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L'invité de l'éco

Pénurie de masques : le "made in France" au secours des soignants

Des ambulanciers portent des masques avant de prendre en charge un patient atteint du nouveau coronavirus, le 24 mars à Paris.
Des ambulanciers portent des masques avant de prendre en charge un patient atteint du nouveau coronavirus, le 24 mars à Paris. © Franck Fife, AFP

La France manque de masques pour se protéger du coronavirus. Pour affronter la crise, les initiatives se multiplient pour trouver des alternatives. L'entreprise Plim, spécialiste de l'hygiène intime écolo, réorganise sa chaîne de fabrication afin de produire des masques en tissu lavables.

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C'est portée par son patriotisme économique que Capucine Mercier fabrique des masques pour les hôpitaux. En 2009, la quadragénaire se lançait dans la confection des textiles bio et lavables pour l'intimité féminine (mais aussi masculine). À l'époque, c'est tout juste si on ne la traitait pas de folle. "Les gens pensaient que j'allais produire en Chine. C'était hors de question. Je voulais rester en France et utiliser du coton bio. J'ai pu ainsi fournir du travail à deux ateliers."

Bien lui en a pris. Dix ans après la fondation de son entreprise Plim, elle se lance fin février dans la conception de masques antiprojection. "C'était les premiers cas de contamination [au Covid-19] en France. J'ai senti à ce moment-là que nous aurions un gros souci avec l'approvisionnement en masques." Elle sollicite alors l'aide de l'Institut français du textile (IFT) et conçoit un masque en tissu lavable.

Un dossier géré par l'armée

Puis elle interpelle le ministère de la Santé, qui la renvoie vers la Direction générale de l'armement (DGA). Pourquoi les militaires ? Outre le masque antiprojection, Capucine Mercier veut également fabriquer un produit de haute protection. Or, à la DGA, il existe des compétences sur les masques à gaz qui peuvent servir à normer un masque filtrant l'air et permettant de respirer. Les premiers prototypes de Capucine ont été envoyés à la DGA le 16 mars. Elle guette les résultats qui devraient tomber dans les prochains jours.

En attendant, elle a démarré la production de masques antiprojection en tissu lavable. "Ces produits ne sont pas encore standardisés, explique-t-elle, mais nous les vendons quand même en prévenant nos clients." Malgré cela, ils sont nombreux à les lui réclamer : hôpitaux, cliniques, pompiers, ambulanciers, soignants, entreprises, collectivités territoriales… Actuellement Plim produit entre 4 000 et 20 000 masques par semaine dans cinq ateliers, et ses carnets de commandes grimpent jusqu'à 45 000. "Nous sommes en mesure d'ouvrir d'autres ateliers. Nous avons perdu beaucoup de savoir-faire en France, mais il reste quelques couturières indépendantes que nous pouvons solliciter si nous devons augmenter les cadences." Ou si l'entreprise Plim reçoit le feu vert de la DGA pour la fabrication des masques haute performance. Dans ce cas, elle devra y consacrer toutes ses ressources.

La sécurité de l'entreprise Plim, une affaire de police

Pour l'heure, cette entreprise du Poitou-Charentes doit rester discrète et ne pas communiquer l'emplacement de ses ateliers. Les services de sécurité l'ont placée sur la liste des entreprises sensibles. D'autant que d'autres ateliers pourraient ouvrir dans les prochains jours tant la demande est importante. Capucine Mercier a pris ses précautions et engagé beaucoup d'argent pour acheter et stocker les tissus. Ses approvisionnements viennent de France, mais aussi d'Espagne, d'Italie, du Portugal et de Belgique. "Pour l'heure, je refuse de faire venir du tissu en dehors de l'Europe. Mais demain, je peux y être contrainte."

Pas question pour autant d'en profiter pour faire des bénéfices outranciers – c'est même le contraire. La société Plim s'assure une petite marge afin de payer les salaires. Les prix de ses masques varient entre 8 et 14 euros. Ils sont lavables à 60 degrés et même 90 degrés. Idéalement, une personne a besoin de deux masques par jours, soit quatre en tout.

Pourquoi ces tarifs différents ? "Nous souhaitons vendre les masques à prix coûtant aux établissements publics et seulement dégager un petit bénéfice dans les ventes au secteur privé." La démarche de Capucine Mercier est totalement ouverte et transparente. Elle ne compte ni déposer de brevet, ni protéger son savoir-faire. Tout le monde peut s'en emparer pour affronter cette crise sanitaire mondiale inédite.

Des entreprises solidaires

D'autres entreprises se mettent au service des soignants. C'est le cas de la société Saint-James, qui fabrique des masques lavables pour les hôpitaux normands. L'usine située dans la Manche, non loin du Mont Saint-Michel, est pourtant fermée. Sur les 300 salariés que compte l'entreprise, une vingtaine de volontaires sont retournés dans les ateliers le 24 mars afin de produire plus de 20 000 masques en coton à partir des mailles qui servent habituellement à confectionner des pulls.

Idem pour Les tissages de Charlieu, une entreprise installée dans la Loire. Depuis le 24 mars également, la société est sur le pied de guerre. Elle aussi a conçu un masque de protection simple et réutilisable. Fort de ses 50 métiers à tisser, elle se dit prête à produire 100 000 masques par jour. Tout cela pourrait signifier un retour pour l'industrie textile en Europe, et la France en particulier.

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