes en Alsace au temps du coronavirus, entre détresse, humour et système D

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Strasbourg (AFP)

Elles attendent un heureux événement mais le coronavirus a fait irruption dans leur grossesse: en Alsace, l'une des régions les plus touchées, des femmes avancent tant bien que mal vers le terme, entre stress et débrouille pour poursuivre leur suivi médical.

"Pour ma première grossesse, j'étais hospitalisée pendant l'attentat de Strasbourg, cette fois-ci, c'est le coronavirus: j'aurai vécu tous les scénarios catastrophe de Strasbourg !". Elodie, 34 ans, garde le sens de l'autodérision alors qu'elle vit une grossesse à risques en pleine crise sanitaire.

En 2018, elle a perdu au septième mois le petit garçon qu'elle portait. Pour cette nouvelle grossesse, son accouchement doit être déclenché autour du 25 avril, un mois avant le terme, en raison d'un risque de pré-éclampsie.

Comme elle, de nombreuses femmes enceintes suivent au jour le jour l'évolution de l'épidémie de coronavirus et des mesures pour l'endiguer, dans une Alsace qui constitue un des principaux foyers français de la maladie.

"Quand j'ai appris (le confinement, ndlr), j'ai complètement craqué, j'ai pleuré toute la journée, mais finalement, je pense à toutes les personnes très mal en point, au personnel soignant, et je relativise: je vais bien, ma petite va bien", témoigne Karin Karam, qui habite Schiltigheim, en banlieue de Strasbourg.

A 32 ans, elle doit accoucher dans six semaines de son premier bébé et s'est retrouvée confinée pile au moment où débutait son congé maternité.

"Ce sont six semaines pendant lesquelles on doit se concentrer sur cet événement heureux, mais là on est concentrés sur le coronavirus, j'ai l'impression qu'on me vole mon début de congé maternité", confie-t-elle, listant tous les rendez-vous, médicaux mais aussi pour son propre bien-être, qui ont dû être annulés.

- Echographie annulée -

"C'est un premier bébé, je ne sais pas comment me préparer seule", confie Karin, exprimant la détresse de femmes enceintes qui se retrouvent relativement isolées quand elles pensaient être entourées de toutes les attentions.

Séances de préparation à l'accouchement par visioconférence, rendez-vous avec l'anesthésiste remplacé par une discussion téléphonique, visite de la maternité annulée: les professionnels de la naissance ont rapidement pris des mesures pour limiter les contacts, tout en maintenant les examens essentiels.

Marine Marre, 29 ans, doit donner naissance à une petite fille début juin à Mulhouse, une ville où les médecins ne cessent d'alerter sur la saturation des services de réanimation et l'épuisement du personnel hospitalier.

Vendredi, elle a reçu malgré le confinement la visite à domicile de sa sage-femme, masquée pour la première fois, qui a contrôlé le rythme cardiaque du fœtus. Son échographie du 3e trimestre, prévue le 7 avril, devrait en revanche être annulée.

Bien qu'elle doive accoucher à l'hôpital de Mulhouse, oeil du cyclone où un équipement militaire de campagne est en cours de déploiement, Marine Marre ne panique pas et tente de rassurer sa famille, dans la région de Toulouse.

- Avec ou sans le papa ? -

"Ce qui m'inquiète si je devais attraper le coronavirus, c'est le risque d'accouchement prématuré à cause de la fièvre", explique-t-elle. "Depuis lundi, mon mari et moi prenons notre température tous les soirs".

La situation est plus complexe pour Elodie, qui, outre le risque de pré-éclampsie, souffre d'une maladie auto-immune. "C'est un facteur de risque (pour développer une forme grave du coronavirus, ndlr) mais les médecins n'ont jamais été alarmants, juste très factuels, il n'y a pas de stress à outrance", insiste-t-elle.

Si les femmes enceintes interrogées ont toutes été rassurées quant au risque de transmission du virus à leur bébé, elles prennent le maximum de précautions pour ne pas tomber malades elles-mêmes, car la grossesse les rend plus vulnérables aux infections virales respiratoires.

Marie, une Strasbourgeoise dont l'accouchement est prévu en juillet, doit faire une analyse dans un laboratoire la semaine prochaine. "J'appellerai avant pour connaître les heures de moindre affluence et je serai vigilante vis-à-vis des gestes barrière", explique-t-elle, disant aussi se limiter à "une sortie par jour pour faire un peu d'exercice, plutôt en soirée pour éviter de croiser du monde".

La plupart d'entre elles craignent également de devoir accoucher sans leur mari ou compagnon.

A la maternité de Schiltigheim, les pères doivent se soumettre à un contrôle de température à l'entrée et, s'ils veulent assister à l'accouchement, les va-et-vient entre intérieur et extérieur du bâtiment leur sont interdits, raconte Elodie.

Quant à l'absence des parents et beaux-parents pour rencontrer le nouveau-né, si certaines la regrettent, d'autres préfèrent positiver: elles pourront mieux se reposer.

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