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Coronavirus : l'administration Trump sous pression pour lever les sanctions contre l'Iran

Le président iranien Hassan Rohani, photographié le 18 mars à Téhéran.
Le président iranien Hassan Rohani, photographié le 18 mars à Téhéran. © Iranian Presidency / AFP

La politique “de pression maximale” à l’égard de l’Iran est de plus en plus critiquée aux États-Unis, où de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer la suspension des sanctions pour aider le pays, l'un des plus touchés par l'épidémie, à lutter contre la propagation du coronavirus.

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L’administration américaine doit-elle lever les sanctions contre Téhéran pour l’aider à faire face à l’épidémie de coronavirus ? Depuis quelques semaines, cette question fait débat aux États-Unis, alors que l’Iran est depuis le début de la pandémie, l’un des pays les plus touchés dans le monde après la Chine, l’Italie et l’Espagne.

La république islamique ne cesse de réclamer la levée des sanctions, infligées au nom de la politique de "pression maximale" du président Donald Trump, depuis son retrait unilatéral en mai 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien. Mais l’administration américaine répond invariablement par la négative, tout en proposant son aide humanitaire aux Iraniens.

Guerre des mots

Pendant que Téhéran et Washington se livrent à une guerre des mots sur fond de crise sanitaire, le bilan officiel de l'épidémie en Iran, le plus élevé de la région, ne cesse de grimper. Selon le ministère de la Santé iranien, il s'établissait jeudi 26 mars à 2 234 morts, et 29 406 cas positifs. La semaine dernière, un responsable de l'Organisation mondiale de la santé avait estimé que le nombre de morts pourrait être cinq fois plus élevé que ce que suggèrent les rapports officiels.

Interrogé, le 20 mars, sur la possibilité d’une levée des sanctions contre l’Iran, Donald Trump a opposé un refus catégorique. “Ils connaissent la réponse, les dirigeants iraniens connaissent la réponse à votre question", a-t-il répliqué, tout en réitérant son offre d’aide aux Iraniens. "La seule chose qu’ils doivent faire, c'est de demander", avait-il indiqué début mars.

“S’ils veulent aider l’Iran, tout ce qu’ils doivent faire c’est de lever les sanctions […] Ensuite, nous pourrons faire face à l’épidémie de coronavirus”, a répliqué lundi 23 mars le président iranien Hassan Rohani, dans une allocution télévisée. De son côté, le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui a qualifié les dirigeants américains de "charlatans et menteurs", a rejeté à plusieurs reprises la “main tendue” du président américain.

Pour justifier la fermeté de l’administration Trump, qui a adopté une nouvelle série de sanctions la semaine dernière après des attaques visant des bases abritant des soldats américains en Irak, le secrétaire d'État Mike Pompeo répète lors de ses sorties médiatiques que "l'aide humanitaire à l'Iran est grande ouverte et n'est pas sanctionnée". Officiellement, le matériel médical ainsi que les biens de première nécessité ne sont pas soumis aux sanctions américaines.

Un argument remis en question par l’ONU, qui demande aux États d'alléger les sanctions visant les régimes en proie à la pandémie. "Les systèmes de dérogation sont inefficaces, et très lents aussi. L'Iran, pour parler d'un pays qui est en crise actuellement au niveau du Covid-19, manque cruellement de tout équipement. Les médecins et les soignants iraniens protègent non seulement les Iraniens mais aussi les pays limitrophes, et nous tous aussi", a récemment indiqué Ruth Marshall, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme.

C’est dans ce contexte que le chef de la diplomatie de l'Union européenne (UE), Josep Borrell, a annoncé, lundi, l’envoie d’une aide humanitaire de 20 millions d'euros à l'Iran dans les prochaines semaines. “Nous devons réaffirmer que les échanges humanitaires (…), la nourriture, les médicaments et les équipements médicaux (…) ne sont pas sous sanctions américaines”, a-t-il déclaré au cours d'une visioconférence.

Des élus et des médias américains appellent à suspendre les sanctions

Sur la scène nationale américaine aussi, de nombreuses voix s’élèvent pour critiquer la politique "de pression maximale".

“Nous devons lever toutes les sanctions, y compris financières, qui gênent la capacité de l’Iran à gérer cette crise”, a ainsi tweeté, le 18 mars, Bernie Sanders, l’un des candidats l’investiture du Parti démocrate pour la présidentielle de novembre.

Quelques jours plus tôt, l’élue démocrate du Congrès Ilhan Omar avait réclamé leur suspension. “Nous devons suspendre ces sanctions avant de perdre encore plus de vies”, a-t-elle écrit sur Twitter.

