Accéder au contenu principal

Coronavirus : quand des sénateurs américains font rimer pandémie et profits

Le sénateur Richard Burr est au centre d'une polémique aux États-Unis où des sénateurs sont soupçonnés d'avoir profité des informations sur le Covid-19 pour anticiper les mouvements de la Bourse.
Le sénateur Richard Burr est au centre d'une polémique aux États-Unis où des sénateurs sont soupçonnés d'avoir profité des informations sur le Covid-19 pour anticiper les mouvements de la Bourse. REUTERS - Alexander Drago

Le sénateur républicain Richard Burr est devenu en quelques jours le symbole décrié d’une certaine catégorie d’hommes politiques qui, aux États-Unis, ont su très tôt mettre leur argent à l’abri du Covid-19, tout en assurant que la situation sanitaire était sous contrôle.

Publicité

Le 13 février, il a vendu en Bourse des titres d’une valeur comprise entre 628 000 dollars et 1,7 million de dollars. Quelques jours plus tard, la “vista” financière du sénateur américain Richard Burr s’avérait payante : la panique prenait d’assaut les marchés financiers. L'épidémie de Covid-19 gagnait, elle, en ampleur et la plupart des actions dont il s’était délesté ne valaient plus grand-chose. 

Richard Burr a économisé beaucoup d’argent mais, depuis vendredi 20 mars, il est devenu la cible de vives critiques et d’appels à la démission. Le site ProRepublica a, en effet, découvert que ce très puissant responsable politique — il est président de la Commission en charge des questions sur le renseignement au Sénat et membre de la Commission en charge de questions de santé — a effectué 33 opérations boursières, peu après avoir été l’un des rares participants à une réunion, fin janvier, avec les conseillers scientifiques de la Maison Blanche en charge de la riposte américaine au coronavirus. De quoi nourrir les soupçons de délits d’initié.

Double langage

Mais ce qui irrite le plus outre-Atlantique, c’est son double langage. Alors même que Richard Burr mettait ses affaires boursières en ordre en anticipant correctement la débâcle boursière à venir, il embrassait sans retenue, en public, le discours rassurant du président Donald Trump. “Les États-Unis sont plus préparés que jamais pour faire face à des menaces sanitaires tel que le coronavirus”, écrivait-il dans un article d’opinion publié sur le site de Fox News le 7 février. “Le Congrès et le gouvernement ont été prompts à identifier les problèmes et à améliorer les capacités de réponse du pays, quel que soit le risque épidémiologique”, a-t-il ensuite répété sur la chaîne conservatrice.

En privé et à des proches, il s’est rapidement montré beaucoup plus alarmiste. “Il y a une chose que je peux vous dire : ce virus se propage beaucoup plus agressivement que tout ce que nous avons connu dans l’histoire récente. C’est plus proche de la grippe espagnole de 1918”, affirmait-il devant une centaine de personnes d’un club privé, le 27 février, d’après un enregistrement obtenu par la radio publique américaine NPR.

Richard Burr s’est défendu en assurant qu’il avait seulement pris en compte des informations publiques pour décider de vendre ses actions — ce qui écarterait le délit d’initié — et que ses propos ont été déformés par NPR. Il a aussi demandé à la Commission d’éthique du Congrès d’évaluer ses opérations boursières. 

Des explications qui n’ont pas calmé la colère suscitée par les révélations. “Ça me retourne l’estomac de penser que la première chose que font des gens qui ont accès à des compte-rendus alarmistes de spécialistes est d’essayer de profiter financièrement de ces informations, plutôt que de contribuer à aider les familles et à renforcer les capacités de ripostes du pays”, a déploré sur Twitter l’élue démocrate Alexandra Ocasio-Cortez.

Les reproches ne sont pas venus seulement du camp démocrate. Tucker Carlson, le très conservateur éditorialiste de la chaîne Fox New, s’est également emporté contre Richard Burr. “Il y a peut-être une bonne explication à ce qu’il a fait. Si elle existe, il devrait la donner tout de suite. Autrement, il doit démissionner et être poursuivi pour délit d’initié”, a affirmé cette personnalité médiatique sur un ton inhabituellement vindicatif avec un membre de la majorité présidentielle.

Trois autres sénateurs épinglés

Si Richard Burr a été le premier à être épinglé pour ses agissements boursiers, il n’est plus le seul. Le New York Times a identifié trois sénateurs supplémentaires — deux républicains et une démocrate — qui semblent avoir vendu en toute hâte une partie de leur portefeuille après avoir assisté à des réunions en petit comité sur le risque épidémique avec des équipes de spécialistes. Participations dans des chaînes d’hôtels, dans des compagnies aériennes ou encore dans des organisateurs de croisières : ces élus ont vendu pour des millions de dollars des actions qui ont, depuis, perdu parfois près de 50 % de leur valeur.

La sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein — qui siège avec Richard Burr à la commission sénatoriale sur le renseignement — est celle qui en a vendu le plus. Elle s’est débarrassée de titres d’une valeur comprise entre 1,5 million et 6 millions de dollars. Mais, contacté par le New York Times, elle a assuré n’y être pour rien car son argent est géré par un fonds indépendant sur lequel elle n’a aucun droit de regard.

Celle vers laquelle tous les regards ont commencé à se tourner est Kelly Loeffler, une sénatrice mariée au patron du New York Stock Exchange. À l’instar de Richard Burr, elle a longtemps assuré en public que la situation sanitaire était parfaitement sous contrôle. Ainsi, le 28 février, elle accusait, sur Twitter, les démocrates de nourrir inutilement l’inquiétude populaire alors que “Donald Trump et son administration font un boulot super pour garantir la sécurité et la santé des Américains”. Pourtant, plus d’un mois plus tôt, après avoir assisté à une réunion en petit comité de la Commission à la santé du Sénat sur le Covid-19, son mari et elle ont commencé à vendre massivement des actions, a constaté le site Daily Beast. En un peu plus de deux semaines, le couple a effectué 29 transactions boursières. Contrairement aux autres, ils n’ont pas seulement vendu. Ils ont, notamment, acheté des parts de Citrix, une start-up qui propose un logiciel facilitant le télétravail. Une niche qui peut rapporter gros en ces temps de confinement…

Mauvais souvenirs de 2008

Kelly Loeffler a balayé les accusations de délit d’initié, les qualifiant “d’attaques ridicules”. “Les décisions d’investissement sont faites par de multiples conseillers financiers qui agissent sans notre intervention”, a-t-elle précisé sur Twitter.

Ces agissements suspects ont ravivé les mauvais souvenirs de l’époque de la crise des subprimes. Plusieurs élus américains avaient alors été soupçonnés d’avoir profité d’être aux premières loges pour faire des paris en Bourse. Des calculs effectués en 2011 ont démontré que les portefeuilles d’actions des élus américains avaient rapporté 12 % de plus que la moyenne durant la tempête financière de la fin des années 2000. 

En 2012, le président Barack Obama avait réussi à faire passer une loi pour limiter la possibilité que les élus ont d’utiliser leurs informations pour boursicoter en toute tranquillité. Mais la version finale du texte était moins contraignante que le projet de loi initial déposé par la Maison Blanche. L’un des sénateurs qui s’était le plus opposé à ce texte s’appelait… Richard Burr.

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.