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Coronavirus : "Pour des cas graves, c'est aux soignants de juger si la chloroquine est le traitement le plus adapté"

Selon le medecin marseillais Didier Raoult, la chloroquine pourrait être utilisée comme traitement contre le coronavirus.
Selon le medecin marseillais Didier Raoult, la chloroquine pourrait être utilisée comme traitement contre le coronavirus. © Gerard Julien, AFP

La chloroquine, un médicament antipaludique, est présentée depuis quelques jours comme le remède miracle face à l'épidémie de Covid-19. À tel point que les pharmacies sont prises d'assaut en France. Un comportement dangereux selon plusieurs experts interrogés par France 24.

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Présenté comme le traitement miracle face au coronavirus, faut-il se ruer sur la chloroquine ? Cette molécule, commercialisée par le laboratoire Sanofi sous le nom de Plaquenil, connaît un soudain regain de notoriété car elle fait partie, parmi d'autres médicaments, des traitements à l'étude pour lutter contre la pandémie.

Le professeur Didier Raoult, directeur de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille (Bouches-du-Rhône), préconise la généralisation de l'hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19 après un essai clinique sur 25 patients seulement. Des sorties médiatiques qui ont engendré une véritable ruée vers la molécule dans les pharmacies, alors que beaucoup de scientifiques réclament que soient d'abord confirmés ces résultats.

>> À lire aussi : La chloroquine, un vieux médicament pour le nouveau coronavirus ?

"Actuellement, il y a une forte demande pour ce médicament dans les pharmacies. On assiste également à une multiplication des prescriptions de celui-ci", confirme Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), joint par France 24.

Pour la Nivaquine (médicament à base de chloroquine), le grossiste-répartiteur OCP a constaté "une forte augmentation des demandes de pharmaciens. Depuis fin février, elles sont multipliées par 30". Cette date "correspond à l'apparition des premiers cas de Covid-19 en Europe et à la couverture médiatique croissante autour des essais cliniques à base de chloroquine", ajoute l'entreprise.

Des prescriptions hors-autorisation

L'hydroxychloroquine, un dérivé de la chloroquine, est notamment utilisée comme traitement du lupus, une maladie auto-immune, ainsi que d'autres pathologies chroniques, en particulier des maladies inflammatoires.

"C'est un médicament listé, c’est-à-dire qu'il nécessite une prescription pour être délivré", explique Carine Wolf-Thal, présidente de l'ordre des Pharmaciens, interrogée par France 24. "Cette mesure date de janvier 2020. En théorie, il n'est prescrit que pour les indications listées sur son autorisation de mise sur le marché (AMM), c’est-à-dire des maladies comme le lupus ou la polyarthrite."

"Des prescripteurs peuvent toujours faire des prescriptions  en dehors de cette AMM", continue Carine Wolf-Thal. "Mais que ce soit dans le cas du coronavirus ou en règle générale, cette prescription s'effectue toujours sous leur responsabilité et doit être indiquée sur la prescription. C'est ce genre d'ordonnances qu'on a vu fleurir ces derniers temps."

Vers une pénurie de Chloroquine ?

Le détournement massif de ce médicament fait craindre une pénurie pour les patients chroniques qui en ont réellement besoin.

"Le Plaquénil, c'est le traitement de base contre notre maladie", explique Johanna Clouscard, présidente de l'association Lupus France, interrogée par franceinfo. Ses deux comprimés par jour lui permettent d'éviter des lésions de la peau et des douleurs articulaires causées par cette maladie chronique auto-immune. Son association fait état de plusieurs remontées de terrain où des patients se plaignent d'un traitement désormais introuvables.

"Aujourd'hui, il n'y a plus de stocks dans les pharmacies", confirme le président de la FSPF, Philippe Besset.

Pour Carine Wolf-Thal, "il n'y a pas de pénurie de chloroquine. Les pharmacies ne peuvent pas commander des stocks massifs. Ils sont limités par les grossistes répartiteurs justement pour éviter une pénurie."

Et le secteur s'organise pour les patients chroniques. Le laboratoire Sanofi a notamment mis en place un numéro spécial pour les pharmaciens permettant d'obtenir le médicament pour ceux qui en ont réellement besoin, explique la présidente de l'Ordre des pharmaciens.

"Il faut montrer patte blanche désormais", explique Philippe Besset. "Il faut contacter directement les laboratoires et présenter une ordonnance datée de janvier ou février démontrant que le patient a bien une maladie chronique."

Devant les débats suscités par la chloroquine, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé lundi 23 mars un arrêté pour "encadrer" son utilisation.

"Avec cet arrêté, les dérivés de chloroquine ne pourront être utilisés que dans le cadre d'un essai ou en milieu hospitalier. Le médicament sera réservé à ceux qui en ont besoin et qui disposent d'ordonnances conformes aux autorisations de mise sur le marché", conclut Carine Wolf-Thal.

Une automédication dangereuse

Selon la Société française de pharmacie, les deux médicaments sont à marge thérapeutique étroite, ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches. Les deux spécialistes interrogés par France 24 mettent en garde contre toute automédication contre le coronavirus.

"La notice de l’hydroxychloroquine et l'Agence du médicament liste les effets secondaires fréquents. Ils vont de la perte partielle de l’acuité visuelle, aux nausées et troubles digestifs. Plus rarement et surtout plus grave, ils peuvent provoquer des insuffisances cardiaques", explique Philippe Besset.

Au-delà de l'éventuelle toxicité du traitement, l'autre risque est de se fixer sur un traitement qui n'est pas le plus adapté face au virus.

"On a l'impression que la chloroquine est le médicament qui nous sauvera tous. Pourtant, il existe d'autres traitements, notamment les antiviraux ou les rétroviraux", explique Carine Wolf-Thal.

"Si le patient est atteint d'une forme légère – ce qui représente 85 % des cas–, le paracétamol suffit. Pas besoin de s'exposer aux risques et aux effets secondaires de la chloroquine. Pour des cas sévères ou graves, c'est aux soignants de juger si la chloroquine est le traitement le plus adapté en fonction de l'état et des problèmes de santé du patient, rappelle la présidente de l'ordre des pharmaciens. Il faut faire confiance au personnel hospitalier et aux équipes de recherche".

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