Le débat s’étend également au monde de la presse : dans un éditorial publié le 25 mars, intitulé “Cette crise du coronavirus est le moment pour alléger les sanctions contre l'Iran”, le New York Times invite le pouvoir américain à changer de politique. “Faire preuve de compassion en temps de crise est une bonne politique étrangère, et dans ce cas, cela peut réellement aider à atteindre les objectifs poursuivis par l'administration Trump”, estime le quotidien de référence américain.

Dans une tribune publiée par NBCNews, Hadi Ghaemi, fondateur et directeur du Center for Human Rights in Iran, basé à New York, explique de son côté les dangers de la politique de Donald Trump. “Nous pouvons passer plusieurs mois à débattre sur ce que le gouvernement [iranien] répressif a provoqué et sur ce qu'il mérite. Mais pendant ce temps, beaucoup plus de personnes mourront en Iran et le virus continuera de se propager. Cette punition collective infligé au peuple iranien ne mettra en danger que nos propres efforts en laissant l'épidémie se propager au-delà des frontières iraniennes”, souligne-t-il.

Dans ce débat, qui ne dédouane aucunement le pouvoir iranien de ses responsabilités dans la propagation du coronavirus dans le pays, le prestigieux Wall Street Journal s’est rangé du côté de la politique de l’administration Trump. Intitulé, “Pas le moment de mettre fin aux sanctions contre l'Iran”, un éditorial rappelle que “le régime (iranien) est responsable des souffrances de son peuple”.

Et d’estimer que “l'assouplissement des sanctions consoliderait la position précaire du régime sans soulager le peuple iranien. Téhéran aura de l'argent pour les médicaments s'il réduit ses dépenses en missiles, en développement d'armes nucléaires et en aventurisme militaire”.

Le régime accusé d’avoir minimisé l’ampleur de l’épidémie

Il faut dire qu’en Iran, depuis le début de la crise, le manque de transparence des autorités, qui ont demandé à bénéficier d'une aide de 5 milliards de dollars au FMI, est pointé du doigt. Le pouvoir est notamment accusé d’avoir dans un premier temps caché l’apparition des premiers cas de Covid-19 dans le pays afin de ne pas compromettre, d’une part, les festivités prévues pour l’anniversaire de la révolution de 1979, le 11 février, et encourager d’autre part la participation aux élections législatives du 21 février.

L’ayatollah Ali Khamenei a lui-même fait allusion à plusieurs reprises de l’éventualité d’un complot visant les Iraniens. Le président Hassan Rohani, lui aussi, avait évoqué fin février “un complot de l’ennemi pour semer la panique”, assurant que l’épidémie de Covid-19 était sous contrôle…

Le pouvoir est surtout soupçonné d’avoir longtemps chercher à minimiser l’ampleur de la crise sanitaire, pourtant relayée par le corps médical, qui fait face à des pénuries de matériel, et par certains élus sur les réseaux sociaux. Les mensonges avoués des autorités à la suite de la destruction par la défense anti-aérienne iranienne du Boeing d’Ukraine International Airlines, le 8 janvier, ont laissé des traces et fait perdre à la parole officielle sa crédibilité aux yeux de nombreux Iraniens.

Sans compter les échos faisant état de tensions et de divergences au sommet de l'État sur la marche à suivre pour lutter contre l’épidémie, comme l’illustre l’annulation au dernier moment de l’installation d’un hôpital de campagne de l’ONG française Médecins sans frontières (MSF) à Ispahan, officiellement parce que le pays n'avait pas besoin de capacités de traitement supplémentaires pour la prise en charge des malades. Selon le site d’information en persan Radio Farda, l’aile dure du régime, hostile à toute présence étrangère, aura eu le dernier mot.

Enfin, la décision du gouvernement de ne pas imposer de mesures de confinement sur l’ensemble du territoire, bien que les écoles, les universités, les centres culturels et sportifs ont été temporairement fermés, est également ciblée par les critiques.

Ce n’est que depuis ce jeudi que les déplacements interurbains ont été interdits, au lendemain d'une mise en garde des autorités locales contre une deuxième vague de contaminations, alors que les festivités du Nouvel an perse, Norouz, ont commencé le 20 mars.

Jusqu’ici les Iraniens étaient seulement invités à rester "autant que possible" chez eux, les autorités rechignant à imposer des mesures de confinement plus strictes pour éviter de plomber un peu plus l'économie du pays, déjà fragilisée par les sanctions américaines.

Mi-mars, une étude de l’université Sharif de Téhéran a livré plusieurs scénarios auxquels l'Iran pourrait faire face. Dans le pire des cas, l'épidémie, qui atteindrait son pic à la fin du mois de mai, pourrait causer jusqu'à 3,5 millions de morts.

 

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