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Hôpital: un "plan massif" qui n'efface pas le passif

Le président Macron lors de sa visite à Mulhouse sur le site de l'hôpital militaire qui vient d'être installé, le 25 mars 2020
Le président Macron lors de sa visite à Mulhouse sur le site de l'hôpital militaire qui vient d'être installé, le 25 mars 2020 Mathieu CUGNOT POOL/AFP
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Paris (AFP)

Le "plan massif" promis mercredi soir par Emmanuel Macron pour l'hôpital après l'épidémie de coronavirus laisse les soignants sceptiques, après des mois de grève et une succession de plans gouvernementaux jugés insuffisants.

Soudain, l'argent coule à flots dans les hôpitaux. Le chef de l'Etat avait déjà juré le 12 mars "mobiliser tous les moyens financiers nécessaires (...) pour sauver des vies, quoi qu'il en coûte", car "la santé n'a pas de prix".

Mercredi, à Mulhouse, il a pris "l'engagement (...) qu'à l'issue de cette crise un plan massif d'investissement et de revalorisation de l'ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital", assurant que "cette réponse sera profonde et dans la durée".

Dans l'immédiat, le président de la République a "demandé au gouvernement d'apporter une réponse claire et forte, de court terme", consistant à "majorer les heures supplémentaires" et à verser "une prime exceptionnelle" aux agents hospitaliers "mobilisés".

Il était temps, disent en substance les collectifs Inter-Urgences et Inter-Hôpitaux, fers de lance du mouvement social qui agite le secteur depuis plus d'un an.

Pragmatiques, ils demandent dans un communiqué que la prime annoncée soit versée "sans conditions exclusives" et attendent par la suite "une revalorisation salariale conséquente".

Une attente très forte chez les infirmiers, qui gagnent seulement 1.500 euros net primes comprises en début de carrière et 2.400 euros en fin de carrière, a rappelé Thierry Amouroux sur France Info.

Cette rémunération "inférieure à la moyenne de l'ensemble des Français" les place parmi "les plus mal payés d'Europe selon l'OCDE", a ajouté le porte-parole du syndicat SNPI.

"Ce n'est pas possible d'avoir des salaires aussi bas quand on voit la qualité du personnel", a déclaré sur la même radio le chef des urgences de l'hôpital de Mulhouse, Eric Thibaud, estimant que "les salaires sont insultants pour le niveau d'engagement" des paramédicaux.

- "Beaucoup de méfiance" -

Une situation connue de longue date, mais restée dans l'angle mort de l'exécutif depuis l'élection d'Emmanuel Macron.

Son "plan santé" présenté en septembre 2018 ne prévoyait ainsi pour l'hôpital public qu'une refonte de la carte sanitaire, avec la création d'établissements "de proximité" sans chirurgie ni maternité - et dont on n'a guère entendu parler depuis.

La grève des blouses blanches à partir du printemps 2019 a ensuite obligé le gouvernement a lâcher successivement une prime en juin (70 millions d'euros), puis un "pacte de refondation" en septembre (750 millions) et enfin un "plan d'urgence" en novembre (1,5 milliard, hors reprise de dette).

Sauf que, quatre mois plus tard "ça s'est traduit simplement par une petite prime de 66 euros qui concerne 11% des infirmières, celles en tout début de carrière, et seulement dans quatre départements", a déploré M. Amouroux, en référence à l'indemnité créée pour les soignants de la région parisienne.

Il y a donc un "fossé entre les discours et les actes, qui fait qu'on attend avec beaucoup de méfiance le résultat concret des paroles" du président, a-t-il expliqué.

M. Macron l'a lui-même reconnu à demi-mots: "Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort", alors même que "nos soignants qui se battent aujourd'hui pour sauver des vies se sont hier battus pour sauver l'hôpital".

Un hommage qui conforte les deux collectifs dans leurs revendications, immuables. Outre la question salariale, ils "insistent sur l'absolue nécessité d'embauche de soignants, dont les bras manquent aujourd'hui cruellement".

Et pas question de laisser le chef de l'Etat prendre son temps: redoutant "des promesses sans lendemain", ils réclament "des actes concrets et immédiats".

"Il faudra ouvrir des lits, recruter des effectifs (et) augmenter les salaires", résume dans un communiqué le syndicat FO-Santé, affirmant que "rien ne devra plus être comme avant".

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