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La distribution de la presse mise à mal par le coronavirus

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Paris (AFP)

Entre La Poste qui réduit dès cette semaine ses tournées de courrier et des marchands de journaux fragilisés par la fonte de leur chiffre d'affaires, la presse papier craint d'être une victime collatérale du coronavirus.

La Poste l'a annoncé la semaine dernière: pour raisons sanitaires, la distribution du courrier devrait être concentrée les mercredi, jeudi et vendredi.

"La distribution postale, mission essentielle de service public, est centrale pour de nombreux titres et son interruption, même partielle, pose un problème d'accès pour tous à l'information et crée un risque économique majeur pour un secteur déjà très fragile", déplore l'Alliance de la presse d'information générale (APIG).

"Pour nous, ne pas avoir de distribution postale le lundi c'est un préjudice énorme. On a un contrat avec les lecteurs, on leur doit le quotidien", a regretté lundi sur Europe 1 Marc Feuillée, président du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN) et directeur général du Figaro.

La presse reproche à La Poste une décision unilatérale alors que "dans cette période difficile, les journaux représentent un vecteur essentiel de lien social - et parfois le seul, notamment pour certains des publics les plus fragiles et dans les zones les plus isolées de notre territoire", souligne l'APIG.

Selon cette organisation qui représente près de 300 titres nationaux et régionaux -hors magazine-, ce sont jusqu'à 500.000 abonnés de la presse quotidienne et 450.000 de la presse hebdomadaire régionale qui seraient affectés.

Pour les éditeurs, la décision est d'autant plus dure à encaisser que les rédactions continuent à travailler malgré le contexte difficile et quitte parfois à recourir au chômage partiel, comme au parisien ou chez Midi-Libre.

La directrice des rédactions du groupe Centre-France (La Montagne, L'Yonne Républicaine...), Sandrine Thomas, a de son côté lancé une pétition en ligne pour demander le maintien du passage du courrier "au moins un jour sur deux". Plus de 8.000 personnes avaient signé lundi.

Le patron des Echos et du Parisien Pierre Louette, qui estime que cette décision va priver "2 millions de lecteurs de leurs journaux et magazines" a promis à ses abonnés le maintien d'un lien, notamment avec les éditions numériques.

Au Figaro, un peu plus de 40% des abonnés reçoivent leur journal par la Poste, le reste étant acheminé par portage, précise Marc Feuillée qui dit comprendre "les contraintes sanitaires": "il n'est pas question de mettre en danger la santé de quiconque".

-Discussions en cours -

A La Voix du Nord, c'est 80% de la distribution qui se fait par portage, "qui fonctionne parfaitement", les porteurs étant "équipés en gants et gel", a précisé à l'AFP Gabriel d'Harcourt, directeur de la publication, ajoutant que la distribution par La Poste représentait moins de 1,5% des ventes.

Sur Twitter, Gabriel d'Harcourt a relayé l'initiative de la Mairie de Dunkerque, qui compte acheter régulièrement 200 exemplaires de La Voix du Nord pour les distribuer à midi, avec des repas, au domicile de personnes qui ne peuvent se déplacer.

Les discussions entre la presse et La Poste restent ouvertes, selon Marc Feuillée: "on doit travailler ensemble cette semaine, ce que j'espère c'est qu'on va trouver des solutions".

Un besoin d'autant plus pressant que dans les kiosques, la situation se dégrade, selon l'union des marchands de presse Culture Presse.

Si une majorité reste ouverts (plus de 8 sur 10 selon le dernier pointage), leur chiffre d'affaires est en forte baisse, du fait des horaires réduits et de la chute de la fréquentation.

"La grande majorité des magasins indépendants est en situation de fragilité. Et sa trésorerie va devenir rapidement problématique", souligne leur étude publiée lundi.

"Le risque est élevé, de fermetures en nombre, mais aussi de disparition de ces vendeurs de biens culturels de proximité, victimes d'une crise sanitaire qui risque de durer", estime-t-elle.

Et cela sans compter la gravissime situation du distributeur Presstalis, dont le dépôt de bilan a été suspendu le temps de la crise sanitaire.

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