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En France, les soignants victimes d'intimidations et de cambriolages

À l'encontre de toute solidarité envers les personnels soignants en première ligne contre le coronavirus, certains leur demandent de déménager pour éviter de contaminer leur immeuble ou résidence.
À l'encontre de toute solidarité envers les personnels soignants en première ligne contre le coronavirus, certains leur demandent de déménager pour éviter de contaminer leur immeuble ou résidence. © Gerard Julien, AFP

Depuis le début de la pandémie de coronavirus, des soignants sont victimes en France de cambriolages de matériel, mais aussi de la méfiance de leur voisinage et de mots anonymes. Le Premier ministre Édouard Philippe a dénoncé, samedi, ces "mots scandaleux"

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En France, il y a ceux qui applaudissent le courage des soignants qui luttent sans relâche contre le coronavirus. Et il y a ceux qui leur imposent une double peine. Ceux-là voudraient mettre à l'écart, par crainte de contagion, ces personnes qui risquent déjà leur vie dans le cadre de leur travail pour soigner les patients atteints du Covid-19.

Mercredi, la consternation a saisi Lucille, qui ne souhaite pas donner son nom complet, comme d'autres soignants joints par l'AFP. Dans sa boîte aux lettres, un courrier lui demande de quitter son logement de Vulaines-sur-Seine, en Seine-et-Marne. Non signée, la lettre lui suggère également de faire ses courses "en dehors de la ville" et lui reproche de promener son chien : probablement un voisin, donc.

"Comme des pestiférés"

"Je suis en colère", confie à l'AFP cette infirmière d'un hôpital de banlieue parisienne. "On met déjà notre vie de côté pour s'occuper des autres, alors qu'on nous traite comme des pestiférés, ça ne passe pas."

La trentenaire, qui porte masque, gants, lunettes et surblouse de protection au travail et a les "mains défoncées" par le double lavage - savon, puis gel hydroalcoolique - imposé entre chaque patient, enrage de la bêtise de ce corbeau. "Cette personne prend sûrement beaucoup moins de précautions que moi."

Déterminée à ne pas se laisser intimider, elle a porté la missive au maire, qui a saisi le procureur. Une enquête est en cours. Désormais, "j'essaie de passer outre, mais c'est plus facile à dire qu'à faire", soupire Lucille, qui a pris "un coup au moral".

"Ne prenez pas ça contre vous"

Sophie Rainoldi a eu une désagréable expérience similaire à Toulouse. La jeune aide-soignante de 24 ans a retrouvé  un mot anonyme l'enjoignant "de ne pas toucher les portes des parties communes ou peut-être dans les prochains jours de loger ailleurs"

"Ne prenez pas ça contre vous mais je pense que moi-même ainsi que les voisins se sentiront plus en sécurité", conclut cette lettre.

Je me sens obligé de partager ce que je viens de trouver sur ma porte de mon appartement, je suis choquée, dépitée par la connerie des gens.... J'ai pas les mots...

Publiée par Sophie Rainoldi sur Dimanche 22 mars 2020

Selon le récit de France 3, la Toulousaine a d'abord cru à une blague avant de céder à la colère : "Ce n'est pas parce que je suis une soignante que je ramène le coronavirus chez moi ou toutes les autres maladies. Il n'y a pas plus de problème avec moi qu'avec une autre personne."

Même procédé à Saint-Jean-de-Luz selon France Bleu. Élodie Capdevielle-Fidel a trouvé un "mot doux" de ses voisins :

"Cette époque du coronavirus menaçant les vies de chacun, il est demandé à cette personne de garer sa voiture loin des autres et si possible de ne plus toucher les parties communes sans gants, et sans s'être désinfecté les mains. Idéalement il est vivement demandé à cette personne de déménager aussi vite et loin que possible afin de en pas mettre nos vies en danger". Avant de s'achever sur cette phrase, "nous avons peur pour nos vies et l’exclusion de cette personne doit se faire". "

"J'avais les larmes aux yeux voyant ça", raconte la jeune infirmière

Un climat de défiance

Une multiplication de ces actes honteux qui ont suscité l'indignation sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Et qui ont poussé le Premier ministre Édouard Philippe à dénoncer samedi ces "mots scandaleux" laissés aux soignants.

Dans le Nord, Thomas Demonchaux ressent, lui, "la défiance de la part du voisinage", sous le vernis de "questions anodines". "Ils me demandent si je suis au contact de patients Covid-19 confirmés ou suspects. Si je suis fatigué", raconte l'infirmier.

"Les gens s'écartent quand ils me croisent, ils ne se tiennent plus à un mètre de moi, mais à quatre mètres", confie Negete Bensaïd, infirmière libérale à Paris. La quadragénaire a des proches qui lui réclament d'arrêter de travailler et certains patients qui refusent les visites. "Je ne vais pas me cacher, j'ai des malades à soigner", souffle-t-elle.

Des vols de matériels

Outre le soupçon, les soignants à domicile, qui se déplacent avec masques et gel hydroalcoolique, doivent également digérer le fait d'être devenues des cibles.

À La Rochelle, le cabinet de Claire a été cambriolé la semaine dernière : la trentaine de masques chirurgicaux qu'elle venait de recevoir a disparu. "J'ai eu beaucoup de colère, beaucoup de peur aussi, un sentiment d'irréalité", témoigne l'infirmière libérale.

Depuis, elle s'est "apaisée". Mais "enlever le caducée" qui trahit sa profession "et ne rien laisser dans la voiture, c'est devenu une routine, au même titre que mettre le masque et se laver les mains pour protéger les patients."

Sophie n'y a "pas cru" non plus, lorsque sa Smart a été forcée, lundi, à Marseille. Rangé avec ses papiers, son caducée avait disparu, ainsi que deux pochettes contenant des masques et du matériel. "On va finir par se faire agresser", craint cette infirmière libérale de 42 ans, dont certains patients "deviennent odieux".

L'une l'attend ainsi désinfectant à la main, une autre veut qu'elle fasse les courses à la place de ses enfants, par peur d'une éventuelle contamination au supermarché. "Je n'ai pas l'impression d'être respectée. Alors je ne sors même plus le soir pour écouter les applaudissements à 20 h", lâche-t-elle.

"J'ai travaillé en prison durant trois ans, mais je n'avais jamais connu ça : partir travailler la boule au ventre en ayant peur pour sa sécurité", confie Laure à Toulouse. L'infirmière libérale a été insultée par un passant qui exigeait des masques.

"Même si ces événements restent minoritaires, c'est ahurissant", déplore Patrick Chamboredon, le président de l'Ordre national des infirmiers, qui fédère les 700 000 membres de la profession en France.

Certains conseils régionaux de l'Ordre recommandent aux soignants de retirer leur caducée pour éviter les vols. Et face à la méfiance, "il faut développer les tests pour les soignants, pour rassurer la population, c'est une vraie urgence", selon Patrick Chamboredon.

Avec AFP

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